Croisières et Voyages
Pullmantur prend le pas sur Croisières de France

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Pullmantur prend le pas sur Croisières de France

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« Découvrez les nouveaux itinéraires du groupe Pullmantur que Croisières de France distribue cette année ». L’introduction de la toute nouvelle brochure 2017 arrivée hier matin sur le stand de CDF, au salon IFTM de Paris, donne le ton. Huit ans après les débuts du Bleu de France, la marque tricolore de Pullmantur ne disposera plus, à compter de cet hiver, de navire arborant ses couleurs. L’Horizon et le Zenith vont reprendre la livrée de la maison-mère espagnole, qui exploite en outre les Monarch et Sovereign.

La « French touch » conservée

La nouvelle identité visuelle du groupe, dont l’armateur américain RCCL a cédé le contrôle en mai dernier au fonds d’investissement Springwater, relègue CDF à un simple logo flanqué de la mention « french touch ». De facto, et malgré tous les artifices de communication, Croisières de France, en tant que « compagnie », n’existe plus. Néanmoins, Pullmantur souhaite conserver sa clientèle sur le marché français, où sa filiale s’est développée avec succès depuis 2008 pour devenir le numéro trois des croisières maritimes, avec plus de 100.000 passagers en 2015. « Comme cela avait été annoncé, nous allons partager l’intégralité de la flotte mais nous allons conserver à bord des navires de Pullmantur une ambiance francophone et le all-inclusive. Les Français auront un environnement dédié et seront par exemple regroupés pour le dîner », explique Antoine Lacarrière. Le directeur général de CDF estime que cette restructuration va également permettre d’offrir aux clients de CDF « une variété plus grande d’itinéraires avec de nouvelles destinations très originales, comme le positionnement de l’Horizon cet hiver aux Canaries ». S’y ajoute la programmation en Méditerranée occidentale et orientale, en Europe du nord et dans les Caraïbes.

Une cohabitation transitoire des deux marques ?

Alors que RCCL (dont le président, Richard Fain, avait impulsé la création de CDF) a décidé de jeter l’éponge après avoir perdu beaucoup d'argent avec sa filiale espagnole, la nouvelle équipe aux commandes de Pullmantur s’est fixée pour mission de redresser rapidement la barre. Sous la houlette de Richard Vogel, nommé au début de l’été P-DG du groupe, une vaste restructuration a été entreprise afin de mutualiser les moyens des deux marques et repositionner le produit. Une stratégie aboutissant clairement à une dilution de Croisières de France au sein de sa maison-mère, la cohabitation des deux marques sur le marché français étant probablement transitoire. Car à Madrid, on a clairement l’intention de mettre en avant Pullmantur, stratégie dont la logique finale, même si aucune annonce n’a été faite en ce sens, a de bonnes chances de se traduire à terme par la disparition pure et simple de la marque CDF.

 

L'Horizon à Calais cet été (© JULIEN CARPENTIER)

L'Horizon à Calais cet été (© JULIEN CARPENTIER)

 

Un produit qui avait percé s’efface devant une marque inconnue en France

La direction espagnole fait en tous cas un pari risqué car CDF a acquis une notoriété importante en France, grâce au remarquable engagement de ses équipes, qui ont su gagner la confiance d’un réseau de distribution aujourd’hui dans l’expectative. La filiale tricolore du groupe avait, de plus, réussi à fidéliser de nombreux clients, que ces changements pourraient troubler. Car Pullmantur, dans l’Hexagone, est une marque parfaitement inconnue et même avec la « french touch », plonger des passagers français dans un produit globalement espagnol représente un certain challenge. Ainsi, si la cohabitation se passe très bien aux Caraïbes, où les vacanciers sont naturellement immergés dans une atmosphère exotique et latine, faire prendre la mayonnaise franco-espagnole en Europe sera sans doute plus difficile. D’autant que la « french touch » ne sera apparemment pas proposée sur tous les itinéraires, la brochure ne la mentionnant par exemple pas pour les croisières 2017 vers les fjords norvégiens et la baltique.

Autre point délicat : Après l’arrêt des départs depuis les Antilles, la fin des embarquements à Marseille et Calais. Le seul port français proposé en tête de ligne l’année prochaine sera Toulon, moins bien desservi en pré et post acheminements que la cité phocéenne. De plus, Toulon ne sera apparemment accessible pour débuter une croisière que sur une partie de la programmation méditerranéenne du Sovereign, pour lequel de nombreux embarquements seront proposés à Barcelone. Quant à l’Europe du nord, c’est à partir du port allemand de Rostock que partiront les croisières du Monarch vers la Norvège et la Baltique. Des vols seront toutefois organisés afin de faciliter l'acheminement des passagers français. 

La concurrence en embuscade

Entre la disparition d’une précieuse spécificité, celle de bateaux entièrement dédiés ou presque aux passagers français, et des ports d’embarquement moins « naturels » pour une partie de la clientèle, la fusion de CDF et Pullmantur interroge de nombreux professionnels du marché français de la croisière, malgré certains points positifs (itinéraires plus nombreux, all inclusive et tarifs très attractifs notamment). Sans compter le fait que le groupe espagnol aligne toujours une flotte vieillissante, les Sovereign et Monarch étant sortis des chantiers de Saint-Nazaire en 1987 et 1991, alors que les Horizon et Zenith, construits en Allemagne, datent de 1990 et 1992. Des bateaux qui, malgré les rénovations, auront de plus en plus de mal à rivaliser avec les paquebots modernes alignés par Costa et MSC. Deux compagnies qui regardent bien entendu, avec un œil plein d’appétit, l’effacement progressif de CDF au profit de Pullmantur.

Il conviendra enfin, avec cette évolution structurelle majeure, de voir si le groupe espagnol décide de redimensionner ses équipes en France, où CDF emploie une quarantaine de collaborateurs.

 

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