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Quand d'anciens avisos français couvrent les recherches turques de gaz en Méditerranée
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Quand d'anciens avisos français couvrent les recherches turques de gaz en Méditerranée

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Quand les armes vendues quelques années plus tôt se retournent contre les intérêts des pays qui les ont construites… C’est un peu la réflexion que l’on peut se faire en regardant l’escorte de l’Oruç Reis, le navire sismique envoyé cet été par Ankara sonder les eaux autour d’îles grecques proches de la Turquie afin d’y trouver des gisements de gaz naturel. Une nouvelle campagne de recherche, alors que d’autres sont aussi menées dans les eaux contestées autour de Chypre, qui n’a fait qu’envenimer un peu plus les relations entre la Turquie et la Grèce, mais aussi la France, qui soutient ouvertement Athènes et Chypre. C’est le 11 août que les autorités turques ont annoncé le déploiement l’Oruç Reis, dont la campagne doit s’achever dans les jours qui viennent. Des photos ont été à cette occasion diffusées, montrant le navire sismique encadré par une solide escorte constituée de cinq bâtiments de la marine turque. Ironie de l’histoire, tous sont de conception voire de construction européenne. Le plus imposant est une frégate du type Meko 200T, un modèle vendu par l’Allemagne dans les années 80 et 90 en deux classes pour un total de huit exemplaires, la moitié ayant été réalisée entre Hambourg et Kiel et les autres en transfert de technologie à l’arsenal de Gölçük. Des bâtiments de 110 à 118 mètres et de 2800 à 3400 tonnes à pleine charge assez lourdement armés, avec notamment des équipements américains : missiles antinavire Harpoon, missiles surface-air Sea Sparrow, tourelle de 127mm Mk45, torpilles Mk32…

 

L'Oruç Reis encadré par une frégate du type Meko et quatre unités du type A69 (© TURKISH NAVY)

L'Oruç Reis encadré par une frégate du type Meko et quatre unités du type A69 (© TURKISH NAVY)

L'Oruç Reis encadré par une frégate du type Meko et quatre unités du type A69 (© TURKISH NAVY)

L'Oruç Reis encadré par une frégate du type Meko et quatre unités du type A69 (© TURKISH NAVY)

 

Et puis il y a aussi sur ces images quatre unités que la flotte turque considère comme des frégates légères et que l’on connait bien en France. Il s’agit de quatre des six anciens avisos du type A69 de la Marine nationale acquis par la Turquie en 2001 et 2002. Construits par l’ancien arsenal de Lorient (aujourd’hui Naval Group) et mis en service entre 1976 et 1979, les Bozcaada (ex-Commandant de Pimodan), Bodrum (ex-Drogou), Bandirma (ex-Quartier-maître Anquetil), Beykoz (ex-D’Estienne d’Orves), Bartin (ex-Amyot d’Inville) et Bafra (ex-Second-maître Le Bihan) sont des bâtiments de 80.5 mètres et 1250 tonnes en charge. Ils avaient été livrés avec leur armement de l’époque, chacun pouvant mettre en œuvre deux missiles antinavire Exocet MM38 (probablement périmés aujourd’hui) et disposant d’une tourelle de 100mm, de l’artillerie légère, quatre tubes pour torpilles L5 et un lance-roquettes anti-sous-marines. Ces anciens avisos français, désormais très âgés, ne sont plus à proprement parler très offensifs mais leur emploi dans ce contexte par Ankara, volontaire ou non, a quelque chose de cocasse.

Plus inquiétant en revanche est la construction actuellement en Turquie de six nouveaux sous-marins du type 214 commandés à l’Allemagne en 2009. La réalisation de la tête de série a débuté à Gölçük en 2015, sa mise à l’eau étant intervenue en décembre 2019 en vue d’une mise en service espérée vers 2023. Les cinq autres devraient suivre au rythme d’un tous les ans. Ils remplaceront les six vieilles unités de la classe Attlay (type 209/1200 allemand) datant des années 70 et 80, sachant que la flotte turque arme également huit sous-marins plus récents de la classe Reis (type 209/1400) mis en service entre 1994 et 2007.

- Voir notre dernier article détaillé sur la marine turque et ses projets de développement

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