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Que deviennent les anciens bacs de Loire ?

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Sur les trois anciens bacs qui ont durant un demi-siècle permis de traverser la Loire entre Couëron et Le Pellerin, seul l’Anne de Bretagne est conservé en état de marche par le Conseil départemental de Loire-Atlantique. Il sert pour le moment d’unité de réserve et remplace le Lola ou l’Ile Dumet lorsque ceux-ci sont en maintenance. Livrés en 2012 et 2013 par le Chantier Merré,  ces deux nouveaux bacs ont remplacé les François II et Saint-Hermeland.

 

 

Le François II et l'Anne de Bretagne en 2008 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Long de 60 mètres avec ses deux tabliers ouverts (environ 40 mètres à la flottaison) pour une largeur de 12 mètres, le second, construit au début des années 70 et amarré au terminal nantais de Cheviré, fait l’objet d’un projet de reprise porté par Flahaut-Chenet. Ce bureau de design, spécialisé notamment dans la conception de bâtiments flottants, avec de nombreuses réalisations à son actif, dont le restaurant Nautilus sur l’île de Nantes (2011), souhaite convertir le Saint-Hermeland en structure accueillant des bureaux et un restaurant. Il est pour cela prévu d’installer des modules sur son pont afin de disposer, sur deux niveaux, de 450 m² aménageables auxquels s’ajouteraient plus de 200 m² de terrasses. « Nous souhaitons garder la structure du bateau pour ne pas le dénaturer et conserver ce qui constitue un élément du patrimoine fluvial tout en lui donnant une seconde vie. Nous pensons exploiter ce lieu en copropriété et avons déjà trouvé le restaurateur pour occuper la partie réservée à cette fonction », explique Pierre-Edouard Chenet. L’investissement nécessaire est évalué à 600.000 euros, pour environ 6 mois de travaux, comprenant un passage en cale sèche du bac, la réfection de sa coque, la mise aux normes des installations et la réalisation des nouveaux éléments.

 

Le projet de conversion du Saint-Hermeland (© : FLAHAUT-CHENET DESIGN) 

 

L’objectif est d’installer le Saint-Hermeland à Trentemoult, ancien port de pêche du sud-Loire situé face à l’Ile de Nantes et faisant aujourd’hui partie de commune de Rezé. L’emplacement visé se situe en aval du village, au niveau d’anciennes sablières, dans la zone où se trouve Le Pendule, création de l’artiste Roman Signer réalisée sur le site d’une centrale à béton aujourd’hui désaffectée dans le cadre de l’évènement culturel Estuaire 2009. Cela permettrait d’entendre la zone d’activité de Trentemoult, actuellement très prisée, avec aussi la possibilité de se servir du bac comme nouveau débarcadère pour le Navibus reliant cette partie du sud-Loire à la gare maritime de Nantes, située de l’autre côté du fleuve. L’actuel débarcadère de Trentemoult n’est en effet plus adapté et il est envisagé d’installer dans une grande friche, au sud de La Pendule, un nouveau parking relais permettant aux automobilistes de laisser leur voiture pour rejoindre le centre de Nantes grâce à la navette fluviale.

 

En rouge, l'emplacement visé (© : FLAHAUT-CHENET DESIGN) 

Le Navibus assurant la liaison entre la gare maritime et Trentemoult (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

Le Saint-Hermeland pourra servir de nouvel embarcadère pour le Navibus (© : FLAHAUT-CHENET DESIGN) 

 

Le projet de conversion du Saint-Hermeland prend en compte cette possibilité, avec un aménagement d’une partie du vieux bac en débarcadère, un local pour la billetterie, un bar et une terrasse où les passagers pourront attendre le Navibus. Après un premier accord avec la ville de Rezé en 2015 et la bienveillance du Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire sur le sujet, le calendrier a quelque peu glissé. Compte tenu des multiples projets de développement envisagés sur les bords de Loire dans l’agglomération nantaise, les acteurs locaux impliqués (Nantes Métropole, GPMNSN et Voies Navigables de France) ont en effet décidé de collaborer étroitement afin d’instruire ensemble les différents dossiers. Cette démarche a été initiée suite à un grand débat organisé en 2014/2015 par les 24 communes de l’agglomération nantaise auprès de la population et des acteurs de la vie locale autour de l’avenir des bords de Loire. Elle a abouti à la désignation concertée de zones aménageables et doit se traduire d’ici la fin de cette année par l’adoption d’un schéma de développement cohérent et durable des rives du fleuve.

C’est dans ce cadre que les porteurs du projet Saint-Hermeland viennent de relancer une demande d’occupation de l’emplacement visé à Trentemoult. Suite à l’instruction de leur dossier de reconversion du bac, si une réponse favorable est donnée, les choses devraient aller très vite. « Nous sommes prêts. Le projet peut être immédiatement lancé après l’obtention des autorisations. Les investisseurs sont là, à commencer par ceux intéressés par la partie restauration, qui constitue le gros du projet sur le plan financier ». Si le feu vert est donné, le bac pourra être transformé soit à Saint-Nazaire, ou encore mieux sur le dock flottant du GPMNSN du Pellerin, qui assurait autrefois les arrêts techniques du bac. Avant cela, il faudra évidemment racheter le Saint-Hermeland, toujours propriété du Conseil départemental.

Ce dernier ne souhaite en effet pas céder le bateau avant le feu vert commun de GPMNSN, de Nantes Métropole et de VNF.  Le département joue en effet la carte de la prudence après la vente de l’autre ancien bac de Loire, le François II, dont l’avenir est aujourd’hui incertain.

 

Le François II dont le chantier de conversion s'est arrêté (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Construit en 1963, ce bateau, un peu plus petit que le Saint-Hermeland, a pour mémoire été vendu en 2016 par le Département, pour un montant de 5000 euros, à un entrepreneur nantais. Une solution qui avait été présentée par la collectivité comme très avantageuse, car permettant de « continuer de faire vivre cet élément patrimonial », tout en faisant « l’économie de la déconstruction d’un ancien bac qui ne pouvait plus naviguer ». La facture de la démolition était alors estimée entre 80.000 et 100.000 euros. Au moment de la vente, il avait été annoncé un projet de transformation du François II en lieu de réception au niveau du quai de Cormerais, à Saint-Herblain (commune limitrophe de Nantes). Le vieux bac y est toujours et des travaux ont été lancés pour le convertir en 2017. Un début de structure a été montée sur le pont mais le chantier s’est brutalement arrêté l’été dernier. Depuis, rien ne bouge sur le François II. Les affaires de son propriétaire, dont la société était basée dans le parc d’entreprises situé juste à côté, ont-elles connu des difficulté ? Toujours est-il qu'il n’a apparemment pas été vu dans le voisinage depuis un bon moment.  

 

Le François II dont le chantier de conversion s'est arrêté (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

Port de Nantes Saint-Nazaire