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Que devient l'énorme barge de stockage Palanca?
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Que devient l'énorme barge de stockage Palanca?

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En 1990, Delmas Vieljeux Offshore – DVO envoyait au Japon deux techniciens navigant pour suivre la construction d’un immense stockeur flottant de pétrole commandé par Elf Angola. Les spécifications de la barge avaient été rédigées par DVO, le contrat étant attribué au chantier Mitsubishi Heavy Industries de Nagasaki. Et le 29 novembre 1991, la barge non propulsée Palanca fraîchement baptisée suivant les traditions nipponnes quittait la baie de Nagasaki à la traîne de deux remorqueurs néerlandais de Smit. Le voyage de positionnement devait conduire la Palanca vers le champ pétrolier éponyme en Angola afin de libérer le super-tanker français Licorne Pacifique qui avait été affrété de 1988 à 1991 comme stockeur flottant. Arrivée sur site le 31 mars 1992 après un convoyage à péripéties de 122 jours sans escale avec 8 hommes à bord dont un barge-leader français, la Palanca fut aussitôt reliée par des chaînes à six énormes ancres pré positionnées en étoile. Ces chaînes partent de l’avant de la coque, au niveau du Turrett pour que la barge puisse pivoter au gré des courants sur cet axe. Le Turrett reçoit également le flexible transportant le pétrole depuis la plate-forme voisine puis un câble électrique. Ce dernier sert à l’alimentation électrique du bord fournie par cette même plate-forme. Toutefois, si l’alimentation électrique de celle-ci est coupée, le bord possède trois diesel-alternateurs Mitsubishi développant chacun 3000 KW sous une tension de 5500 volts puis un groupe électrogène de secours. Cela permet de ne pas stopper les opérations de pompage.

 

Vue panoramique de la Palanca pendant ses essais en mer avant sa livraison par le chantier Mitsubishi H.I de Nagasaki

Vue panoramique de la Palanca pendant ses essais en mer avant sa livraison par le chantier Mitsubishi H.I de Nagasaki

La Palanca amarrée au quai d’armement du chantier

La Palanca amarrée au quai d’armement du chantier

Sur l’arrière de l’unité flottante, un « sniff-dog » permet aux crew-boat d’accoster pour assurer le transfert du personnel en toute sécurité et à n’importe quel tirant d’eau. Vue depuis le pont principal 

Sur l’arrière de l’unité flottante, un « sniff-dog » permet aux crew-boat d’accoster pour assurer le transfert du personnel en toute sécurité et à n’importe quel tirant d’eau. Vue depuis le pont principal  (© STAPEM OFFSHORE)

 

Avec une longueur totale de 278,60 mètres (256 mètres entre perpendiculaires) pour une largeur de 60 et un tirant d’eau à pleine charge de 21 mètres, la Palanca peut stocker 274900 tonnes de pétrole – 300.000 m3 - avant de les renvoyer sur des navires du type Aframax – les enleveurs – via un collecteur de 900 mm partant vers l’arrière. Le transfert du pétrole qui est stocké dans huit citernes – 4 centrales + 4 citernes en abord en alternance avec les ballasts de double coque – s’effectue grâce à dix énormes pompes hydrauliques immergées d’un total de 8000 tonnes/heure: Celles-ci sont alimentées par dix moteurs hydrauliques Alstom de 800 Kw installés dans une pièce spéciale insonorisée. La barge est dotée de trois autres pompes de 3000 t/h disposées sur le pont qui servent à envoyer le pétrole sur une bouée flottante – Single Mooring Buoy – située à 2 milles.

Quant aux emménagements prévus à l’origine pour 30 personnes logées en cabines individuelles – et portés depuis 2013 à 60 – ils paraissent bien petits au vu de l’énorme masse de la Palanca. Avec un équipage composé de Français et de Mauriciens, le stockeur flottant aura transbordé des millions de tonnes de brut en vingt ans.

Et puis en juillet 2012, la barge a quitté son mouillage pour partir derrière deux remorqueurs – le Bluster de 12000 chevaux et 135 tonnes au bollard puis le Kamarina de 8000 chevaux et 123 tonnes au bollard – vers le chantier Sembawang de Singapour pour un grand carénage de milieu de vie, le premier depuis sa mise en service. Entrée en cale sèche en septembre 2012 après 65 jours de voyage, elle en est ressortie quatre mois plus tard après que 100 tonnes de tôles et des centaines de mètres de câbles électriques aient été remplacés. Tandis que les superstructures ont été réaménagées afin de loger 30 personnes supplémentaires, un nouvel hélideck fut construit au dessus.

La Palanca était de retour en Angola au milieu de l’année 2013 et depuis cette date, elle continue d’assurer sa mission.

Un article de Marc Ottini

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