Croisières et Voyages
Que va-t-il rester de l’industrie de la croisière ?

Analyse

Que va-t-il rester de l’industrie de la croisière ?

Croisières et Voyages

Premier secteur touché par la crise du coronavirus, le tourisme sera probablement le dernier à redémarrer. Entre-temps, de nombreux opérateurs vont péricliter et la croisière ne va certainement pas échapper à la saignée économique qui s’annonce. Il y a trois mois encore, cette industrie surfait sur une croissance insolente et des perspectives de développement énormes, quand bien même elle laissait déjà entrevoir certaines faiblesses et limites, en particulier autour des problématiques environnementales et d’acceptabilité auprès des populations locales, soumises à une massification des flux touristiques dans les ports visités. Des crises locales, la croisière en a connu ces dernières années et s’y était adaptée assez facilement, du fait même de sa nature itinérante. En effet, contrairement aux installations touristiques terrestres, les paquebots ne sont pas prisonniers d’une zone géographique. Ils peuvent être repositionnés à volonté pour capter les marchés les plus dynamiques ou se retirer des pays où la situation sécuritaire se dégrade. Un atout qui, cette fois, n’a servi à rien, puisque le Covid-19 a rapidement touché le monde entier. Et s’est même retourné contre les armateurs puisque ces hôtels flottants sans véritable point d’attache terrestre ont été perçus comme des menaces étrangères et ont été largement refoulés des ports où ils espéraient trouver refuge.

D’une croissance insolente au spectre du naufrage

L’industrie de la croisière fait désormais face à la plus grande crise de son histoire, surpassant largement celle qui avait suivi les attentats du 11 septembre 2001 et leur impact sur l’activité touristique. Le réveil est d’autant plus brutal que le secteur a connu un développement aussi constant que considérable ces dernières années, passant de 13 millions de croisiéristes dans le monde en 2004 à 19 millions en 2010 et 30 millions en 2020. En 2018, selon l’association internationale des compagnies de croisière (CLIA), l’impact économique de cette activité s’élevait à 150 milliard de dollars, dont un tiers de charges et salaires, pour un total de près d’1.2 million d’emplois directs et induits. Avec notamment de fortes retombées économiques pour les chantiers navals construisant les navires, ainsi que les ports visités, chaque passager injectant en moyenne une centaine d’euros dans l’économie locale à chaque escale. Fort de ce succès, l’industrie de la croisière comptait poursuivre sur sa lancée grâce à un plan d’investissement sans précédent : 118 navires commandés pour des livraisons d’ici 2027, soit une hausse de capacité de plus de 40% et un investissement de près de 70 milliards de dollars. L’objectif était d’atteindre le cap des 40 millions de passagers d’ici 2028. Mais ça, c’était avant.

En quelques semaines, tout a basculé. La croisière est aujourd’hui exsangue et de nombreux acteurs du secteur vont clairement jouer leur survie dans les mois qui viennent. Car derrière les messages rassurants envoyés par les compagnies, la situation est bien critique. Le fait que la saison estivale soit morte ne fait plus de doute et personne n’imagine sérieusement une reprise significative de l’activité d’ici 2021, et peut-être aucun retour au niveau d’avant crise avant plusieurs années. Des échéances trop lointaines pour que tout le monde s’en sorte.

Les compagnies jouent la montre

Pour autant, depuis que la pandémie est devenue mondiale début mars et que les croisières se sont arrêtées, les armateurs jouent la montre. Les suspensions sont régulièrement prolongées de quelques semaines seulement. Officiellement, certains anticipent encore une reprise d’ici juillet. Officieusement, il n’y a plus grand monde pour y croire, si ce n’est vraiment à la marge, de manière géographiquement très limitée et sur certains marchés spécifiques. Alors pourquoi ne pas, dès à présent, annuler l’ensemble de la saison estivale ? Si certains peuvent encore se bercer d’illusions quant à une reprise rapide, qui sera donc au mieux très partielle et localisée, cette prudence tient peut-être au fait que les opérateurs, déjà très fragilisés, ne veulent pas affoler plus qu’ils ne le sont déjà les investisseurs, marchés financiers et autres banques, sans parler de la clientèle. De même, en agissant de manière très progressive sur les reports de programmation, tout en essayant de sécuriser au maximum les réservations annulées sur des voyages ultérieurs, les compagnies ont pour objectif de débourser un minimum de cash. Il leur faut éviter à tout prix une vague majeure d’annulations accompagnées de demandes de remboursement, qui viendraient comme dans l’aérien fragiliser les restes d’une trésorerie déjà durement touchée par l’absence de recettes.

Les grands facteurs dont dépend la reprise

Le redémarrage du tourisme en général et de la croisière en particulier dépend de plusieurs facteurs, qui pour l’essentiel échappent au contrôle des opérateurs.

La situation sanitaire. Le premier de ces facteurs, évidemment, est l’évolution de la pandémie et sa réduction à un niveau suffisant pour envisager une reprise des activités économiques et des déplacements, nationaux puis internationaux. La situation sanitaire ne le permet pas à court terme et le tourisme international n’est logiquement pas une priorité pour les Etats, qui doivent d’abord relancer la machine industrielle et commerciale tout en évitant une nouvelle vague de malades. Alors que les scientifiques doutent aujourd’hui de l’immunité au Covid-19 des personnes déjà infectées, la perspective salutaire d’un vaccin efficace est encore lointaine, pas avant 2021. Reste donc l’immunité collective, qui impose une circulation « maîtrisée » du virus au sein des populations e