Croisières et Voyages
Quel avenir pour Pullmantur et Croisières de France ?

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Quel avenir pour Pullmantur et Croisières de France ?

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Mutualisation de la flotte, arrivée potentielle d’un nouvel investisseur, départ de l’Empress et peut-être de l’Horizon en fin d’année, concurrence des compagnies exploitant des unités modernes… De nombreuses questions se posent depuis quelques mois autour de l’avenir de Pullmantur, filiale du groupe américain Royal Caribbean Cruises Ltd, et de sa marque tricolore, Croisières de France.

Au sein du groupe RCCL depuis 10 ans

C’est en 2006 que RCCL a racheté Pullmantur afin de développer une offre sur le marché ibérique, alors en pleine expansion. Le groupe espagnol, qui a débuté son activité dans la croisière au cours des années 90 et dispose alors d’autres actifs, dont un réseau d’agences de voyage et une compagnie aérienne, vient de connaitre une forte croissance, sa flotte étant passée en quatre ans d’un à six navires. Au moment de sa reprise, Pullmantur aligne les vieux Oceanic, Pacific et Holiday Dream (qui deviendra Bleu de France), le Sky Wonder et deux anciens Renaissance, les Blue Dream (ex-R Six) et Blue Moon (ex-R Seven).

Importants mouvements de flotte après la reprise

Sous l’égide de RCCL, la flotte est restructurée : les Blue Dream et Blue Moon sont transférés en 2007 à Azamara Club Cruises, qui les exploite toujours sous le nom d’Azamara Quest et Azamara Journey. Dans le même temps, le Zenith, de Celebrity Cruises (autre marque du groupe) est versé à Pullmantur, qui bénéficie pour la saison 2007 de l’affrètement de l’Oceanic II en attendant l’arrivée en 2008 de l’Empress of the Seas et du Sovereign of the Seas, exploités jusque-là par Royal Caribbean International, ainsi que le rachat auprès de P&O Cruises du Pacific Star, devenu Ocean Dream. En 2008 toujours, le Pacific est cédé à Quail Cruises, créée par un ancien dirigeant de Pullmantur. Dans le même temps, RCCL, sous l’impulsion de son président, Richard Fain, décide de lancer un produit dédié au marché français via sa filiale espagnole. C’est la naissance de Croisières de France, qui débute ses activités au printemps 2008 avec l’Holiday Dream, rebaptisé Bleu de France à l’issue d’une lourde rénovation.

 

L'Empress dans son ancienne livrée, en 2009 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'Empress dans son ancienne livrée, en 2009 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

En 2009, les mouvements continuent, avec le départ de l’Oceanic et l’arrivée de l’ancien Horizon de Celebrity Cruises (exploité les cinq années précédentes par Island Cruises), qui devient Pacific Dream. Le Sky Wonder, rebaptisé Atlantic Star, est testé sur le marché portugais mais s’arrête en 2010. Trop vieux, le navire est finalement désarmé et partira à la casse en 2013.

L’effondrement du marché espagnol après la crise de 2008

L’essor de Pullmantur a connu un coup d’arrêt brutal avec la crise économique de 2008, qui touche gravement la péninsule ibérique et entraine assez rapidement un effondrement du marché de la croisière en Espagne. Cela entraine une réduction progressive de la flotte de Pullmantur, qui tente d’abord de développer ses activités en Amérique latine avant que, là aussi, le marché soit malmené, en particulier au Brésil. En 2012, il est donc décidé de vendre l’Ocean Dream (à Peaceboat) et le Bleu de France (à Saga Cruises), ce dernier étant remplacé chez CDF par l’Horizon. L’année suivante, le Monarch of the Seas quitte RCI pour rejoindre Pullmantur. Le marché français étant plus porteur, un second navire y est affecté. Il s’agit du Zenith, qui rejoint l’Horizon en 2014.

 

Le Zenith (© : MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

Le Zenith (© : MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Vente d’actifs et restructuration

La même année, RCCL décide de recentrer sa filiale espagnole sur la croisière, en cédant ses autres actifs : Pullmantur Air, le réseau de distribution Nautalia et les activités de tour operating. Mais ce n’est pas suffisant et, fin 2015, RCCL annonce une nouvelle restructuration pour sauver sa filiale et résorber ses importantes pertes. Le plan porte sur le retrait du marché sud-américain (à l’exception des Caraïbes en hiver), devenu trop difficile, et l’annonce du retour chez RCI de l’Empress, qui doit à l’issue de longs mois de remise en état reprendre son service au départ de Miami le mois prochain.

Le Monarch va, ainsi, retraverser l’Atlantique pour être basé cet été en Europe du nord avant de repartir pour les Caraïbes et l’Amérique centrale durant l’hiver 2016/2017. Quant au Sovereign, il sera exploité en Méditerranée.

CDF : Fin des escales en Martinique et Guadeloupe

Concernant Croisières de France, la compagnie a été contrainte de sacrifier la diversité de ses itinéraires pour se concentrer sur un programme plus restreint en 2016, avec des traversées vers la Norvège et des croisières plus classiques en Méditerranée cet été. CDF doit, par ailleurs, faire une croix sur ses embarquements et escales en Martinique et Guadeloupe l’hiver prochain, ce marché n’étant plus considéré comme prioritaire par sa maison-mère. Comme au temps où l’Horizon était exploité sous le nom de Pacific Dream, commercialisé par CDF à partir de 2009 après l’échec du positionnement aux Antilles du Bleu de France l’hiver précédent, c’est Pullmantur qui reprend la main sur les croisières dans la région. Avec cette fois des départs de Saint-Domingue et Saint-Martin (alternative d’embarquement pour les Français des Antilles), l’itinéraire de remplacement de 8 jours proposé par le Zenith comprend des escales à La Romana, Antigua, Sainte-Lucie, la Barbade et Grenade.

Par rapport à l’Horizon, qui a effectué deux saisons dans la région aux couleurs de CDF, le produit sera donc plus international, la part de Français estimée à bord du Zenith l’hiver prochain devant se réduire à 35 à 40%, contre 65% sur son sistership.

 

Le Sovereign (© : MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

Le Sovereign (© : MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Mutualisation d’une flotte de seulement trois unités en 2017

Cette évolution s’inscrit dans la restructuration de Pullmantur et de sa filiale française, qui ont annoncé le mois dernier la mutualisation de leurs navires, qui ne seront plus, au mieux, que quatre en fin d’année. L’Horizon n’est en effet plus programmé chez CDF à partir de novembre 2016 et on ne le trouve pas non plus chez Pullmantur. Proposé à la vente comme son sistership, le Zenith, on ne sait pas encore quel sera son avenir. Une sortie de flotte était récemment d’actualité mais cela ne semble plus acquise. Trois hypothèses paraissent logiques : une cession à un autre opérateur, un transfert comme l’Empress chez RCI dans la perspective d’un développement des croisières à Cuba, ou un éventuel retour sur le marché brésilien. Suite aux déboires de l’Empress, RCCL aurait en tous cas lancé un audit technique sur la flotte de sa filiale, l’Horizon ayant apparemment été inspecté à la fin de sa saison hivernale aux Antilles.

Commercialiser Pullmantur, un vrai défi sur le marché français

Quoiqu’il en soit, en proposant une flotte commune, les deux marques entendent compenser la réduction de voilure et donc diversifier les itinéraires proposés aux clients. Pour CDF, qui va donc vendre les croisières de Pullmantur en plus de son propre programme, il s’agit de travailler avec sa maison-mère pour développer une base francophone sur les paquebots de Pullmantur (journaux de bord, menus, annonces et excursions en Français). C’est un point crucial pour que cette initiative réussisse, ce qui n’est pas gagné d’avance, surtout en Europe. On se souvient en effet qu’une tentative similaire avait été tentée en 2011, lorsque CDF avait commercialisé la saison du Sovereign en Méditerranée, et que cette expérience s’était soldée par un échec. Alors qu’il ne sera probablement pas évident de faire cohabiter deux marques, la compagnie devra donc jouer très finement, en particulier sur la francophonie à bord, pour convaincre ses clients d’embarquer sur des navires dont les passagers sont majoritairement espagnols.

 

Le Monarch (© : PULLMANTUR)

Le Monarch (© : PULLMANTUR)

 

Moderniser la flotte

D’autant que ces bateaux ne sont pas de première jeunesse, le Sovereign datant de 1988, le Monarch de 1991 et le Zenith de 1992 (1990 pour l’Horizon). Même si le second a bénéficié récemment d’une rénovation et que le premier, qui en a bien besoin, sera « revitalisé » en novembre prochain, de même que le Zenith, il est difficile pour ces bateaux de rivaliser avec les unités neuves mises en service par d’autres armateurs. Par chance pour Pullmantur et CDF, leurs principaux concurrents n’ont pas accru leurs capacités en 2015 et 2016. Mais en 2017, MSC mettra en service au départ de France, d’Espagne et d’Italie son nouveau fleuron, le Meraviglia. Quant à Costa, elle devra attendre 2019 et réduira même la toile d’ici là puisque le Costa neoRomantica partira pour la Chine l’an prochain.

Wamos souhaite entrer au capital de Pullmantur

La problématique du renouvellement des moyens navals de Pullmantur et CDF, impératif à terme pour la pérennité de l’opérateur, se solutionnera peut-être avec l’arrivée d’un nouvel investisseur. La société espagnole Wamos, qui avait repris Pullmantur Air et Nautalia, a en effet remis une offre à RCCL. Il ne s’agit pas pour le moment d’un rachat mais, dans un premier temps au moins, d’une proposition d'entrée au capital de Pullmantur. La compagnie espagnole bénéficierait alors d’une arrivée de cash et de l’impulsion d’un nouveau partenaire, qui pourraient lui permettre de repartir sur de nouvelles bases, en s’appuyant comme la société le faisait avant sur un puissant réseau de distribution en Espagne et des capacités aériennes. Une option à même également de constituer pour Royal Caribbean, en cas de besoin, une porte de sortie. 

 

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