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Marine Marchande
Quel littoral touchera la pollution du Grande America ? « Tout est possible »
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Quel littoral touchera la pollution du Grande America ? « Tout est possible »

Marine Marchande

La cargaison du Grande America peut-elle venir souiller les côtes bretonnes ? « Tout est possible », prévient un spécialiste de la dépollution à propos du naufrage du cargo italien, le 12 mars, à 350 km de l’île d’Oléron (Charente-Maritime).

Que reste-t-il des 2 200 tonnes de fioul que contenait le Grande America, ce cargo qui a pris feu et qui repose désormais à 4 600 m au fond de l’eau. Le navire transportait 2 000 véhicules et 365 conteneurs, dont 45 abritaient des marchandises dangereuses. Mardi, un premier conteneur avec plus de six tonnes de chips à l’intérieur a été remorqué jusqu’au port de La Rochelle. Deux autres conteneurs ont été repérés à la dérive.

Trois nappes de pétrole ont été constatées en mer. Nul ne connaît donc la quantité de carburant restant dans le cargo. « Mais il y a un élément capital, prévient Nicolas Tamic, directeur-adjoint du Cedre (*). Le préfet maritime a mis en demeure l’armateur de l’America Grande d’aller voir l’état de l’épave. On saura alors combien de polluants il y a en mer. Et selon l’état de l’épave, deux solutions : soit, on colmate et on laisse l’épave au fond ; soit on pompe ».

« Le pétrole vieillit »

« En attendant, poursuit le responsable du Cedre, le pétrole vieillit. Conséquence, il se fractionne de plus en plus. Les nappes se morcellent en plaques, puis celles-ci se morcellent en boulettes. Plus ça reste en mer, plus ça restera dispersé. Conclusion : les moyens d’intervention deviennent chirurgicaux et non plus massifs ». Des barrages flottants ont ainsi été déployés pour retenir le fioul avant qu’il ne soit pompé.

Difficile, donc, de connaître la quantité de carburant qui s’est échappée du navire. Difficile, aussi, de savoir où le pétrole va s’échouer. Selon les dernières prévisions, ce sont les côtes de Charente-Maritime qui pourraient être touchées, mais pas avant le 29 mars. ET à ceci près que rien n’est sûr. « Il faut d’ailleurs arrêter de dire n’importe quoi », proteste Jean-Pierre Vanbaelinghem, P-DG de la société morlaisienne Le Floch dépollution. Le spécialiste de la dépollution fait ainsi allusion aux propos de François de Rugy qui avait prédit que les nappes de pollution auraient dû arriver sur nos côtes, le 17 ou 18 mars. « Certains lisent peut-être dans le marc de café, mais pas moi », ironise le P-DG.

« Nous n’avons pas de boule de cristal »

Les nappes de pétrole peuvent-elles alors remonter jusqu’en Bretagne ? « Tout est possible, répond Jean-Pierre Vanbaelinghem. Tout dépend de l’orientation des vents et des courants. Aujourd’hui, on craint pour la Gironde et la Charente-Maritime, mais demain, si les vents sont plein sud, ce peut être l’Angleterre ; s’ils sont plein nord, ce peut-être l’Espagne et s’ils sont sud-ouest, ce pourra être la Bretagne. Mais pour l’instant, tout le monde est dans le brouillard. C’est donc prématuré de dire que cela va arriver dans tel ou tel endroit. Nous sommes tributaires de la météo, de la direction des vents et des courants ».

« Pour que la pollution survienne en Bretagne, il faudrait un fort flux (vents et courants) de sud-ouest et aujourd’hui, il n’y a pas de courant, indique Nicolas Tamic. Pour l’instant, la pollution est trop loin des côtes pour faire des prévisions sur d’éventuelles marées noires sur notre littoral. Nous n’avons pas de boule de cristal. Avec le comité de dérive, nous pouvons faire des prévisions sur 72 heures et des probabilités sur une semaine. On ne sait pas comment ça va évoluer, mais je peux vous assurer que nous sommes en ordre de bataille ».

* Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux.

Un article de la rédaction du Télégramme