Construction Navale
Quelle stratégie pour Rolls-Royce Marine ?

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Quelle stratégie pour Rolls-Royce Marine ?

Construction Navale

Au début du mois, nous avons fait le point avec les dirigeants de Rolls-Royce Marine, à Londres, sur l'activité et la stratégie du célèbre motoriste. Fleuron de l'industrie britannique, Rolls-Royce Marine aborde l'année 2009 fort d'un solide bilan. En 2008, le chiffre d'affaires de la division navale a atteint 2.3 milliards d'euros, réalisant un bénéfice de 200 millions d'euros. Quant au carnet de commandes, il atteint 5.6 milliards d'euros. « Le carnet de commandes a largement augmenté et les revenus ont plus que doublé depuis 2003 », se félicite John Paterson, Président de Rolls-Royce Marine. Ce dernier note que l'activité du groupe est bien équilibrée entre ses différentes composantes : « Nous avons une très large base de clients dans le secteur de la défense, de l'offshore et des navires marchands. Rolls Royce Marine, c'est aujourd'hui 8000 employés, 2300 clients, des équipements installés sur 30.000 navires et une présence géographique très diversifiée. Ainsi, nous fournissons des services dans 34 pays et nous avons largement investi dans des infrastructures à l'international, notamment en Asie ».

RRM installe son siège à Singapour (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
RRM installe son siège à Singapour (© MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

Développement géographique

De nouveaux centres ont par exemple été ouverts à Fort Lauderdale (Etats-Unis), Mumbai (Inde) et Rio de Janeiro (Brésil), alors que des extensions sont intervenues à Rotterdam (Pays-Bas), Hambourg (Allemagne) et Singapour. La région asiatique est, d'ailleurs, au coeur de la stratégie du groupe britannique. Véritable symbole qui en dit long sur la stratégie du groupe, le mois prochain, Rolls-Royce Marine va déménager son siège londonien à Singapour ! Il s'agit d'une initiative historique mais en ligne avec le pragmatisme anglais : « Nous nous rapprochons d'une zone d'activité très importante pour nous. L'Asie constitue une base importante de notre clientèle et présente de nombreuses opportunités », explique John Paterson. La stratégie du groupe, via ses implantations locales, vise à établir « des relations fortes et à long terme avec les clients » grâce à la proximité géographique. Ces implantations permettent également à Rolls-Royce de prolonger les contrats d'acquisition par des contrats de maintenance ou de modernisation, tout en jouant sur la proximité pour trouver de nouveaux débouchés. « Il faut prendre les opportunités là où elles existent. Développer les produits et les solutions pour les clients sur les différents marchés. Il est important de développer la base de la clientèle, de proposer de nouvelles technologies, mais aussi de faire des efforts sur la supply chain. D'où l'importance du développement géographique, pour être au plus près du marché », affirme le patron de Rolls-Royce Marine.

Equipements Rolls-Royce sur navire offshore (© ROLLS-ROYCE MARINE)
Equipements Rolls-Royce sur navire offshore (© ROLLS-ROYCE MARINE)

L'offshore, un segment crucial

L'activité de Rolls-Royce Marine est très forte dans l'offshore, qui représente sa première activité. Ce secteur, qui a explosé ces dernières années, connaît actuellement un léger flottement, crise oblige. Mais, compte tenu de la raréfaction des ressources et des nombreux projets en cours, notamment dans l'offshore profond, chacun sait qu'il s'agit encore d'une valeur d'avenir. Sur ce segment, Rolls-Royce Marine est très bien positionné. En matière d'architecture, le groupe a remporté un succès considérable avec les navires du type UT Design (plus de 650 bateaux en service ou en commande). Il propose en outre toute une gamme de produits en matière, bien sûr, de propulsion, mais aussi d'équipements de passerelle et de pont. L'ensemble représente près de 60% du coût d'un navire offshore.
Sans cesse, des développements sont réalisés sur les nouvelles technologies : « Nous avons beaucoup travaillé sur les systèmes de positionnement dynamiques ou encore les solutions de propulsions électriques, permettant des gains de 30% de la consommation de fuel. De même, nous développons, pour les ponts des navires, des solutions robotisées permettant aux personnels d'éviter d'intervenir dans les zones dangereuses pendant les opérations », souligne Andy Almestad, patron de la divison Offshore de Rolls-Royce. Pour ce dernier, le « marché de l'offshore reste fort. Il y a de nouveaux champs d'exploration qui nécessitent des technologies sophistiquées, et donc qui nécessitent plus de navires sophistiqués. Il faut donc concevoir, fournir les équipements mais aussi prévoir la maintenance de ces bateaux et de leurs systèmes. C'est pourquoi nous proposons des packages incluant un service de support technique ».

Une saga à la UT sur les navires marchands ? (© ROLLS-ROYCE MARINE)
Une saga à la UT sur les navires marchands ? (© ROLLS-ROYCE MARINE)

Navires marchands : Réinventer la saga des UT ?

Les navires de commerce sont l'autre grand domaine civil où intervient Rolls-Royce. « Design du navire, système d'automatisation et de contrôle, machines de ponts, propulseurs, waterjets, moteurs, stabilisateurs... Nous offrons une large gamme de produits à nos clients », explique Oddbjørn Eliamen, responsable de cette activité au sein du groupe. Qu'il s'agisse de vraquiers (jusqu'à 30.000 tpl), de yachts ou de tankers et méthaniers, Rolls-Royce souhaite désormais appliquer le succès des UT Design dans le domaine des navires de commerce et de la grande plaisance. Conscient qu'il ne peut guère se placer sur le marché des navires simples, le groupe vise le segment des unités plus complexes, intégrant de nouvelles technologies : « Il y a là un potentiel très important. Nous avons des capacités permettant de fournir des solutions complètes et intégrées de design, d'équipements, de production d'énergie et de propulsion, dont nous pouvons faire bénéficier des chantiers établis ou émergeants. Ainsi, nous pouvons imaginer des partenariats pour soutenir le développement de chantiers en Asie ».

Cargo à propuslion GNL (© ROLLS-ROYCE MARINE)
Cargo à propuslion GNL (© ROLLS-ROYCE MARINE)

Si Rolls-Royce regarde clairement vers l'Est, le vieux continent n'est pas, pour autant, abandonné. Fort de leur savoir-faire sur des navires complexes et intégrant de nouvelles technologies, les chantiers européens présentent encore un grand intérêt. « L'Europe continue pour nous d'être un marché important, notamment pour les navires compliqués », confirme Oddbjørn Eliamen. Sur ce segment comme dans l'offshore, les grands défis à venir porteront notamment sur la réduction de la consommation et des émissions de gaz dans l'atmosphère. Rolls-Royce a notamment développé, dans cette optique, un cargo fonctionnant au Gaz naturel liquéfié (GNL)

Le HMS Daring, du type 45 (© BAE SYSTEMS)
Le HMS Daring, du type 45 (© BAE SYSTEMS)

Le naval militaire : Un socle

Rolls-Royce Marine, c'est aussi, et bien évidemment, une activité historique dans le domaine naval militaire. Le motoriste britannique équipe des navires dans le monde entier, évidemment au sein de la Royal Navy, mais aussi en France, où les frégates de la classe Georges Leygues sont, par exemple, dotées de turbines à gaz Olympus, dérivées de réacteurs développés pour le Concorde. Ce parc déjà en service nécessite de la maintenance et des réparations, ce qui constitue une solide activité en matière de services aux marines. « Comme dans les autres business, nous proposons des solutions intégrées de systèmes et nous fournissons le support. Nous souhaitons aussi faire progresser nos capacités en matière de designs de navires (des versions militarisées des UT Design sont déjà proposées, ndlr) », précise Andrew Marsh, qui dirige la division navale.

Produits pour navires militaires (© ROLLS-ROYCE MARINE)
Produits pour navires militaires (© ROLLS-ROYCE MARINE)

Dans le domaine de la propulsion, Rolls-Royce a lancé plusieurs produits phares, notamment en matière de propulsion électrique. Ainsi, le programme des destroyers T45 de la Royal Navy a vu la construction du premier navire de combat « tout électrique ». Le HMS Daring, qui sera bientôt mis en service, dispose de deux diesels alternateurs Wärsilä et de la toute nouvelle turbine à gaz WR 21 de Rolls-Royce. L'ensemble produit le courant alimentant deux moteurs électriques de propulsion, fournis par Converteam.

La turbine à gaz MT30 (© ROLLS-ROYCE MARINE)
La turbine à gaz MT30 (© ROLLS-ROYCE MARINE)

Le groupe britannique mise également beaucoup sur sa nouvelle turbine à gaz, la plus puissante machine de ce type sur le marché. La MT30 équipera les futurs porte-avions de la Royal Navy (programme CVF), le destroyer lance-missiles américain USS Zumwalt et a été retenue sur le Littoral Combat Ship (LCS) du team emmené par Lockheed Martin. Cette frégate de combat littoral, également dotées de waterjets Rolls, est en concurrence avec la LCS d'un consortium emmené par General Dynamics (et équipé de turbines GE). Le marché est colossal puisque l'US Navy compte réaliser 55 bateaux de ce type. De même, Rolls-Royce souhaite d'ores et déjà se positionner sur le projet CG(X), qui doit permettre le remplacement des croiseurs américains du type Ticonderoga.

SNLE du type Vanguard (© ROYAL NAVY)
SNLE du type Vanguard (© ROYAL NAVY)

Toujours au coeur des sous-marins nucléaires britanniques

Activité stratégique du groupe, la propulsion des sous-marins nucléaires britanniques représente un enjeu technologique considérable pour Rolls-Royce. Depuis un demi-siècle, le motoriste a conçu et réalisé les chaufferies nucléaires des sous-marins de la Royal Navy. Comme les derniers sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) du type Vanguard (1993 - 1999), Rolls-Royce fournit un réacteur à eau pressurisée PWR 2 pour les nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque du type Astute. Rolls-Royce fournit non seulement le réacteur mais également divers composants de la propulsion, ainsi que le soutien des équipements. Alors que la construction des quatre premiers SNA de ce type se poursuit, le gouvernement britannique a décidé de lancer les études portant sur un réacteur de nouvelle génération destiné aux futurs SNLE. Ces bâtiments devraient remplacer les Vanguard à la fin des années 2020.

Vue du système propulsif de l'Astute (© ROLLS-ROYCE MARINE)
Vue du système propulsif de l'Astute (© ROLLS-ROYCE MARINE)

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