Marine Marchande
Qu’est devenu l'ancien Saint Eloi ?

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Qu’est devenu l'ancien Saint Eloi ?

Marine Marchande

En 1972, un car-ferry / train-ferry destiné à la Société Anonyme de Navigation Angleterre-Lorraine-Alsace « ALA »  sortait du chantier naval « Cantieri Navali di Pietra Ligure » de Gênes sous le nom de Saint Eloi. Mais alors qu’il était destiné au trafic transmanche, le chantier italien était en proie à de graves difficultés financières qui retardaient la livraison du navire. Ce ne fut donc que le 1er mars 1975 que le Saint Eloi faisait son escale inaugurale à Dunkerque. Il travaillera ensuite sur plusieurs routes du Détroit: Calais-Folkestone, Calais-Douvres, Dunkerque Ouest-Douvres, Boulogne-Folkestone en service de nuit à partir du 27 mars 1988 et même entre Dieppe et Newhaven en remplacement.

D’une longueur de 114,60 mètres puis d’une largeur de 18,62 pour un tirant d’eau maximal de 4,11 mètres, le Saint Eloi avait une capacité de 1000 passagers, ce qui en faisait l’une des plus grandes unités sur le Transmanche. Côté fret, il proposait trois alternatives à savoir qu’il pouvait embarquer 160 automobiles, ou bien 35 wagons de marchandises ou encore une combinaison de 11 wagons + 10 voitures-couchettes ferroviaires. A une époque où le tunnel sous la Manche n’existait pas encore, il permettait aux voyageurs de prolonger leur voyage de l’un ou de l’autre côté du Détroit sans interruption et ce fut en particulier le cas pour le luxueux Orient Express. Mais bien que le Saint Eloi arborait une cheminée aux marques de l’ALA et le logo SEALINK sur ses flancs, la gérance technique et humaine était confiée à l’armement naval SNCF.

 

 

Le 20 mai 1989, après être allé assurer des rotations entre Stranraer et Larne en mer d’Irlande, le Saint Eloi est rebaptisé Channel Entente pendant quelques mois. Puis le 9 janvier 1990, il troque son pavillon tricolore contre celui des Bahamas. En même temps son équipage français est remplacé par du personnel britannique de la Steam Packet. Modifié avec l’ajout d’un second propulseur d’étrave puis une capacité portée à 180 automobiles, le navire est placé sur différentes lignes entre l’Angleterre et l’Irlande sous ce nom avant de devenir le King Orry.

Devenu trop petit pour les liaisons britanniques, il est désarmé à Birkenhead jusqu’au 21 octobre 1998, date à laquelle il quitte ce port pour rejoindre Livourne sous le nom de Moby Love et le pavillon italien. Moby Lines, son nouvel armement lui fait subir de nombreuses transformations dont l’adjonction d’une porte d’étrave et d’une rampe puis une rénovation intérieure des espaces passagers. En avril 1999, il débute un service entre Piombino et Porto Ferraio sur l’île d’Elbe qui durera 18 ans. Rebaptisé quelques temps Moby Love 2, l’armement Moby Lines le met en vente jusqu’à un jour d’été 2017 où un armateur grec s’en porte acquéreur puis le fait remorquer jusqu’en Grèce sous le nom d’Aeolos.

Le 7 octobre suivant, on trouve le navire amarré à la digue de Drapetsona et quelques travaux sont effectués à bord. Sept mois plus tard, toujours en remorque, il prend la destination de la Turquie; on le pense lors voué à la démolition à Aliaga, mais il arrive finalement à Tuzla qui est un haut lieu de la construction ou réparation navale. En août 2018, il fait son retour à Perama avec une silhouette modifiée: son étrave a été reconstruite sans porte, des ailerons de passerelle couverts et fermés ont été construits – ces derniers ont d’ailleurs été ré-ouverts partiellement depuis ! - sa drome de sauvetage a été modifiée puis de grands sabords ont été découpés sur le fronton de manière à offrir une vue sur l’avant depuis son restaurant. Tous les intérieurs ont aussi été rénovés, modernisés et remis aux normes de sécurité actuelles. Le 1er avril dernier il prend le nom d’Azores Express sous pavillon hellénique et malgré un départ différé de Perama, le vétéran du Détroit est appelé à rejoindre les eaux portugaises des Açores où il sera affrété par Atlanticôline pour la saison estivale. Sa propulsion d’origine est assurée par 2 Pielstick 4 temps V 16 développant 14600 Bhp lui donnant une vitesse de 19 noeuds.

 

On constate ici les différentes transformations sur les ailerons, l'étrave, les sabords sur le fronton et les deux propulseurs d'étrave

On constate ici les différentes transformations sur les ailerons, l'étrave, les sabords sur le fronton et les deux propulseurs d'étrave

 

Qui en 1975 aurait pensé que le Saint Eloi serait toujours en service après avoir fêté ses 44 années de bons et loyaux services malgré quelques petits incidents comme sa collision avec le Cambridge Ferry à un demi mille de la jetée de Douvres le 1er mai 1987, ou lorsqu’il a percuté cette même jetée le 23 juillet 1988 ? Ou encore lorsqu’il s’est échoué sans incidence grave sur le Taylors Bank près de Liverpool suite à une avarie de barre le 14 novembre 1992 ?     

Texte et photos : Marc OTTINI