Marine Marchande
Qu’est devenu le porte-conteneurs roulier Renoir de la CGM ?
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Qu’est devenu le porte-conteneurs roulier Renoir de la CGM ?

Marine Marchande

C’est en 1975 que les chantiers navals de La Ciotat et de l’Atlantique à Saint Nazaire recevaient une commande émanant de la Compagnie Générale Maritime pour la construction de six porte-conteneurs rouliers de 19669 tonnes de port en lourd. Baptisé la série des « Peintres » du fait des noms qui leur furent attribués à savoir : Cézanne, Degas, Gauguin, Monet, Renoir et Utrillo, ils furent tous mis en service entre 1977 et 1978. Ces navires avaient une longueur de 163,80 mètres, une largeur de 26,50 pour un tirant d’eau maxi de 10,74 mètres. Un haut franc-bord laissait deviner un grand garage à trois entreponts reliés par une rampe intérieure dans lequel l’on accédait par une porte-rampe oblique à l’arrière tribord. En manutention verticale, ses 4 cales pouvaient également être accessibles à travers des panneaux de pont du type Pontoon « à plat pont ». Cela permettait d’embarquer sur le pont supérieur du matériel roulant via une porte étanche placée devant le château. En version conteneurs, il avait une capacité de 637 evp – 330 en cales et 307 en pontée. Le gréement était constitué de quatre grues Brissonneau & Lotz : 2 de 40 tonnes puis 2 de 25.

Du côté de la machine, ils étaient motorisés par deux diesels S.E.M.T Pielstick 18PC2 5V développant une puissance maximale de 23400 cv mais cependant limitée à 18720 cv en service normal. A travers un double réducteur, ils entraînaient une seule hélice leur permettant de naviguer à 19,25 nœuds. Sur l’avant un propulseur d’étrave de 750 cv était prévu pour les manœuvres. Affectés à leur mise en service sur la route Europe-Pacifique Sud, ils furent rapidement transférés entre l’Europe du Nord et l’Océan Indien via la Méditerranée dans le cadre du G.I.E Capricorne créé entre la C.G.M et la N.C.H.P (Navale et Commerciale Havraise Péninsulaire). Mais dès 1987, ils allaient connaître des destins divers. Quatre furent jumboisés en Corée du Sud et au Japon cette même année et recevaient un tronçon central de 40,35 mètres, portant leur longueur à 204,15 mètres pour un port en lourd de 26700 tonnes. Avec une cinquième grue de 40 tonnes ajoutée, leur capacité était portée à 28522 m3 de volume en garage ou 1063 evp en version « tout conteneurs ». Ce furent les Gauguin (jumboisé par Hyundai Mipo), Monet, Renoir et Utrillo (Mitsubishi H.I à Nagasaki). A sa sortie de chantier, le Renoir devenait le CGM Renoir.

Puis pour des raisons économiques et sociales que tout le monde maritime garde en mémoire, il passait sous pavillon birman en 1988 en empruntant le nom de CGM Columbia. En juin 1989, il devenait le Kingston. Six mois plus tard, on le retrouvait sous celui de Proso pour revenir quelques semaines après sous affrètement de la N.C.H.P comme Ville de Dunkerque. Deux ans passaient avant de voir disparaître cet armement français et le navire redevenait le Proso. En 1998, il était de nouveau mis en vente puis acheté par la société jordanienne Hijazi & Gosheh basée à Ammam et spécialisée dans le transport de bétail vivant. Le Proso prenait la direction du chantier Sembawang de Singapour et huit mois plus tard, il en ressortait totalement métamorphosé sous le vocable de Bader III. Devenu un navire de transport de bétail à part entière avec une capacité de 110.000 moutons ou 75.000 moutons + 10.000 bovins, le Bader III ne possède désormais plus de porte-rampe arrière. Ses cinq grues ont été débarquées et son franc-bord diminué sur toute la longueur de son espace cargaison. Sur l’arrière des superstructures, de nouveaux locaux-vie ont été ajoutés afin de loger un équipage beaucoup plus conséquent. Sous son ère tricolore, il se composait d’un maximum de 25 personnes.

Tout dernièrement et suite à une loi imposant un transport d’animaux sous de meilleures conditions, le Bader III a reçu de nouvelles transformations dans un chantier turc réduisant de ce fait sa capacité de près de 30%. La hauteur des ponts fut doublée par la suppression d’entreponts offrant plus de clarté et de volume aux animaux.  Le Bader III navigue principalement entre l’Argentine et la Méditerranée.

Mais que sont devenus ses sister-ships ?

Cézanne : Construit à Saint Nazaire par les Chantiers de l’Atlantique et mis en service le 1er mars 1977, il est devenu en 1983 l’Ile Maurice à la N.C.H.P. En 1997, il est acheté par la Global Container Line basée à New York et rebaptisé Global Progress. Sous ce nom, il est beaché à Alang le 6 avril 2010.

Degas : Construit à Saint Nazaire par les Chantiers de l’Atlantique et mis en service le 1er mars 1977, il est devenu en 1983 l’Ile de la Réunion de la N.C.H.P. Il est affrété par l’armement ivoirien SITRAM de 1993 à 1994 sous le nom de Bandama. En 1997, il est acheté par la Global Container Line basée à New York et rebaptisé Global Prosperity. Sous ce nom, il est beaché à Alang le 10 avril.

Gauguin : Construit à La Ciotat et mis en service en 1978. Jumboisé par Hyundai Mipo en 1987, il devient le CGM Gauguin, puis le CGM California en 1989. Vendu il devient successivement le Battersea, le Ville du Havre sous affrètement de la N.C.H.P, le CTE Macarena. En septembre 1992, le CTE Macarena est victime d’un incendie en salle des machines. Réparé au Pirée, il reprend du service en 1993 comme Vergina. En 1998 il est de nouveau victime d’un incendie et ramené en Espagne, il sera envoyé à la démolition à Alang où il sera beaché le 15 septembre 2000.   

Monet : Construit à La Ciotat et mis en service en 1978. Jumboisé par Mitsubishi H.I de Nagasaki en 1987, il devient le CGM Monet. En 1992, il est vendu aux Etats-Unis et devient le Buffalo Soldier sous gérance du MSC – Military Sealift Command – jusqu’en 2006. Acheté par la Global Container Line basée à New York et rebaptisé Global Patriot, il est beaché à Alang le 09 septembre 2009 pour démolition.

Utrillo : Construit à La Ciotat et mis en service en 1977. Jumboisé par Mitsubishi H.I de Nagasaki en 1987, il devient le CGM Utrillo. En 1992, il est vendu aux Etats-Unis et devient le American Merlin sous gérance du MSC – Military Sealift Command – jusqu’en 2001. Il devient ensuite le Merlin puis le TSGT John A Chapman en 2005. On le retrouve affublé d’énormes constructions en toile de tente entre ses grues pour le transport de matériel militaire sous abri. Sous ce nom, il est échoué à Alang le 09 septembre 2014 pour démolition.

En regardant de plus près ces dates et les carrières de ces six unités, on se rend compte qu’ils ont eu des destins similaires en « couple ». 

Texte de Marc OTTINI

L’Utrillo au passage devant Port Jérôme en 1982. On remarque bien que les navires étaient gréés par 4 grues à leur mise en service. (

L’Utrillo au passage devant Port Jérôme en 1982. On remarque bien que les navires étaient gréés par 4 grues à leur mise en service. (© MARC OTTINI)

L’Ile Maurice et l’Ile de la Réunion sont restés jusqu’à leur démolition dans leur version d’origine. L’Ile Maurice est en escale à Pointe des Galets en novembre 1986.  (

L’Ile Maurice et l’Ile de la Réunion sont restés jusqu’à leur démolition dans leur version d’origine. L’Ile Maurice est en escale à Pointe des Galets en novembre 1986.  (© MARC OTTINI)

Le sister-ship CGM Utrillo peu de temps après sa jumboisation où l’on remarque la cinquième grue. (© MARC OTTINI)

Le sister-ship CGM Utrillo peu de temps après sa jumboisation où l’on remarque la cinquième grue. (© MARC OTTINI)

Le Proso en escale au Havre au quai Mazeline du Havre en février 1990. A cette période, il est déjà jumboisé et gréé par cinq grues. (© PASCAL BREDEL)

Le Proso en escale au Havre au quai Mazeline du Havre en février 1990. A cette période, il est déjà jumboisé et gréé par cinq grues. (© PASCAL BREDEL)

Le Ville du Havre est revenu au Havre en avril 1990 sous affrètement de la Navale et Commerciale Havraise Péninsulaire, plus couramment appelée la NOCHAP. Il est photographié au Terminal de l’Europe en cours de soutage par la barge Esso Le Havre. (© PASCAL BREDEL)

Le Ville du Havre est revenu au Havre en avril 1990 sous affrètement de la Navale et Commerciale Havraise Péninsulaire, plus couramment appelée la NOCHAP. Il est photographié au Terminal de l’Europe en cours de soutage par la barge Esso Le Havre. (© PASCAL BREDEL)

Le Bader III dans sa version actuelle après avoir été transformé en navire de transport de bétail. Photographié à Fremantle, on peut encore voir sur sa coque son nom d’origine et son port d’attache.  (

Le Bader III dans sa version actuelle après avoir été transformé en navire de transport de bétail. Photographié à Fremantle, on peut encore voir sur sa coque son nom d’origine et son port d’attache.  (© HANS FAIRHURST) 

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