Histoire Navale
Radeau de La Méduse : La véritable histoire du naufrage il y a 200 ans

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Radeau de La Méduse : La véritable histoire du naufrage il y a 200 ans

Histoire Navale

De La Méduse et de son radeau, les Français connaissent le fameux tableau de Géricault dont on célèbre cette année le bicentenaire. La véritable histoire de ce naufrage, le 2 juillet 1816, avait bouleversé la France.

Le Musée national de la Marine de Rochefort (Charente-Maritime), qui abrite dans sa cour une réplique grandeur nature du fameux « Radeau de La Méduse », commémore tout l'été le bicentenaire de la tragique épopée des 150 naufragés, dont seulement 15 survécurent. C'est de l'île d'Aix, voisine de Rochefort, que La Méduse a appareillé, le 17 juin 1816, vers Saint-Louis, au Sénégal, afin d'y acheminer le nouveau gouverneur et les fonctionnaires nécessaires à la colonie, que l'Angleterre vient de restituer à la France après la restauration de la monarchie. La Méduse quitte la rade d'Aix, accompagnée de trois autres bâtiments français, une flottille commandée par Hugues Duroy de Chaumareys, noble émigré à la Révolution qui n'a pas navigué depuis 28 ans et qui doit sa nomination au retour des Bourbon sur le trône. Mais, six jours après le départ, Chaumareys décide de ne pas attendre les autres navires et La Méduse fait voile seule en direction du Sénégal. Vraisemblablement à cause d'une erreur de navigation, la frégate s'échoue le 2 juillet sur le banc de sable d'Arguin, au large des côtes de l'actuelle Mauritanie.

 

 

Quinze naufragés en vie

Dès le lendemain, la construction d'un radeau débute et le 5 juillet, le navire est abandonné : 230 personnes, dont Chaumareys et le gouverneur du Sénégal, prennent place dans les canots du bord. 150 autres passagers, majoritairement des soldats, sont entassés sur le radeau qui s'enfonce de près d'un mètre dans l'eau. Il est remorqué par les canots. Rapidement, la remorque est coupée et le radeau livré à lui-même, avec, en tout et pour tout, deux barriques d'eau et cinq de vin. La nuit suivante, vingt hommes meurent, les jambes brisées par les planches du radeau ou emportés par les vagues. Des soldats décident alors d'en finir, s'enivrent et commencent à détruire leur embarcation de fortune. S'ensuivent de violents combats à coups de sabre, qui font 65 morts et de nombreux blessés. Le 7 juillet, les premiers actes d'anthropophagie surviennent, certains rescapés découpant et dévorant les cadavres restés sur le radeau. Tempête, privations, nouveaux combats... le nombre des naufragés se réduit au fil des jours, blessés et malades étant jetés à l'eau pour économiser le peu de vin restant. Le salut n'arrivera que le 17 juillet, deux semaines après le naufrage, lorsqu'un des navires partis de France avec La Méduse aperçoit le radeau : seuls 15 naufragés sont encore en vie.

Le capitaine condamné

Le scandale aurait pu être étouffé sans le rapport d'un rescapé, Jean-Baptiste Savigny, le chirurgien du bord, rédigé pour le ministre de la Marine. Un rapport détourné par le ministre de la Police qui le fait publier dans le journal pour nuire à son collègue de la Marine. En mars 1817, le capitaine de frégate Chaumareys sera jugé et condamné à trois ans de prison. Dans la foulée du procès, le récit du naufrage est publié et connaît un vif succès d'édition. Cette histoire extraordinaire fascina le peintre Théodore Géricault, qui rencontra des survivants de La Méduse et construisit un modèle réduit détaillé du radeau pour réaliser son tableau aux proportions monumentales : cinq mètres sur sept. Celui-ci fit sensation lorsqu'il fut présenté en août 1819 au Salon de peinture de Paris. L'oeuvre est aujourd'hui exposée au Musée du Louvre.

 

Un article de la rédaction du Télégramme

 

 

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