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RAPIDFire Naval : Le premier CIWS français

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C’est l’une des grosses nouveautés présentées au salon Euronaval. Thales et Nexter dévoilent une version navalisée du RAPIDFire. Ce système est basé sur le nouveau canon de 40mm qualifié en juin 2014 pour les forces terrestres françaises et britanniques. Le 40CTA (Cased Telescoped Ammunition) équipera notamment le futur véhicule blindé Jaguar. Des briques technologiques de ce programme, comme le calculateur et plusieurs types de munitions compatibles, ont été réutilisés pour le RAPIDFire Naval, qui intègre en plus du mode surface-surface une capacité de tir antiaérien, adaptée aux aéronefs, drones et missiles. « Il s’agit notamment de proposer une solution face aux nouvelles menaces, à commencer par les drones, pour lesquels l’emploi d’un missile est coûteux et parfois difficile puisque la signature radar de ces engins peut être très faible. A l’avenir, les bâtiments pourront aussi faire l’objet d’attaques saturantes de drones. Dans ce cas, le canon est intéressant car il présente un nombre possible d’engagements supérieur aux missiles à courte portée », explique-t-on chez Nexter et Thales, où l’on souligne néanmoins que, face au spectre des menaces auxquelles les navires peuvent être confrontés, « ce système d’arme est parfaitement complémentaire des missiles embarqués ».

Ajout d’une capacité antiaérienne

L’efficacité du RAPIDFire contre des drones aériens a été démontrée lors d’une campagne de tir contre des cibles Banshee qui s’est déroulée en 2011 et 2013 sur le centre d’essais de la DGA à Biscarosse.

 

Le RAPIDFire a été testé à partir de 2011 à Biscarosse (© THALES)

Le RAPIDFire a été testé à partir de 2011 à Biscarosse (© THALES)

Le futur Jaguar (© NEXTER)

Le futur Jaguar (© NEXTER)

 

Après la qualification du 40CTA par la France et le Royaume-Uni pour un emploi terrestre il y a quatre ans, Nexter (déjà présent sur le marché de l’artillerie navale avec le canon télé-opéré de 20mm Narwhal) et Thales ont conduit sur fonds propres les travaux du RAPIDFire pour ajouter une capacité antiaérienne compatible avec les besoins navals. Des développements accélérés l’an dernier par la notification de la première commande de Jaguar pour l’armée de Terre.

De 50 à 4000 mètres

Selon ses concepteurs, la portée maximale du RAPIDFire Naval est de 4000 mètres en tir antiaérien et contre des buts en surface. La cadence de tir est donnée à 200 coups par minute. « Son gros avantage est de constituer une ultime barrière de défense active, jusqu’à la dernière seconde, car il peut tirer très près du bâtiment, entre 50 et 400 mètres, là où les missiles à courte portée ont une distance minimale d’engagement qui débute au-delà ».

Installé dans une tourelle hermétique gyrostabilisée, le canon dispose de sa propre conduite de tir avec un système optronique TV/IR couplé à un télémètre laser et des fonctions optimisées pour la lutte antiaérienne (le viseur est lui-même gyrostabilisé indépendamment de la tourelle). Le RAPIDFire  peut fonctionner de manière autonome, avec un contrôle depuis un poste d’opérateur ou une intégration au système de combat. Il peut donc être mis en œuvre sans que les radars du bâtiment porteur soient en fonction, ou bien être asservi aux senseurs du navire comme à un système de pointage manuel, tel le nouvel IPD de la société française Sofresud.

 

Le nouvel IPD de Sofresud (© SOFRESUD)

Le nouvel IPD de Sofresud (© SOFRESUD)

 

Cinq types de munitions

Le canon du RAPIDFire est présenté comme suffisamment performant pour traiter un objectif complexe en une dizaine de coups seulement. Cela, grâce à l’extrême précision de la conduite de tir et du canon, mais aussi à l’emploi, selon la menace, de plusieurs types de munitions, soit cinq en tout. Il y a parmi elles l’Armour Piercing Fin Stabilized Discarding Sabot (APFSDS), conçue pour des cibles durcies, y compris des hélicoptères lourdement protégés. Ejectée du canon à une vitesse de 1500 mètres par seconde, l’APFSDS est capable grâce à son barreau de tungstène (en forme de flèche avec ailettes) de percer un blindage de 140mm à 1.5 kilomètre de distance. La General Purpose Round Point Detonating (GPRPD), qui explose à l’impact, sera plutôt employée contre des cibles navales, par exemple des embarcations rapides. Dotée d’une fusée chronométrique, la General Purpose Round Air Burst (GPRAB) explose quant à elle en envoyant des éclats à 360 degrés. Cette munition ne dépend pas d’une signature radar pour son déclenchement et est insensible aux effets de clutter (échos). Elle peut être employée en tir antiaérien, la télémétrie laser anticipant le positionnement de l’objectif dans un futur proche, mais aurait aussi un intérêt dans des opérations moins guerrières. En raison de l’effet produit, à savoir un grand flash lumineux assorti d’un nuage, la GPRAB peut faire office d’ultime avertissement lors de missions de police, plutôt que les traditionnels coups de semonce.  Et puis il y a aussi la nouvelle Anti-Aerial Air Burst  (A3B), conçue dans le cadre d’une application sol-air/surface-air du RAPIDFire. Equipée d’une fusée de proximité, l’A3B comprend une charge déployant plusieurs centaines de billes de tungstène, avec un déploiement sous forme de cône vers la cible. S’y ajoute un cinquième type de munition, la Training Practice, dédiée à l’entrainement.

 

Les différents types de munitions (© THALES / NEXTER)

Les différents types de munitions (© THALES / NEXTER)

 

Homme dans la boucle

« Le système conserve l’homme dans la boucle. Il va proposer, en fonction de la menace, de tirer avec telle ou telle munition. Le choix est validé par l’opérateur et le chargement se fait ensuite automatiquement ». Sachant qu’il est possible de changer de munition pendant l’action au cas où un mode différent serait finalement préférable.

La technologie « télescopée »

Les munitions employées sont dites « télescopées ». Une technologie qui présente la particularité de voir les obus logés dans un étui, l’obus étant entouré de poudre. « Ce sont des munitions très performantes et compactes, qui présentent une largeur équivalente au 30mm et une énergie similaire au 40 Bofors mais avec une munition deux fois moins longue ».

Le système compte 140 obus prêts à tirer automatiquement et 100 coups supplémentaires dans une réserve associée à la tourelle stabilisée. Montée sur un pod, la tourelle présente une élévation de +75° à – 20°.

Facilement intégrable sur petits et grands bâtiments

Intégrable sous forme d’un simple module non pénétrant dans la coque, le RAPIDFire Naval offre en plus, c’est l’un de ses gros avantages, une emprunte très réduite. « L’une des révolutions est la compacité puisque nous sommes dans un volume similaire à celui d’un canon de 25mm, pour un poids global de moins de 3 tonnes ».

Le nouveau canon français est conçu pour servir d’artillerie principale à de petites unités, comme des patrouilleurs, et de système d’autodéfense complémentaire aux missiles pour les grands bâtiments. « Il peut répondre à un large spectre d’emploi, allant des tirs de semonce lors d’une mission de police des pêches à la destruction de drones, en passant par la mise en œuvre d’une ultime barrière contre des missiles antinavire. L’avantage de ce canon de moyen calibre est également de pouvoir engager une cible à plusieurs distances, ce qui permet de mettre en œuvre une politique de tir ».

 

(© THALES / NEXTER)

(© THALES / NEXTER)

 

Les atouts par rapport au Millennium et au Phalanx

Le RAPIDFire Naval peut-il être considéré comme un CIWS (Close-in weapon system), à l’image du système américain Phalanx ou du Millennium allemand ? « Oui, il s’agit bien d’un système de ce type. Il est notamment extrêmement comparable au 35mm Millennium, on retrouve les mêmes grands principes, mais avec un canon de nouvelle génération plus fiable, plus simple à utiliser et nettement supérieur. Cela tient à la précision du système et au fait que dans un diamètre de 40mm, on peut mécaniquement loger plus de pulets de tungstène, ce qui offre une capacité de destruction beaucoup plus importante. De plus, avec le RAPIDFire Naval, on peut utiliser différentes munitions pour obtenir l’effet le plus adapté en fonction de la cible, ce qui n’existe pas sur le Millennium ».

Quant au Phalanx, la philosophie n’est clairement pas la même. Mis en service au début des années 80, le célèbre système multitube américain repose sur 6 canons de 20mm jumelés offrant une cadence globale de 4600 coups par minute, avec une réserve de 1500 obus. « Le Phalanx envoie énormément de ferraille avec beaucoup de munitions alors que le RAPIDFire envoie un cargo qui s’ouvre et déploie énormément de ferraille », résume-t-on chez les industriels français, où l’on souligne la dépense de munitions bien moindre du RAPIDFire pour une efficacité présentée comme clairement supérieure. Surtout que la portée du CIWS tricolore est plus que doublée par rapport au Phalanx, qui tire au mieux à 2 kilomètres. Chez Nexter, où l’on sait pourtant produire de l’artillerie à très haute cadence (le canon de 30mm du Rafale est présenté comme le plus rapide au monde avec ses 2800 coups par minute), on a clairement privilégié pour le RAPIDFire la qualité à la quantité. La différence est aussi de taille en matière d’intégration puisque le système américain, qui pèse plus de 5 tonnes, est nettement plus lourd.  

Fiabilité et robustesse

Chez Thales et Nexter, on insiste aussi sur la robustesse et la fiabilité de ce système d’artillerie, qui utilise comme on l’a vu des munitions télescopées, avec une technologie sans maillon entre les munitions. La chambre rotative du 40CTA se distingue par le fait que les munitions sont toujours chargées exactement dans le site du canon. « Le système présente une très grande fiabilité entre le chargement parfaitement synchronisé s’appuyant sur une gear-box (boite de vitesse, ndlr) à engrenages et un seul moteur qui commande la totalité du canon. La synchronisation du moteur est garantie pour plus de 10.000 cycles mais, dans les faits, c’est très au-delà de ça. Quant aux munitions télescopées, qui s’apparentent à de grandes canettes cylindriques faciles à manipuler, elles sont utilisées avec un chargeur de munitions similaire à un système à la chaîne, intrinsèquement elles ne peuvent pas se bloquer. Quelle que soit la position et la rotation du canon, il est alimenté et la dynamique de chargement de la munition est toujours la même. C’est incroyablement fiable. D’ailleurs, depuis les premiers essais il y a 10 ans, nous n’avons pas connu un seul incident de tir. Le canon est, de plus, très précis car là aussi c’est une arme qui, intrinsèquement, a extrêmement peu de dérive ».

Les contraintes d’une application navale

Si le RAPIDFire répond déjà dans sa version terrestre aux problématiques d’étanchéité liées aux risques NBC (nucléaire, bactériologique et chimique), son adaptation à un environnement naval a constitué un vrai défi. « Tout l’intérêt était de reprendre pour le naval des technologies robustes et fiables provenant du terrestre afin de dérisquer le système. Le 40 CTA et ses munitions répondent par exemple aux derniers standards en matière de sécurité. La muratisation est supérieure à 1 et l’ensemble est qualifié STANAG 4439. Il n’y a donc pas besoin de requalifier les munitions terrestres pour une application marine ». Mais en réalité, souligne-t-on chez Nexter et Thales, « ce n’est pas le système terrestre qui est adapté au naval mais une architecture marine qui va intégrer des briques provenant du terrestre. Il y a en effet des contraintes spécifiques à un emploi maritime sur un navire et il a fallu beaucoup de travaux amont pour traiter ces contraintes. Un énorme travail d’analyse a notamment été effectué avec les utilisateurs sur l’emploi des tourelles marines, ce qui a permis de supprimer un certain nombre de choix architecturaux et trouver les meilleures solutions pour répondre aux contraintes évoquées. Nous avons par exemple mis beaucoup de barrières par rapport à l’environnement marin, le brouillard salé comme les paquets de mer. Le canon est entièrement emballé avec son architecture originale en pod, il est entièrement étanche. Sur l’étanchéité au niveau de la rotation circulaire, nous avons adopté des joints racleurs, au lieu des traditionnels joints à lèvres ».

 

Thales Nexter Euronaval 2018