Science et Environnement
Recherche : de l’édulcorant en mer

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Recherche : de l’édulcorant en mer

Des compagnies de ferries en Europe, dont la Brittany Ferries, accueillent sur leurs bateaux des « boîtes » d’analyse de l’eau de mer en continu. C’est l’un des outils développés par le projet européen Jerico pour surveiller les eaux côtières. Ifremer à Plouzané accueillait ce jeudi la réunion finale de Jerico Next.

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« Les ferries boxes nous ont permis de découvrir qu’il y avait dans l’eau de mer du sucralose, un édulcorant », précise Luca Nizzetto, de l’Institut norvégien pour la recherche sur l’eau (Niva). Cet édulcorant vient de la consommation humaine, de boissons allégées en sucre par exemple. Excrété dans l’urine, le sucralose arrive en mer après le traitement des eaux usées.

Des pesticides au pays de l’ours polaire

« Cet édulcorant n’est pas métabolisé, alors les poissons ne le retiennent pas non plus. C’est un marqueur de l’activité humaine. On ne pense pas que c’est dangereux parce que les humains en consomment beaucoup sans être malades ». Mais les scientifiques ont trouvé aussi des produits plus inquiétants comme des herbicides, des pesticides, dans l’archipel du Svalbard au nord de la Norvège, bien loin des régions agricoles, et aussi des médicaments comme les antibiotiques pour traiter les infections urinaires. Des données qui rappellent les observations sur le gadolinium, produit de contraste de l’IRM, retrouvé dans les coquilles Saint-Jacques, dont nous parlions dans notre édition du 11 juin dernier.
La ferry box de la taille d’une armoire est installée à l’intérieur du navire et capte une partie de l’eau de mer pompée pour refroidir le moteur.

Pérenniser la recherche

« Pour surveiller les microalgues, et particulièrement celles qui sont toxiques pour l’homme ou les ressources marines, de nouveaux outils ont aussi été installés sur des bouées d’observation ou des navires de recherche. Ces outils sont plus ou moins bien acceptés selon les pays, et leur maintenance coûte cher. C’est bien d’avoir des projets qui durent quatre ans, mais l’important est d’avoir des infrastructures de recherche stables et durables », souligne Felipe Artigas, enseignant chercheur CNRS à l’université du littoral de la Côte d’Opale qui travaille sur les capteurs automatisés pour l’étude des microalgues. L’enjeu est en effet de pérenniser cette communauté de recherche créée en 2011 lors du premier volet de Jerico, renforcée en 2015 par Jerico Next (*) et d’harmoniser les pratiques des laboratoires européens pour pouvoir comparer leurs résultats.

L’invasive crépidule à Brest

Toujours dans le cadre de Jerico Next, Antoine Carlier, chercheur en écologie benthique à Ifremer Plouzané, a travaillé sur la crépidule, ce mollusque invasif venu des États-Unis qui a colonisé la rade de Brest. « Pagure 2 est un engin qui a été adapté pour cette étude. C’est de l’imagerie sous-marine moins coûteuse qu’avec un robot ». Un autre versant de la recherche s’est intéressé à l’augmentation du CO2 et de l’acidité des océans. Lauri Laasko, de l’Institut météorologique finlandais a étudié le cycle du carbone dans les eaux côtières. La concentration en CO2 varie fortement selon les endroits et l’époque de l’année. Elle est divisée par trois l’été en mer Baltique grâce aux végétaux marins plus actifs en été.

En attente d’un troisième Jerico

« Nous voulons un réseau d’observation à l’échelle européenne, grâce auquel on pourra intercomparer les mesures de ces contaminants et aider les politiques à prendre les bonnes décisions », a conclu Patrick Farcy, directeur scientifique adjoint d’Ifremer qui a coordonné Jerico et Jerico Next. « On doit mieux comprendre ce qui se passe, notamment vis-à-vis de la santé des hommes. Il faut des certitudes, des informations les plus fiables possible pour les décideurs. On a encore beaucoup de chemin à faire dans la connaissance ».
Les chercheurs sauront ce mois-ci si un troisième volet de Jerico sera financé par l’Europe. Et Felipe Artigas d’ajouter : « C’est un investissement d’avenir, il y a 20 ou 30 ans la météo se trompait une fois sur deux. Elle est meilleure aujourd’hui parce que l’on a mis des instruments météo partout ».

* Jerico Next, projet européen de 10 M€ a réuni 34 partenaires issus de 15 pays européens, organismes de recherche et entreprises privées.

Un article de la rédaction du Télégramme