Marine Marchande
Réduire les émissions de CO2 : Cinq questions à Armateurs de France

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Réduire les émissions de CO2 : Cinq questions à Armateurs de France

Marine Marchande

La réduction des émissions de gaz à effet de serre, à commencer par le dioxyde de carbone, est l'un des grands enjeux environnementaux du moment. Le transport maritime, par lequel transite 90% du commerce mondial, est bien entendu en première ligne sur le sujet. Bien que ce mode d'acheminement des marchandises soit, à la tonne transportée, nettement moins polluant que le transport routier et l'avion, des efforts doivent encore être accomplis. Des questions se posent et Armateurs de France, qui regroupe les compagnies maritimes françaises, souhaite y répondre.

Comment les armateurs peuvent-ils contribuer à la réduction des émissions de Gaz à effet de serre ?

Le transport maritime ne représente que 2 à 4 % des émissions globales de CO2 et le potentiel de réduction est limité. En effet, les navires sont contraints (comme la plupart des modes de transport) à utiliser des combustibles d'origine fossile quand l'industrie à terre peut envisager des énergies alternatives (nucléaire, hydraulique, éolienne...).
Cependant, les armateurs français et internationaux souhaitent contribuer à l'effort global de réduction et s'associer aux réflexions sur les moyens techniques et sur les instruments de marché (ETS ou taxe).

Quels sont les moyens « techniques » de réduction des émissions de CO2 pour le transport maritime ?

Soucieux d'être et de demeurer le mode de transport le plus respectueux de l'environnement, le transport maritime n'a pas attendu l'urgence politique déclarée pour rechercher et mettre en oeuvre des moyens de réduire sensiblement ses émissions.
L'amélioration de l'efficacité énergétique des moteurs, des « designs » de coques et la mise en place de dispositifs de récupération d'énergie dans les gaz d'échappement ont permis de réduire les émissions de 20 % depuis la fin des années 80.
Plus récemment, la réduction de la vitesse des navires les plus rapides contribue à la baisse plus qu'arithmétique des émissions : réduire la vitesse de 20 % entraine une économie de 40 % de la consommation de combustible.
Certains autres moyens sont également en cours d'étude (bio-fuels ; modes de traction complémentaires) ou d'expérimentation (le « weather routing » ou le « stream routing » consistent à utiliser les vents et/ou les courants pour optimiser la consommation).

Le transport maritime sera-t-il intégré au protocole de Kyoto ?

Le protocole de Kyoto prévoit des engagements de réductions globales des émissions ainsi qu'un calendrier. Parmi les dispositifs, il prévoit la mise en place de systèmes d'échanges de droits d'émission. L'Union européenne a mis en place dès 2005 son propre système : l'Emission Trading Scheme (ETS), dont le transport est jusqu'ici exclu.
Cependant, à l'OMI comme au sein de l'Union, la volonté de voir les transports contribuer à l'effort global incite les Etats à envisager des instruments de marché. Deux « modèles » principaux sont à l'étude : d'une part, l'intégration du transport au régime des ETS et d'autre part, la mise en place d'une taxe sur la consommation de carburant.

Comment l'ETS pourrait-il s'appliquer au transport maritime ?

Chaque entreprise disposerait de droits d'émission qu'elle pourrait revendre ou acheter en fonction de ses besoins. Le volume global de ces droits d'émission pour l'ensemble du secteur serait réduit tous les 3 à 5 ans. Le système est cependant difficile à appliquer au transport maritime :
- C'est une industrie très hétérogène (un grand nombre d'entreprises exploitant des navires très différents) ;
- Le secteur bénéficierait-il d'une gratuité des droits au démarrage comme les autres industries ?
- Quelle serait la valeur d'émission de référence (compte tenu des efforts déjà réalisés) ?
- Le système permettrait-t-il d'acheter des droits d'émission à d'autres secteurs (le maritime étant naturellement amené à croître et les principales réductions ayant déjà été faites) ?

Comment une « taxe » fonctionnerait-elle ? Serait-elle efficace ?

Une taxe prélevée sur chaque tonne de fuel achetée, alimenterait un fonds géré par l'Organisation Maritime Internationale (à l'instar du FIPOL et bientôt du fonds Hazardous Noxious Substances - HNS) pour financer la R&D (amélioration des performances énergétiques des navires, mais aussi de l'industrie terrestre) et la « réparation » de l'environnement (plantation d'arbres...).
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RESSOURCES :

Documents très argumentés de position conjointe ECSA/ICS sur : www.ecsa.be/publications/083.pdf et de l'ECSA sur www.ecsa.be/publications/082.pdf