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Réflexions autour de l’ajout de MdCN aux FDI
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Réflexions autour de l’ajout de MdCN aux FDI

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Alors que la construction de la tête de série des cinq nouvelles frégates de défense et d’intervention (FDI) de la Marine nationale débutera dans un mois sur le site Naval Group de Lorient, des réflexions sont en cours quant aux capacités futures de ces bâtiments. Des unités de 121.6 mètres de long pour 17.7 mètres de large qui afficheront un déplacement en charge d’un peu plus de 4400 tonnes.

Pour l’heure, l’armement des FDI est prévu pour comprendre 16 missiles surface-air Aster 15 et Aster 30, 8 missiles antinavire Exocet MM40 block3c, une tourelle de 76mm, deux canons télé-opérés de 20mm et quatre tubes pour torpilles MU90. Les 16 Aster seront logés dans deux lanceurs verticaux octuples Sylver A50. Sous la plage avant, des dispositions conservatoires ont cependant été prises pour pouvoir ajouter deux lanceurs supplémentaires, y compris des A70, plus longs et adaptés aux missiles de croisière navals (MdCN).

Une option qui intéresse la Marine nationale, mais qui n’est à ce jour pas financée. Une opportunité pourrait néanmoins se dessiner si le projet de vente à la Grèce de deux frégates de la famille Belharra, dont la FDI est la version tricolore, se concrétise. La marine hellénique souhaite en effet équiper ses bâtiments de quatre lanceurs verticaux, soit trois pour des Aster (24 missiles) et un pour des MdCN (8 missiles). Les discussions se poursuivent entre Paris et Athènes autour de ce projet, qu’on dit actuellement « chaud ». Compte tenu des capacités financières limitées de la Grèce, le projet, s’il aboutit, pourrait voir la France mettre en place un crédit à l’exportation.

Toujours est-il qu’en cas de conclusion favorable, les études pour l’intégration de MdCN aux Belharra, et donc aux FDI françaises, seront menées à bien. Elles ne sont à priori pas très onéreuses, se limitant pour l’essentiel à l’ajout des installations de lancement et d’un module de contrôle et de préparation de mission MdCN, qui est autonome et n’a donc pas besoin d’une intégration au système de combat des bâtiments. Mais dans un budget français particulièrement contraint, qui a déjà conduit à devoir renoncer aux brouilleurs et aux lance-leurres antimissiles sur les premières FDI, cette capacité n’a pas encore été financée.

Pour la flotte française, l’intérêt de doter les FDI de missiles de croisière est évident. Car cette capacité stratégique permettant de frapper des cibles terrestres durcies avec une portée de l’ordre d’un millier de kilomètres ne doit pour le moment reposer que sur douze bâtiments : les six premières frégates multi-missions (FREMM), chacune pouvant embarquer jusqu'à 16 MdCN, et les six futurs sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda, qui devraient au mieux en emporter une dizaine, soit la moitié de leur dotation en armes, également constituée de torpilles lourdes F21 et de missiles antinavire Exocet SM39.

 

Tir de MdCN depuis une FREMM (© MARINE NATIONALE - L. BERNARDIN)

Tir de MdCN depuis une FREMM (© MARINE NATIONALE - L. BERNARDIN)

 

On est donc bien loin des capacités de frappe prévues au milieu des années 2000, lorsque la Marine nationale, en plus des Barracuda, devait aligner pas moins de dix-sept FREMM toutes équipées de lanceurs pour MdCN. Depuis, le programme FREMM a été ramené à seulement huit unités, dont les deux dernières avec des capacités de défense aérienne renforcées allant entrainer le remplacement des MdCN par des Aster supplémentaires. Les commandes de missiles de croisière ont suivi la même courbe, passant de 250 à l’origine (dont 50 à changement de milieu pour les sous-marins) à 200 puis seulement 150, dont 100 pour les frégates.

Alors que la mission prioritaire des FREMM est la lutte anti-sous-marine, et que leur nombre est donc limité, offrir aux FDI une capacité de frappe en profondeur permettrait de mieux répartir l’emploi des forces. D’autant que les cinq nouvelles frégates françaises, livrables entre 2023 et 2030, vont remplacer les La Fayette, des bâtiments régulièrement envoyés dans des zones sensibles, en particulier vers la Méditerranée orientale, la mer Rouge et l’océan Indien. Dans ces régions, où évoluent aussi les FREMM, la présence quasi-permanente d’un bâtiment français susceptible de mettre en œuvre des MdCN offrirait un avantage opérationnel indéniable en cas de crise, sans oublier l’effet dissuasif que représente ce type d’arme.

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