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Refonte des Horizon: trois options sur la table
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Refonte des Horizon: trois options sur la table

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Les réflexions se poursuivent autour du futur programme de rénovation à mi-vie des deux frégates de défense aérienne de la Marine nationale. Réalisées dans le cadre du programme Horizon, mené en coopération avec l’Italie qui a construit deux bâtiments de ce type (Andrea Doria et Caio Duilio), les Forbin et Chevalier Paul ont été mises en service en 2010 et 2011. Plus grandes frégates de la flotte française, ces unités de 153 mètres et plus de 7000 tonnes de déplacement en charge sont essentielles pour assurer la protection du groupe aéronaval ou d’un groupe amphibie contre des attaques au-dessus de la surface.

Au cours de la prochaine décennie, elles vont bénéficier d’une importantemodernisation destinée à les adapter à l’évolution des menaces, en particulier l’émergence de missiles antinavire supersoniques et d’armes balistiques à capacité antinavire.

Etude nationale en attendant une possible coopération franco-italienne

La RMV des Horizon françaises pourrait faire l’objet d’un nouveau programme en coopération avec les Italiens, ce que souhaitent Naval Group et Fincantieri qui vont créer cet été leur société commune et comptent sur ce programme pour lancer l’activité de cette nouvelle entité. Mais rien n’est encore acté à ce niveau et, en attendant, les travaux sur le projet restent conduits au niveau national.

Dans cette perspective, une étude a été confiée par la Direction Générale de l’Armement aux principaux industriels français impliqués dans le projet, à savoir Naval Group, MBDA et Thales. Trois grandes options se dessinent désormais quant à la RMV des Forbin et Chevalier Paul, les modifications principales devant toucher les capacités de détection, les missiles surface-air ainsi que le système de combat.

Trois solutions plus ou moins ambitieuses et coûteuses

Ces solutions sont classées selon des critères capacitaires et budgétaires. La première, considérée comme opérationnellement la plus intéressante, est aussi la plus lourde et coûteuse, puisqu’elle verrait le débarquement du radar de veille à longue portée SMART-S (Thales) et le remplacement du radar EMPAR (Leonardo) et du mât le supportant par une nouvelle structure. Une mâture intégrée comprenant le radar de nouvelle génération à quatre panneaux fixes Sea Fire, que Thales développe pour les cinq futures frégates de défense et d’intervention (FDI, ex-FTI), livrables entre 2023 et 2029 par Naval Group à la Marine nationale. Ce système, qui combine les fonctions de surveillance et de poursuite, présente l’avantage d’une veille permanente à 360 degrés avec des antennes actives offrant des capacités de détection accrues, d’autant que le Sea Fire des Horizon serait nettement plus puissant que celui prévu pour les FDI. Cette première solution pour la RMV des Forbin et Chevalier Paul s’accompagnerait de la mise en place d’un nouveau système de combat, le SETIS 3.0, évolution de celui équipant les FREMM françaises et qui succèderait au SEIS franco-italien développé spécifiquement pour les Horizon.

La seconde option comprend elle aussi le remplacement du système de combat actuel par un SETIS de Naval Group mais serait plus modeste en matière de senseurs. Le SMART-S serait conservé, avec néanmoins des modifications en matière d’alerte lointaine pour la détection de missiles balistiques. L’EMPAR serait quant à lui débarqué et remplacé par la version tournante du Sea Fire, qui offre toujours un radar très moderne et plus performant mais avec un nombre de modules moindre que la version à quatre panneaux fixes de ce radar.

Enfin, l’option la moins coûteuse, mais aussi la moins ambitieuse, porterait sur une conservation du système de combat actuel, avec une simple modification des fonctions liées au système d’armes principal des Horizon (PAAMS). Côté radar, le SMART-S comme dans l’option 2 resterait en place dans une version évoluée. Quant à l’EMPAR, il serait remplacé par un nouveau radar multifonctions de la famille Kronos également développée par le groupe italien Leonardo.

Côté armement, les Horizon, qui peuvent aujourd’hui mettre en œuvre le PAAMS, avec 16 missiles surface-air Aster 15 et 32 Aster 30 de MBDA, ne devraient pas voir leur dotation évoluée, même s’il reste de la place dans la coque des bateaux pour intégrer deux lanceurs supplémentaires pour 16 missiles. En revanche, les frégates mettront en œuvre en plus des Aster 15 et 30 la version navalisée de l'Aster Block1 NT, missile conçu pour la lutte contre des missiles baltiques d’une portée allant jusqu’à 1500 kilomètres et qui équipera les lanceurs terrestres de l’armée française et de son homologue italienne.  Alors que l’Italie et la France ont décidé d’opter pour la navalisation de ce système, on notera que le Royaume-Uni a aussi manifesté son intérêt pour une telle arme dans le cadre du projet de modernisation du système Sea Viper (variante britannique du PAAMS, qui avait été développé dans la cadre d’un programme tripartite FR-IT-GB) équipant ses six destroyers du type 45.

Protection du groupe aéronaval contre des menaces balistiques

Concernant la marine française, l’adoption du B1 NT, voire d’une version améliorée, vise à doter les Forbin et Chevalier Paul d’une capacité de défense aérienne élargie, avec un emploi dual à la fois contre des cibles aériennes classiques, y compris des armes hyper-véloces, mais aussi certaines menaces balistiques. Il ne s’agit pas à proprement parler de défense antimissile balistique, la DAMB s’intéressant plutôt à des missiles à longue portée, mais de protection contre des missiles balistiques de théâtre, dont la profondeur est limitée. Pour ce qui est du besoin, il ne s’agit plus tant d’offrir depuis la mer un parapluie à des forces terrestres déployées à l’étranger, à un site stratégique ou à un pays allié dépourvu d’une telle capacité de défense. Même si cette possibilité pourra techniquement faire partie de la palette française d’options militaires une fois les Horizon refondues, il n’est pas pour le moment prévu qu’elle entre officiellement dans la doctrine d’emploi de la marine française. Cela, en raison du fait que la flotte tricolore ne disposera que de deux unités équipées en conséquence, et que la priorité ira d’abord à la protection du porte-avions ou d’un groupe amphibie. Car l’intégration sur les FDA d’Aster B1NT a clairement pour vocation de répondre à la menace croissante des ASBM (anti-ship ballistic missiles), les missiles balistiques à capacité antinavire ou missiles antinavire à trajectoire balistique.  

Faire coïncider les calendriers entre la France et l’Italie

Pour en revenir aux trois options actuellement sur la table pour la RMV des Forbin et Chevalier Paul, l’étude en cours doit au-delà des aspects techniques comprendre un chiffrage, que les industriels sont supposés remettre à la DGA dans les mois qui viennent. Un exercice pour le moins délicat puisque les solutions envisagées sont très différentes et que le projet dépendra aussi de l’aboutissement, ou non, d’une coopération franco-italienne.

Des discussions sont notamment en cours entre Paris et Rome pour tenter de faire correspondre le calendrier des refontes des Horizon françaises et italiennes. Un calendrier qui, aujourd’hui, est différent puisque les Italiens prévoient de lancer le chantier en 2023 et les Français en 2027. L’idée serait donc d’aligner les deux vers 2025. Ce qui impliquerait côté français d’intégrer la RMV dans l’actuelle loi de programmation militaire, en profitant de la période de revoyure de la LPM en 2021.

Guérilla industrielle et question budgétaire

Au-delà du timing, ce projet se heurte à des intérêts parfois divergents sur le plan industriel. Avec d’un côté Thales, qui veut placer son Sea Fire, arguant des performances supérieures de son nouveau produit et de l’intérêt d’homogénéiser les senseurs de la flotte française en dotant les Horizon et FDI d’un même radar. De l’autre, il y a les Italiens, qui soutiennent évidemment la solution Kronos et l’évolution du SEIS. Et qui peuvent jouer sur les divisions françaises puisque Naval Group, dans un contexte très compliqué avec son actionnaire Thales, cherche avant tout à voir se concrétiser une coopération franco-italienne sur ce dossier afin de donner rapidement corps à la nouvelle alliance avec Fincantieri et la société commune qui en découle. Au milieu de tout cela, il y a les marins, qui espèrent que leurs besoins opérationnels ne seront pas obérés une nouvelle fois par des enjeux politico-industriels. A cela, il faut bien entendu ajouter la question financière, qui peut être déterminante suivant le contexte budgétaire qui prévaudra au moment de la prise de décision.

 

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