Construction Navale
Relance de l'activité : Saint-Nazaire veut y croire

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Relance de l'activité : Saint-Nazaire veut y croire

Construction Navale

Mercredi, lors de la mise sur cale du Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) Dixmude, le directeur général de STX France a été très clair. « La situation est extrêmement difficile », reconnaît Jacques Hardelay, dont le chantier manque cruellement de commandes. Seuls trois navires sont encore en construction à Saint-Nazaire. Ne représentant que 20% de la capacité annuelle de l'entreprise, le nouveau BPC de la Marine nationale sera mis à flot en fin d'année, pour une livraison en avril 2011. Pratiquement achevé, le paquebot MSC Magnifica (1275 cabines) a réalisé ses essais en mer et sera livré le 25 février. Plus gros navire de croisière de l'histoire de la navale française, le Norwegian Epic (2109 cabines), quittera quant à lui-Saint-Nazaire le 15 juin. Faute de nouveau paquebot à réaliser, plus de 2500 personnes risquent de se retrouver sur le carreau, principalement dans la sous-traitance. « Naturellement la sous-traitance va souffrir et nous cherchons de l'activité pour protéger nos sous-traitants, qui sont indispensables pour le redémarrage ». En attendant de nouveaux navires, STX France a par exemple confié à ses fournisseurs un marché remporté auprès d'Alstom Power. Le maintien d'un réseau spécialisé de coréalisateurs est vital pour le chantier, les sous-traitants réalisant plus de 70% de la valeur des navires de croisière. Sans eux, la construction de tels bateaux n'est plus possible. La baisse de charge est, bien évidemment, aussi ressentie en interne. Alors que le chômage partiel augmente, un plan de départs volontaires pour 351 personnes (sur 2400 salariés chez STX) a été lancé.

Le Norwegian Epic  (© : STX France - BERNARD BIGER)
Le Norwegian Epic (© : STX France - BERNARD BIGER)

MSC « toujours d'actualité »

Malgré cette situation délicate, le dernier grand chantier civil français continue de se battre pour engranger des contrats. « L'urgence est de remplir nos ateliers et de redonner confiance à nos collaborateurs. Il y a toujours des commandes en perspective et le volume d'activité au niveau des projets est important. C'est pourquoi nous n'envisageons pas le pire. Il y a de nombreux dossiers potentiels », souligne Jacques Hardelay. Seul problème, la visibilité de l'industriel est très limitée et, face la baisse brutale de l'activité dans les prochains mois, les équipes commerciales sont engagées dans une véritable course contre la montre. Le patron de STX France espère toujours que l'armateur italo-suisse MSC Cruises commandera les deux nouveaux paquebots annoncés à l'été 2008. « La première commande espérée et attendue est celle de MSC. Ce projet est toujours d'actualité », dit-il. Probablement sisterships du Magnifica, ces nouveaux bateaux, vu qu'ils ne seraient pas des prototypes (nécessitant une longue phase d'étude), permettraient de relancer l'activité en production très rapidement.

Mais la compagnie de croisière est dépendante des capacités d'investissement de sa maison mère, l'armateur suisse Mediterranean Shipping Company. Bien que ne diffusant aucun chiffre sur ses résultats (car entièrement détenu par la famille Aponte), le numéro 2 mondial du transport conteneurisé a sans doute, comme ses concurrents, souffert des conséquences de la crise. Entre l'effondrement des taux de fret et le paiement de nombreux porte-conteneurs commandés à des prix très élevés, MSC a inévitablement vu ses capacités d'investissement obérées. D'où la nécessité, pour les chantiers nazairiens, de trouver pour leur client principal des montages financiers très attractifs. Des discussions, en ce sens, sont actuellement menées en collaboration avec Bercy (L'Etat est actionnaire à 33.34% de STX France). « L'Etat est extrêmement actif. Il nous aide notamment pour des garanties sur les montages financiers. Son action est discrète mais très efficace », précise Jacques Hardelay. Reste maintenant à savoir si, même avec un montage très attractif, MSC acceptera de signer, dans le contexte actuel, une nouvelle commande, qui alourdirait sa dette. Or, depuis 2003 (date de livraison du MSC Lirica), la compagnie a déjà engagé des sommes colossales afin d'aligner une flotte moderne de 10 paquebots, soit environ 4 milliards d'euros d'investissements.

Le MSC Magnifica en décembre  (© : STX France - BERNARD BIGER)
Le MSC Magnifica en décembre (© : STX France - BERNARD BIGER)

Un contrat espéré dans l'éolien offshore

En dehors de MSC, les chantiers nazairiens seraient toujours en lice dans le cadre du projet de nouveaux paquebots pour Princess Cruises, filiale du groupe américain Royal Caribbean. Mais la compétition est rude avec leurs deux concurrents, l'Allemand Meyer Werft et l'Italien Fincantieri. Des projets existent aussi dans le domaine des paquebots résidentiels ou évènementiels mais la période ne se prête pas vraiment à voir ces idées se concrétiser.
Dans le domaine des ferries, STX, qui s'intéresse à un projet pour une compagnie du Maghreb, n'est malheureusement pas parvenue à convaincre Brittany Ferries de lancer une construction neuve. L'armateur breton s'est finalement tourné en décembre vers le marché de l'occasion.

En termes de diversification, les chantiers misent beaucoup sur l'offshore. Ils ont répondu à un certain nombre de projets et décroché de petits contrats d'études. Travaillant avec leur maison-mère sud-coréenne STX Shipbuilding, ils espèrent participer à des contrats dans le domaine des plateformes (notamment en matière de logements). Mais, dans l'immédiat, c'est plutôt vers l'éolien offshore que l'entreprise a les yeux braqués. Dans les toutes prochaines semaines, un opérateur allemand, qui a décroché un contrat de pose d'éoliennes offshores, devrait choisir le chantier qui réalisera le nouveau navire nécessaire à ces travaux. Pour Saint-Nazaire, ce contrat serait une belle victoire. Il ne permettrait toutefois pas d'apporter immédiatement de la charge dans les ateliers, une importante phase d'ingénierie devant intervenir avant la fabrication.

Afin de prendre la suite du Dixmude, STX compte donc non seulement sur les paquebots de MSC, mais aussi sur le projet de BPC russes. Là aussi, un accord est très prochainement espéré entre Paris et Moscou. Si le programme est lancé, la tête de série sera construite sur les bords de l'estuaire de la Loire, les unités suivantes devant être réalisées en transfert de technologie. Enfin, toujours dans le domaine militaire, les bureaux d'études nazairiens ont commencé à plancher sur le nouveau projet de second porte-avions. STX travaille avec DCNS sur ce dossier, qui porte sur une nouvelle étude concernant notamment les différentes options de propulsion (classique ou nucléaire). Elle servira au président de la République qui doit décider, entre 2011 et 2012, de lancer ou non la construction de ce navire.

Mise sur cale du premier bloc du Dixmude  (© : STX France - BERNARD BIGER)
Mise sur cale du premier bloc du Dixmude (© : STX France - BERNARD BIGER)

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