Marine Marchande
Le problème des relèves menace-t-il la sécurité maritime?

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Le problème des relèves menace-t-il la sécurité maritime?

Marine Marchande

Des mois après le début de la pandémie de coronavirus, la question des relèves n’est toujours pas réglée. La situation s’est enkystée et l’Organisation maritime internationale appelle a résoudre ce qu’elle qualifie de « crise humanitaire ». Dans une déclaration commune, l’OMI et plusieurs organisations onusiennes (OIT, Cnuced, FAO…), rappellent le « sacrifice des marins » qui continuent de travailler et réclament que les gouvernements les reconnaissent immédiatement comme « des travailleurs clés ». Elles appellent à « intervenir rapidement pour éliminer les obstacles aux relèves d’équipages ». Et ce, afin d’assurer la sécurité maritime et de faciliter le rétablissement de l’économie après la pandémie.

Pour le moment, les marins sont encore « pris au piège sur leurs navires en raison des restrictions de voyage imposées pendant la pandémie COVID-19 », rappelle l’OMI. Ainsi, estime-t-elle, « plus de 300.000 marins ne peuvent pas être rapatriés et un nombre égal de marins sans emploi à terre ne peuvent pas travailler, car ils ne peuvent pas embarquer à bord des navires ». Elle souligne que certains marins ont vu leurs contrats prolongés « au-delà de 17 mois, et font face à des problèmes de fatigue et de santé physique et mentale » faisant craindre notamment des suicides . Ainsi, « l'Organisation maritime internationale (OMI), l'Organisation internationale du travail (OIT) et la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) ont reçu des milliers d'appels à l'aide urgents de marins et de leurs familles ».

L’OMI souligne bien le risque pesant sur la sûreté du transport maritime et l’environnement marin. L’ONG britannique Seafarers’ Rights International (SRI, un centre indépendant qui défend les intérêts des marins à travers des travaux de recherche ou des formations), pointe la succession d’accidents en mer. Pour elle, « cela ne peut pas être simplement considéré comme de la malchance ». Plusieurs graves accidents se sont produits ces dernières semaines dont l’échouage du Wakashio à l’île Maurice, le naufrage du Gulf Livestock 1 en mer de Chine, l’incendie à bord du VLCC New Diamond au Sri Lanka ou encore l’incendie du câblier Responder qui l’a fait couler au large de l’île de Tsuchima (Corée du Sud).

Pour SRI, n’étant pas considérés comme des travailleurs clés, les marins se trouvent pris dans une « tempête d’epuisement parfaite » à cause des contrats de travail prolongés, « entraînant l’augmentation du nombre d’accidents, de victimes en mer et d’enquêtes criminelles injustes ». Deirdre Fitzpatrick, directrice exécutive de SRI a relevé que « la réponse à cela semble être de blamer les marins », mais « l’éclairage devrait être sur la manière dont l’industrie répond à ces récents accidents. La Covid-19 a-t-elle joué un rôle dans ces situations ? Y aura-t-il des enquêtes équitables - comme l'exige le Code des enquêtes de sécurité de l'OMI - afin de tirer des leçons pour éviter de nouvelles pertes tragiques de marins et des dommages à l'environnement marin? »

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