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Remora : L'air comprimé pour stocker l'énergie en mer

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Remora : L'air comprimé pour stocker l'énergie en mer

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C’est un des grands enjeux des énergies renouvelables : l’intermittence et donc le stockage et la redistribution de l’électricité. En plus des batteries, de nombreuses pistes sont actuellement explorées par les industriels, notamment dans le domaine de l’hydrogène. Le groupe d’ingénierie français Segula a choisi une autre voie : celle de l’air comprimé et du « piston liquide » qu’il développe au sein d’un projet baptisé Remora.

« Nous avons commencé à travailler sur ce sujet dès 2013 pour accompagner les projets industriels, notamment dans l’éolien offshore », raconte à Mer et Marine Thibaut Neu, chef du projet Remora et inventeur de la technologie. « Notre logique a été simple : comment stocker massivement de l’énergie en mer, en utilisant des procédés et composants industriels simples et connus et en utilisant au mieux les caractéristiques du milieu marin ». Au lieu de mariniser une technologie terrestre, l’idée est de faire de l’eau de mer et la pression sous-marine un atout.

« Nous avons rapidement réfléchi à un piston liquide, qui utilise l’air comprimé pour stocker l’énergie ». L’électricité arrive de la source de production sur une barge flottante où elle va servir à pomper de l’eau de mer. Celle-ci va ensuite être injecté dans une chambre de compression qui va comprimer l’air. Ce dernier est stocké dans des réservoirs posés sur le fond marin, à une profondeur comprise entre 70 et 200 mètres et à la même pression que dans son environnement. « Une autre manière d’optimiser en fonction de l’environnement marin ».

 

 

Pour la retransformation, c’est le chemin inverse, l’air passe en chambre de détente, fait tourner des turbines qui regénère de l’électricité renvoyée sur le réseau par la barge. « Avec cette technologie, nous avons fait sauter un verrou majeur qui est celui du refroidissement massif de l’air quand on le détend. Ce qui obligeait, jusqu’ici, à utiliser des énergies fossiles pour le réchauffer avant son passage dans le système mécanique. Remora dispose d’un procédé qui permet de compresser et détendre sans grande variation de température ». Et l’ingénieur annonce un rendement de 70%, supérieur aux performances des technologies actuelles qui se situent plutôt aux alentours de 40%.

Segula travaille actuellement sur un modèle d’une barge d’une puissance de 15 MW avec une capacité de stockage de 90 MWh. « Il n’y a pas de limite dans le dimensionnement de ce type de stockage. Nous pouvons mettre en place plusieurs unités et ce même à plusieurs kilomètres du lieu de production ».

 

Le démonstrateur ODySEA (© SEGULA)

Le démonstrateur ODySEA (© SEGULA)

 

Brevetée en 2015, la technologie a été concrétisée par un démonstrateur baptisé ODySEA, installé dans les locaux du Centre technique des industries mécaniques (Cetim) à Nantes, ODySEA reproduit en milieu terrestre et à échelle réduite la chaîne de conversion complète de Remora. La prochaine étape, pour laquelle Segula cherche actuellement des partenaires industriels, devrait aboutir à une installation en taille réelle permettant des tests en mer. Celui-ci pourrait voir le jour en 2023.

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