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Remorquage : Malgré une installation difficile, la SNRH traite plus de 30% du trafic havrais

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Remorquage : Malgré une installation difficile, la SNRH traite plus de 30% du trafic havrais

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Un peu plus de quatre mois après avoir débuté son activité commerciale, la Société Nouvelle de Remorquage du Havre détient, désormais, entre 30 et 35% du marché portuaire, conformément à ses objectifs. Juste après son lancement, la filiale du Néerlandais Kotug a même connu un pic d'activité, en novembre, ne pouvant répondre à la demande : « Nous avons été victime de notre succès. Les bateaux qui fréquentent le Havre de façon ponctuelle et qui connaissent Kotug dans d'autres ports ont demandé à être servis par la SNRH mais, avec seulement quatre coques en activité, nous n'avons pas pu répondre à toutes les demandes », explique-t-on à la SNRH. Face à une activité trop soutenue et un risque de perturbation des plannings, la société s'est donc recentrée sur ses clients contractualisés. Elle compte notamment, dans son portefeuille, China Shipping, NYK, COSCO et Hamburg Sud. Les Abeilles, division remorquage de BOURBON, conservent la majorité des mouvements, à commencer par les navires des trois plus grands armements, Maersk, MSC et CMA CGM.

Les syndicats prêts à déclencher les hostilités dans les prochains jours

Si un accord a finalement été conclu en octobre dernier après plusieurs années de conflit, les relations entre la SNRH et les syndicats restent très tendues, ces derniers accusant toujours le nouveau venu de vouloir dérèglementer le remorquage dans les ports français. « Nous soupçonnons la SNRH de ne pas respecter la signature d'entrée en fonction sur le nombre de personnes embarquées, qui devait être de 64. Sur les salaires, nous soupçonnons qu'ils ne respectent pas les minimas français, il n'y pas d'indemnité de nourriture et ils ne respectent pas non plus la convention collective, applicable partout en France » selon la CGT. Mise en place d'une mutuelle, annulation de l'élection des délégués du personnel, rythme de travail, nourriture à bord... Les syndicats attaquent sur tous les fronts pour faire respecter les accords APERMA (Association professionnelle des entreprises de remorquage maritime), dénoncés par la SNRH. Les syndicats comptent monter en puissance dès aujourd'hui. Si l'inspection du travail leur donne raison, le préfet sera mis en demeure de faire respecter les accords signés : « Nous ne lâcherons pas le morceau et s'il le faut, nous déclencherons une grève générale dans tous les ports et nous empêcherons la SNRH de travailler »

Guerre de tranchées

Du côté de la SNRH, on joue à l'équilibriste entre les accords signés, les impératifs économiques et la lutte contre la convention collective, accusée d'être taillée sur mesure pour les Abeilles, en situation de quasi-monopole dans les ports français. L'entreprise a déjà été contrainte de faire machine arrière sur plusieurs points : « Il a notamment fallu réorganiser toutes les bordées avec un rythme en 7/7 car le 14/14, qui convenait aux marins habitant loin, n'était pas conforme aux accords APERMA. Il en est de même pour la nourriture à bord, pour laquelle un budget très correct a été alloué avec un approvisionnement par shipchandler. Les syndicats imposent le système de l'allocation journalière, qui prévoit notamment de payer des indemnités même lorsque les salariés ne travaillent pas. Nous allons devoir arrêter le système d'approvisionnement et laisser les marins se débrouiller avec leur allocation et leur nourriture ». Côté effectifs, chaque coque est armée par 4 marins, auxquels d'ajoutent les équipes de réserve, dont le logement à terre, obtenu par les syndicats, a nécessité la location de deux appartements en ville. Aux Abeilles, la principale crainte suite à l'installation de la SNRH au Havre résidait dans le possible retrait de remorqueurs, actuellement au nombre de 10 (dont une coque de réserve). Toutefois, en raison du soutien de la direction du groupe à sa division et la forte opposition à laquelle est confrontée la filiale de Kotug, les actionnaires de BOURBON ont décidé, pour le moment, de ne pas toucher à l'organisation havraise des Abeilles.

Flux tendu

Pour la SNRH, les premiers mois d'exploitation sont donc délicats, son implantation au Havre étant un sujet syndicalement et politiquement explosif, tout conflit social majeur pouvant faire tache d'huile sur les autres places portuaires du pays. La filiale de Kotug souffre également, comme nous l'avons vu, de ne pouvoir utiliser simultanément ses cinq remorqueurs, les autorités maritimes ayant imposé l'immobilisation, en permanence, de l'une des coques. Ce navire, armé 24 heures sur 24, est gardé disponible pour « raisons de sécurité ». Toutefois, au sein de la compagnie, on se demande ce que recouvre exactement cette mission. « La semaine dernière, alors que le temps était mauvais, un navire a demandé un troisième remorqueur mais la capitainerie a refusé que notre cinquième coque soit envoyée. C'est finalement une Abeille qui est allée en renfort ». Pour la SNRH, le travail avec seulement quatre coques n'est pas satisfaisant, la mise en ligne d'un autre remorqueur étant impératif pour servir parfaitement ses clients. Selon la CGT, la semaine dernière, les bateaux de BOURBON auraient ainsi été « réquisitionnées par le port » pour assister deux clients de la SNRH. Ces navires auraient cassé leurs amarres alors que les quatre coques rouges étaient mobilisées sur des opérations commerciales.

Sécurité portuaire : Dans l'attente du rapport des experts

La SNRH attend avec impatience le rapport de la commission d'experts chargée de répartir entre les deux prestataires havrais du remorquage les moyens nécessaires à la sécurité du Havre et de ses annexes, Port 2000 et Antifer . Il s'agit, notamment, de pouvoir disposer de moyens répondant aux situations exceptionnelles, comme des incendies ou des ruptures d'amarres lors d'un coup de tabac. Selon la CGT, Le Havre dispose actuellement de 13 remorqueurs de sécurité, soit la quasi-totalité de la flotte des deux compagnies. Le rapport, qui devait initialement être remis en janvier, a été reporté. Avec les élections présidentielles et législatives, ne serait plus attendu avant avril ou mai, au plus tôt, le temps que les nouvelles équipes ministérielles soient en place. Outre l'armement d'une cinquième coque, la SNRH a fait une demande de francisation pour une sixième unité, la Gironde.

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