Construction Navale
Remotorisation et nouvelles cabines : Les grands travaux débutent sur le paquebot Constellation

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Remotorisation et nouvelles cabines : Les grands travaux débutent sur le paquebot Constellation

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Un mois après son sistership, le Constellation est arrivé hier à Brest, où il est entré en cale sèche chez Sobrena. Outre une remotorisation identique à celle effectuée en avril sur le Millennium, le paquebot reçoit, tel un montage Lego recevant une brique supplémentaire, un nouveau bloc cabines. Conçu par la société nazairienne Multi Systems & Projects (MSP), cet ensemble de 25 mètres de large sur 10 mètres de long comprend 16 nouvelles cabines destinées à l'équipage. Il s'agit, pour la Compagnie Celebrity Cruises, de libérer les cabines passagers occupées sur certaines traversées par des officiers ou les artistes des troupes embarquées. Le bloc de 45 tonnes sera installé sur la plage avant, au pied de la passerelle. Au-delà des trois mois d'études et de préparation, techniquement, cette opération est assez lourde. Elle nécessite en effet le démontage, en quelques jours seulement, des équipements de la plage avant (tours incendie, jacuzzi équipage...), ainsi que la mise en place du bloc, des réseaux électriques et de l'isolation. Afin de répondre aux normes de sécurité et assurer la résistance aux efforts, la structure doit être épontillée sur les fonds du bateau. Afin de gagner du temps, le bloc est pré-armé, 7 des 16 cabines étant déjà montée, les autres, situées derrière la casquette du Constellation, devant être installées, avec leurs sanitaires, à l'issue de la pose de la structure. Les travaux entrepris sur le Constellation sont directement inspirés d'un premier chantier mené sur le Millennium. En novembre 2005, au cours d'une brève escale à Barcelone, MSP avait installé un bloc similaire sur l'avant du paquebot. Cet ensemble ne comportait toutefois pas de logements mais la discothèque de l'équipage. Positionnée initialement à l'arrière, celle-ci avait été déménagée pour permettre l'installation, en lieu et place, de 14 cabines pour le bord. Satisfaite par cette modification jugée « rentable », Celebrity Cruises a souhaité renouveler l'expérience sur le Constellation, en optant cette fois pour un bloc cabines, permettant l'embarquement de deux chambres supplémentaires tout en évitant les travaux liés au transfert de la discothèque vers la plage avant.

Un marché de plus en plus important dans la transformation

Dans l'industrie de la croisière, où l'optimisation des navires et la réponse à l'évolution permanente des demandes des clients sont des soucis permanents, les opérations de refontes et de transformations se multiplient. Ancienne filiale d'Alstom Marine, MSP, indépendante depuis la vente des Chantiers de l'Atlantique à Aker Yards, se positionne sur ce marché face à la concurrence danoise et italienne : « Les armateurs ont de nombreux projets de rénovation et souhaitent améliorer la rentabilité des navires. Ils disposent désormais de budgets importants et n'hésitent pas à investir, pendant les dry docks, plusieurs millions d'euros en dehors des frais de carénage », explique-t-on chez MSP France. L'entreprise, qui compte une dizaine de salariés à Saint-Nazaire, présente des projets « clé en main » en matière de cabines et de locaux publics : « Nous assurons les études d'ingénierie, les achats, la logistique et l'installation. Au-delà de projets de plus de 2 millions d'euros, nous nous positionnons en sous-traitants de rang 1 ». En dehors du Millennium et du Constellation, la société a également mené à bien au Canada, en septembre dernier, la réfection d'un salon de l'Infinity, l'un des deux autres paquebots de cette série, livrée par Alstom au début des années 2000. Les travaux du Rendez-Vous Lounge, dont l'acoustique était jugée mauvaise, ont notamment porté sur la mise en place d'une grande couronne en staff (plâtre et fibres) de plusieurs mètres de diamètre. En octobre 2006, un ancien local, non utilisé, à quant à lui été transformé pour accueillir six nouvelles cabines passagers sur deux ponts. La société nazairienne dépend d'une maison mère, basée à Miami et dirigée par un ancien cadre des Chantiers de l'Atlantique. C'est d'ailleurs elle qui a décroché le contrat auprès de l'armateur, avant de la confier à son bureau français : « Etre en Floride permet d'avoir une proximité avec les armateurs et donc de suivre les tendances. La présence à Saint-Nazaire offre quant à elle la possibilité de bénéficier d'un réseau de spécialistes dans la région et d'un vrai savoir-faire autour d'Aker Yards ».

Remotorisation

L'arrêt technique du Constellation, qui s'achèvera le 18 mai pour un appareillage le lendemain, verra également la remotorisation du paquebot. Mené par Aker Yards France, ce projet vise à réduire la consommation et, par voie de conséquence, les frais de soute de l'armateur. Du type Co-Gaz-Electric Steam (COGES), la propulsion d'origine ne se compose que d'une turbine à vapeur de 8 MW et deux turbines à gaz General Electric LM 2500, d'une puissance unitaire de 25 MW. Réalisé à Lorient, un nouveau bloc de 300 tonnes, comprenant un moteur diesel Wärtsilä 16V 38B de 11.5 MW sera installé dans la coque du navire. Ce nouveau moteur, qui assurera à la fois l'énergie du bord et une partie de la propulsion, permettra au navire de consommer du fuel lourd, nettement moins onéreux que le gasoil. Pour les petites vitesses et les manoeuvres portuaires, le Constellation utilisera uniquement ce moteur diesel, alors qu'une turbine viendra en complément pendant les croisières. Les travaux préparatoires à l'installation du bloc tiroir ont débuté à bord l'été dernier. Les finitions interviendront après le départ du bateau, pour une mise en service d'ici le mois d'août. Les équipes de Sobrena, qui assurent les travaux au bassin sous la maîtrise d'oeuvre d'Aker Yards, effectuent dans le même temps la reprise des échappements et de l'alimentation, ainsi que la réfection des capacités en combustible. Sur les 3300 m3 de volume des soutes, 1300 m3 seront dédiés, après la transformation, au fuel lourd. Pour les industriels, il s'agit d'un véritable challenge, puisque le navire n'est immobilisé que trois semaines. Le mois dernier, le pari avait été tenu avec le Millennium, dont le carénage et la remotorisation ont été menés à Brest entre le 3 et le 20 avril.
D'une jauge de 91.000 tonneaux pour 1019 cabines, le Millennium a été livré par les Chantiers de l'Atlantique en 2000 et le Constellation en 2002. Entre-temps, Saint-Nazaire avait livré deux sisterships, les Infinity et Summit, pour lesquels Aker Yards espère également obtenir le marché de la remotorisation.
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- Voir la fiche technique des paquebots de la classe Millennium