Croisières et Voyages
Rencontre avec Rui Alegre, président de Portuscale Cruises

Interview

Rencontre avec Rui Alegre, président de Portuscale Cruises

Croisières et Voyages

Le Funchal, premier navire de Portuscale Cruises, a réalisé le 12 septembre son escale inaugurale en France. Cette visite à Honfleur fut l’occasion de découvrir les importantes transformations dont a bénéficié le paquebot, mais aussi de rencontrer Rui Alegre, le jeune et jusqu’ici mystérieux président de  la nouvelle compagnie portugaise. Novice dans l’industrie de la croisière, l’entrepreneur nous a expliqué son parcours et l’histoire de la reprise des navires, sans oublier évidemment le concept qu’il a élaboré pour sa compagnie, qui semble bien armée pour faire sa place sur la niche des petits navires de charme. « Le projet est très simple. Les clients doivent considérer les bateaux comme une seconde maison. Nous avons tout imaginé pour que les passagers se sentent bien, dans une ambiance familiale, avec une décoration axée sur la sobriété, une grande attention au niveau du confort et une proximité dans le service », explique Rui Alegre. Par opposition aux grands paquebots, Portuscale Cruises veut occuper un segment de marché bien particulier, en visant des croisiéristes désireux de voyager sur de petites unités offrant une atmosphère plus intimiste et exclusive. « Je n’achèterai jamais de grand navire, c’est une question de vision », explique-il, non sans une petite pointe d’insolence envers les grands armateurs : « Les 4000 passagers que l’on trouve sur les grands paquebots, ce sont pour nous des clients potentiels. En revanche, je ne vois pas les passagers d’ici aller là bas ».

Rui Alegre veut, simplement, proposer une autre manière de voyager en mer. « En plus du confort et d’un service personnalisé, il s’agit aussi de mieux profiter de la mer, de sentir la navigation. C’est l’avantage des petits navires, où l’on a partout une proximité avec l’extérieur. D’ailleurs, quand on me dit que l’absence de cabines avec balcon est une contrainte, je réponds qu’ici, de la plus petite à la plus grande cabine, chaque passager à un balcon de 1000 m² pour se détendre, lire, rêver, prendre un bain de soleil ou se restaurer ». Ces arguments sont, précisément, ceux qu’attendent un certain nombre d’opérateurs. Car il manque justement des compagnies proposant ce type de produit et la demande existe clairement au niveau de la clientèle, comme en témoigne l’intérêt très marqué de nombreux voyagistes français lorsque la compagnie a annoncé qu’elle positionnerait à partir de 2014 le Lisboa sur le marché hexagonal.

 

 

Le Funchal quittant Honfleur, le 12 septembre (© VINCENT SAMPIC)

Le Funchal quittant Honfleur, le 12 septembre (© VINCENT SAMPIC)

 

 

Une renaissance sur les cendres de Classic International Cruises

 

 

Bien connu sur le marché français, où il a notamment été exploité de longues années pour le compte de NDS Voyages, l’ex-Princess Danae était comme le Funchal l’un des navires de la défunte compagnie portugaise Classic International Cruises. C’est sur les cendres de celles-ci que Portuscale Cruises est née cette année, Rui Alegre et son entourage assurant que la nouvelle société n’a rien à voir avec CIC et les frères Potamianos. C’est le père de ces derniers, l’armateur grec George Potamianos, qui a créé Classic en 1985, lorsqu’il s’est installé à Lisbonne. La compagnie n’a pas survécu au décès de son emblématique fondateur, en mai 2012. Rencontrant d’importants problèmes financiers, CIC, gérée après la mort de son créateur par les fils de celui-ci, a fait l’objet, en raison de nombreux impayés, de multiples actions en justice. Cela a abouti, il y a un an, à l’immobilisation et la saisie conservatoire de ses navires. C’est ainsi que l’Arion s’est retrouvé bloqué à Kotor, au Monténégro, et que l’Athena et le Princess Danae ont été cloués à quai à Marseille. Le Funchal était, quant à lui, toujours à Lisbonne, en attente depuis deux ans d’une importante rénovation, retardée faute d’argent. Le cinquième paquebot de Classic International Cruises, le Princess Daphne, a pour sa part achevé un affrètement pour un tour opérateur allemand avant d’être désarmé en Crète. 

 

 

L'Arion du temps de CIC (© BERNARD PREZELIN)

L'Arion du temps de CIC (© BERNARD PREZELIN)

 

 

Des navires sauvés d’une fin que l’on pensait certaine

 

 

Les déboires de CIC ont provoqué la liquidation judiciaire de NDS Voyages, le plus ancien TO français (1872), dont la compagnie portugaise avait pris le contrôle dans les années 2000. Dans le même temps, l’accumulation des créances, sans compter les arriérés de salaires des équipages, laissait une grosse ardoise à un éventuel repreneur. Quant à l’outil naval, constitué de navires traditionnels construits entre 1948 et 1965, sa remise en service nécessitait d’importants investissements, chaque bateau devant faire l’objet d’une sérieuse remise à niveau. Autant dire que personne ne misait un kopek sur la renaissance  de cette flotte, que l’on voyait déjà partir à la casse. Surtout dans un contexte de forte concurrence sur le marché de la croisière. A l’heure des paquebots géants ultramodernes, permettant des économies d’échelle et conçus pour offrir des  coûts d’exploitation optimisés, ces vénérables navires faisaient tout simplement figure de dinosaures, inévitablement voués à l’extinction.

 

 

Le Princess Danae à Marseille début 2012 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Princess Danae à Marseille début 2012 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Du textile à l’agriculture en passant par l’immobilier

 

 

C’était sans compter avec Rui Alegre, qui créa la surprise début 2013 en annonçant sa décision de racheter la quasi-intégralité de l’ancienne flotte de CIC pour créer une nouvelle compagnie. Agé de 43 ans, l’homme d’affaires portugais a débuté dans le textile, plus particulièrement le velours et les fourrures synthétiques, dont il est devenu le deuxième fournisseur européen. Puis il  a fait fortune dans l’immobilier, en chapeautant la construction de 13 grands centres commerciaux, de casinos et d’une cinquantaine d’hôtels. Il fut notamment en charge, durant 8 ans, du développement du groupe Accor au Portugal. Mais Rui Alegre est, en fait, un « touche à tout », du moins sur les activités qui le passionnent et où ses coups de cœur croisent les intérêts du business. C’est ainsi qu’il a investi massivement dans l’agriculture, un secteur au travers duquel il exploite aujourd’hui des vignobles, des sources d’eau minérale, des fermes produisant des légumes, des céréales ou encore de jeunes plants vendus aux exploitants.

 

Simple et abordable, avec ce charisme, cette conviction et ce charme qui caractérisent les grands hommes d’affaires, Rui Alegre, la quarantaine épanouie et dynamique, a l’esprit vif, très vif même. Ses collaborateurs le présentent comme un travailleur inlassable, confiant être toujours étonnés de le voir répondre aussi tardivement que très matinalement à différentes sollicitations. Toujours à la barre, il s’entoure de spécialistes mais gère lui-même ses affaires et veille au grain dans les moindres détails, s’affranchissant autant que possible des intermédiaires. C’est ainsi qu’il a personnellement mené les discussions avec les différentes sociétés impliquées dans la rénovation de ses navires. Des travaux considérables qui ne devraient lui coûter au final qu’une vingtaine de millions d’euros, preuve que Rui Alegre est aussi un redoutable négociateur… Des dessus de lits aux plats constituant les menus des restaurants, le jeune patron s’implique partout et travaille très étroitement avec ses équipes. « Je vois les choses de manière très familiale. C’est comme ça que j’ai réussi toutes mes affaires ». 

 

 

Le Funchal avant sa reconstruction (© CIC)

Le Funchal avant sa reconstruction (© CIC)

 

 

Il découvre par hasard le Funchal à Lisbonne

 

 

Toujours actif dans l’immobilier, avec une douzaine de projets actuellement en cours, Rui Alegre s’intéresse depuis longtemps à la chose maritime. « J’adore la mer et j’ai beaucoup navigué. J’ai essayé de faire une opération sur des navires au Portugal, en rachetant un gros opérateur, mais j’ai raté l’opportunité ». Après avoir finalement investi dans une société portugaise de gestion technique et d’affrètement de navires, il s’est intéressé par hasard aux anciens navires de CIC. « Il y a un an et demi, je passait le long du Tage, à Lisbonne, et j’ai découvert le Funchal. Quand on voit des actifs, on sait s’ils sont vivants ou morts. Celui-ci semblait mort et je me suis demandé comment cela était possible. J’ai fini par m’approcher, j’ai regardé et je me suis renseigné ». Rui Alegre découvre alors que l’une de ses banques travaille également avec Classic, alors en pleine tourmente. Après avoir étudié la question, il manifeste son intérêt mais chez Montepio, on lui conseille dans un premier temps de ne pas mettre les pieds dans cette affaire. « Un an plus tard, le vice-président de la banque m’a rappelé et m’a demandé si j’étais toujours intéressé, que l’on pouvait se voir pour en discuter. Je lui ai répondu que nous n’avions pas besoin de nous rencontrer, que j’avais déjà exposé mon projet. Je ne me lance que dans des choses que je sens et, pour moi, une affaire c’est une conversation, pas besoin de démultiplier les rendez-vous. Finalement, on s’est entendu en 15 minutes ».

 

 

L'Athena à Lisbonne, en 2011 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'Athena à Lisbonne, en 2011 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Casse-tête avec les créanciers de Classic

 

 

Si la reprise du Funchal fut « relativement » simple, il en allait tout autrement pour les autres bateaux, saisis au Monténégro et en France.  Rui Alegre s’est retrouvé face à une situation semblant de prime abord inextricable. « J’ai négocié moi-même avec 60 créanciers, en France en Belgique, aux Etats-Unis ou encore en Australie. Cela a pris 45 jours ». Certains étaient même, semble-t-il, très remontés, le patron de Portuscale évoquant le cas d’un affréteur ayant payé deux fois une croisière pour 400 personnes pour finalement être laissé en rade par l’ancienne direction de CIC. « Il était vraiment furieux et m'a même dit "je vais vous tuer". Mais j’y suis allé et je lui ai expliqué que je n’avais rien à voir dans les déboires qu’il avait eu, que mon seul objectif était de trouver une solution pour tout le monde. Et nous nous sommes mis d’accord ». Il a, également, fallu faire face à de multiples tentatives d’escroqueries, en l’occurrence des demandes de remboursement bidon provenant de personnes souhaitant profiter de la complexité de la situation pour se servir sur la bête. « Tous les jours, on voyait de nouvelles créances arriver. On m’a réclamé 20 millions d’euros avec des demandes incroyables et complètement surréalistes. On se serait vraiment cru dans un film ».  Rui Alegre ne souhaite pas révéler le montant total des créances versées, mais on parle évidemment, dans ce cas, en millions d’euros. 

 

 

 

L'Azores vient de sortir de cale sèche (© DROITS RESERVES)

L'Azores vient de sortir de cale sèche (© DROITS RESERVES)

 

L'Azores 

L'Azores vient de sortir de cale sèche (© DROITS RESERVES)

 

 

Priorité aux travaux structurels et aux machines

 

 

Une fois les créances réglées et les saisies levées, Rui Alegre a pu, avec ses officiers, prendre en main le Funchal, l’Arion, le Princess Danae et l’Athena. Il a en revanche refusé de racheter le Princess Daphne, qu’il jugeait dans un trop mauvais état. Quant aux autres, le patron de Portuscale Cruises reconnait qu’ils étaient loin d’être au meilleur de leur forme. Au cours des visites destinées à préparer les chantiers de rénovation, de grosses surprises sont en effet apparues. Au point que les travaux techniques sont rapidement devenus bien plus importants que ce qui était initialement envisagé. « Ce que nous avons trouvé ne convenait pas du tout. Certains aspects étaient très mauvais, comme des faiblesses structurelles, des vibrations et une consommation trop importante. La priorité a donc été donnée aux travaux structurels et aux machines. Avec un travail énorme sur la structure. Sur le Lisboa, par exemple, il faut remplacer 500 tonnes d’acier, alors que nous avons changé sur le Funchal des centaines de tonnes de tôle, plus de 30 kilomètres de tuyauterie et plus de 30 kilomètres de câbles électriques. Sur l’Azores, également, il a fallu refaire toute les canalisations d’eau, qui étaient rongées par la corrosion. Nous remettons également la propulsion à niveau, certains moteurs ayant fonctionné trois fois plus d’heures que ce qu’ils devaient ».  Pour le président de Portuscale Cruises, qui parle de « reconstruction » et non de rénovation pour ses navires, ces travaux situés dans les espaces inaccessibles à la clientèle sont cruciaux. « La sécurité et le confort sont la base de notre produit. Même si, contrairement à l’hôtellerie, les passagers ne voient pas ces parties, la technique est fondamentale. Ce que je souhaite, c’est une opération intelligente pour des gens intelligents. Cela signifie transparence et vérité. Certes, une panne peut arriver, comme partout, mais nous ne voulons laisser aucune place à l’erreur et, par conséquent, nous avons fait bien plus que simplement traiter les aspects techniques ».

 

 

Le Funchal à Honfleur le 12 septembre (© JEAN-CHARLES THILLAYS)

Le Funchal à Honfleur le 12 septembre (© JEAN-CHARLES THILLAYS)

 

 

Rénovation particulièrement réussie sur le Funchal

 

 

C’est donc une refonte en profondeur dont les anciens navires de CIC bénéficient, en plus d’une minutieuse restauration des espaces publics. Premier à être remis en service, le Funchal, un très beau paquebot traditionnel de 143 mètres de long et 244 cabines, construit en 1961, est assez bluffant. En dehors d’avoir vu sa coque repeinte en noir, le chantier réalisé à Lisbonne a littéralement métamorphosé le vieux navire (voir notre reportage sur le Funchal). Salons, bars, restaurants, casino, boutiques, ponts extérieurs… Rui Alegre n’a pas lésiné sur les moyens pour offrir une cure de jouvence au bateau. Une très belle réussite pour un homme qui, bien entendu, a mis à profit sa longue expérience dans l’hôtellerie pour mener à bien ce projet.  Les cabines et les coursives, également, ont été restaurées, avec de nombreux changements : meubles, literie, moquettes, tapisseries, éclairage…  Un travail véritablement remarquable qui donne un évident coup de jeune au Funchal. A bord, même si quelques détails trahissent son âge tout en contribuant à son charme, comme les traditionnels hublots ronds dans les cabines extérieures et le pont en bois, on imagine difficilement que le navire a été lancé il y a 52 ans. On notera, par ailleurs, que les anciens clients de CICI trouveront à bord du Funchal, comme d’ailleurs des autres navires de la flotte, des têtes connues. Rui Alegre a, en effet, repris  une partie du personnel de l’ancienne compagnie : managers, serveurs et autres cabiniers qui étaient très appréciés des passagers.

 

 

Nouveau salon du Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Nouveau salon du Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Nouvelle salle de spectacle du Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Nouvelle salle de spectacle du Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Cabine rénovée sur le Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Cabine rénovée sur le Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le pont piscine du Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le pont piscine du Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Une flotte ambassadrice de la culture portugaise…

 

 

Le Funchal est le seul ex-navire de Classic à conserver son nom, qu’il porte d’ailleurs, malgré ses différents propriétaires, depuis sa construction, ce qui est extrêmement rare. Pour Rui Alegre, ce paquebot est une sorte d’ambassadeur : « C’est un navire emblématique, qui a été pensé et construit à l'époque pour les besoins de l’Etat portugais ». Le nouvel armateur a, d’ailleurs, souhaité transmettre aux passagers de Portuscale une partie de la culture de son pays. C’est pourquoi, aux côtés du Funchal, baptisé en hommage à la capitale de l’île portugaise de Madère, le Princess Danae a été renommé Lisboa (Lisbonne), l’Arion s’appelle désormais Porto et l’Athena Azores. Et ces navires ne se contentent pas de leurs nouveaux noms et de battre le pavillon portugais, qu’ils arboraient déjà chez leur ancien armateur. « Je veux faire sentir le Portugal à bord car je pense que c’est un atout, notre pays étant réputé pour sa générosité et son accueil naturel. Ils seront donc des ambassadeurs de cette culture ». Pour autant, l’objectif de Rui Alegre n’est pas d’imposer la vie portugaise sur ses paquebots, qui accueilleront une clientèle internationale. Le patron de Portuscale a une approche plus subtile, par petites touches et via certains détails. Ainsi, dans les restaurants, on trouve de la porcelaine siglée au nom de chaque bateau et provenant d’un fabricant portugais, alors que les menus proposeront systématiquement, entre autres choix, un plat typique du Portugal. Sans oublier évidemment des cépages locaux, provenant notamment des vignobles du patron. « Cela permettra aux passagers de découvrir les produits portugais ». Quant au nom de la compagnie, il signifie en latin « port d'escale » (Portus Cale) et était porté par une ancienne ville portuaire du nord du Portugal, qui se situait dans la région de Porto. 

 

 

… Mais un produit adapté aux marchés nationaux

 

 

A côté de cette trame portugaise, Rui Alegre a décidé d’affecter une partie de ses navires à des marchés bien spécifiques. C’est le cas du Lisboa, qui sera exploité exclusivement au profit de croisiéristes français. Pour cela, le produit sera adapté à la clientèle. « Si l’on veut travailler en France, il faut être Français ». Personnel francophone, annonces, journaux de bord, menus et autres excursions dans la langue de Molière seront au rendez-vous pour un navire qui sera proposé à l’affrètement ou en croisières classiques. Afin de gérer l’interface entre le siège de Portuscale à Lisbonne et le marché français, Rui Alegre a, par ailleurs, décidé d’implanter à Cannes un bureau, dont la compagnie est propriétaire et qui est géré par Patrice Bertocco et Lucien Laloum.

Alors que le Funchal restera dédié à une clientèle internationale, le positionnement du reste de la flotte n’est pas encore connu. Premier rénové, le Porto, qui devait reprendre du service cet été en Méditerranée, n’a finalement pas appareillé suite à l’échec d’un affrètement. Entré en juin en cale sèche à Marseille, l’Azores vient pour sa part d’être remis à flot, les travaux se poursuivant à quai. Les deux paquebots seront de nouveau exploités l’an prochain. L’un d’eux devrait probablement être affecté sur un marché méditerranéen, alors qu’un autre pourrait travailler du côté de l’Amérique latine. La compagnie prévoit également de déployer une unité en Australie, un marché très porteur, à compter de 2015. Elle n’exclut pas, dans le même temps, d’organiser des tours du monde. Croisiéristes classiques, incentives, charters… Portuscale Cruises est ouverte à tous et, selon son président, souhaite s’adapter en fonction de ses clients. « Il faut faire preuve de flexibilité sur chaque marché, chaque culture, les clients doivent se sentir très proches de la compagnie. C’est pour ça qu’il faut dédier des bateaux à des pays, ce qui permet d’offrir le service et les itinéraires les plus adaptés aux coutumes et  aux habitudes de chaque nationalité ».

 

 

Vue du Lisboa lorsqu'il sera aux couleurs de Portuscale (© PORTSUCALE CRUISES)

Vue du Lisboa lorsqu'il sera aux couleurs de Portuscale (© PORTSUCALE CRUISES)

 

 

Le Lisboa sur le marché français

 

 

Concernant le Lisboa, le navire, qui est entré en chantier le mois dernier à Lisbonne, sortira de cale sèche en novembre ou décembre. Entre temps, une grande rénovation aura été effectuée. En plus de lourds travaux sur la coque et les équipements techniques, une nouvelle structure sera installée sur le pont supérieur, devant la cheminée, afin d’accueillir un centre de bien-être. L’ancien cinéma va, quant à lui, faire place à de nouvelles suites dotées d’une véranda. Le salon situé à l’arrière et offrant une très belle vue sur l’extérieur - mais peu prisé du temps de Classic International Cruises - sera totalement reconstruit. Les autres espaces publics bénéficieront d’une remise à neuf, alors que le pont piscine sera réaménagé et  doté de nouveaux équipements, dont un grand écran. On trouvera également, sur le Lisboa, un nouveau restaurant privatif, avec seulement cinq tables, que les passagers pourront réserver (moyennant un supplément) afin de dîner dans une ambiance intimiste avec un menu différent de celui proposé dans la grande salle à manger. Quant aux 300 cabines, elles vont également être restaurées, même si, pour le moment, seules 60 à 70 d’entre elles seront complètement rénovées. « De manière générale, nous remplacerons les moquettes mais il n’y a pas de raison de changer ce qui est bien », estime Rui Alegre pour justifier le fait que toutes les cabines ne seront pas entièrement remises à neuf. « Les junior suites du pont 5 sont par exemple très bien telles qu’elles sont mais il convient de rénover les salles de bain, ce que nous ferons ». On notera enfin que des équipements seront mis en place pour divertir les enfants, signe que la compagnie souhaite élargir sa clientèle aux familles, ce qui devrait permettre de rajeunir la moyenne d’âge des passagers qui embarquaient du temps du Princess Danae. Les premières vues des futurs espaces du Lisboa, que nous vous présentons ci-dessous, laissent en tous cas augurer, comme pour le Funchal, d'une très belle rénovation. 

 

 

Vue de la future réception du Lisboa (© PORTSUCALE CRUISES)

Vue de la future réception du Lisboa (© PORTSUCALE CRUISES)

 

Vue d'une nouvelle Veranda Suite du Lisboa (© PORTSUCALE CRUISES)

Vue d'une nouvelle Veranda Suite du Lisboa (© PORTSUCALE CRUISES)

 

Vue futur Lido Bar du Lisboa (© PORTSUCALE CRUISES)

Vue futur Lido Bar du Lisboa (© PORTSUCALE CRUISES)

 

Vue du futur pont piscine du Lisboa (© PORTSUCALE CRUISES)

Vue du futur pont piscine du Lisboa (© PORTSUCALE CRUISES)

 

 

Une grande variété d’itinéraires

 

 

Comme on l’a vu, Portuscale souhaite proposer des navires intimistes et confortables. Des unités de petite taille qui permettent également, du fait de leur gabarit, de proposer des itinéraires originaux, étant notamment capables d’accéder à certains ports où les gros paquebots ne peuvent entrer. Ce sera, assurément, un atout majeur pour ce nouveau produit. Pour le Lisboa, la compagnie portugaise a prévu, en 2014, une superbe programmation, avec pour le moment 27 croisières pour 23 itinéraires.  Le navire et ses passagers français pourront découvrir, au départ de Marseille, de Venise et d’Istanbul les rivages de la Méditerranée, de l’Adriatique et de la mer Noire. Dans le nord, le Lisboa, positionné à Zeebrugge, Calais et Reykjavik, partira à la découverte de la Baltique, des fjords norvégiens, du Spitzberg, du Groenland, de l’Islande, de l’Ecosse et de l’Irlande, avec là aussi de nombreux ports peu fréquentés. Pour attirer les familles, Portuscale fait correspondre trois de ses quatre croisières dans les fjords norvégiens avec les vacances scolaires de printemps (pour les trois zones). A signaler aussi des croisières thématiques, notamment une consacrée au Jazz (en Méditerranée au mois d’avril), avec 18 musiciens à bord, ainsi qu’une vingtaine de membres de la philharmonie de Saint-Pétersbourg pour la croisière musicale en Baltique (mai/juin). La compagnie annonce également la présence à bord de différentes personnalités, comme le chanteur Enrico Macias sur une traversée en Méditerranée au mois de mars, ou encore des conférenciers de renom. Sont notamment prévus Antoine Sfeir, Alexandre Adler ou encore, pour les croisières dans le grand nord, le glaciologue et climatologue Jean Jouzel, l’archéologue Yves Coppens et l’écophysiologiste Yvon Le Maho (voir le programme des croisières du Lisboa en fin d’article).

 

 

Le Funchal appareillant d'Honfleur (© VINCENT SAMPIC)

Le Funchal appareillant d'Honfleur (© VINCENT SAMPIC)

 

 

Des débuts difficiles en Suède

 

 

Notre rencontre avec Rui Alegre fut, évidemment, l’occasion de l’interroger sur l’immobilisation du Funchal lors de sa première escale à Göteborg. Parti de Lisbonne, le navire a atteint le 26 août le port suédois afin d’y accueillir ses premiers passagers. Des clients qui n’ont pas pu partir en mer puisque le Funchal a fait l’objet d’une inspection de l’Etat du port ayant conduit à son immobilisation. Une décision dont la presse locale s’est largement faite écho, évoquant de graves lacunes dans le domaine de la sécurité (portes étanches ne fonctionnant pas, système d’extinction d’incendie défaillant, problèmes de formation du personnel aux procédures de sécurité…) Une situation très étonnante au regard des importants travaux réalisés à Lisbonne, notamment sur le plan technique. Il était de plus évident qu’après plusieurs années sans naviguer, le Funchal serait rapidement inspecté. La logique voulait donc que Portuscale soit prête à voir le bateau et son équipage passés au crible par les autorités de contrôle de l’un des premiers ports visités. De fait, elle l’était, puisque la compagnie avait été avertie en amont. « Avant de partir, nous avons reçu un coup de fil nous indiquant que l’inspection suédoise allait venir à bord, ce que nous avons trouvé étrange puisqu’il s’agit normalement de visites surprise », affirme Rui Alegre. « Etant arrivés la veille du départ de la croisière, nous nous attendions à être immédiatement inspectés. Nous avons attendu mais personne n’est venu. Le lendemain matin, jour d’embarquement donc, nous étions prêts à 7 heures mais ce n’est qu’à 9h30 qu’ils sont arrivés. Ils ont passé 3 heures avec le commandant à vérifier l’ensemble des papiers et des contrats. Tout était impeccable. Nous avons ensuite réalisé un drill (exercice de sécurité et d’abandon de navire), qui était ok. Puis différents exercices, notamment un feu dans la machine, un blessé dans une coursive et une évacuation, le tout chronométré. Là encore, tout s’est très bien passé. Les inspecteurs ont ensuite appelé deux équipes et ont posé individuellement des questions sur la sécurité. Ils étaient très sympathiques, tout allait bien. Nous sommes alors allés déjeuner ». C’est à l’issue du repas que l’inspection a, apparemment, pris une tournure nettement moins agréable. Alors que le déjeuner se terminait et que les passagers commençaient à embarquer, à 14 heures, les inspecteurs suédois ont formulé de nouvelles exigences. « Ils ont laissé embarquer tout le monde mais ont voulu voir différentes personnes et ont décidé d’effectuer des tests. Sur un pont, qui a été refait, nous leur avons expliqué que nous avions un problème sur une porte étanche, ainsi qu’une perte de signal électrique entre la passerelle et un sprinkler (équipement de lutte contre l’incendie vaporisant un nuage d’eau), qui fonctionnait néanmoins correctement. Nous leur avons assuré que ces problèmes allaient être très rapidement solutionnés. Mais ils ont décidé que le bateau ne naviguerait pas. Pour repartir, il fallait réparer, faire valider par la société de classification puis les autorités de contrôle », explique Rui Alegre. Ce dernier confie avoir eu, à ce moment là, « la plus grosse peur de (sa) vie ».

 

 

Le Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Quelques 400 passagers viennent en effet de prendre place à bord du Funchal pour une croisière d’une semaine, une traversée inaugurale évidemment cruciale pour le lancement de la compagnie. Le président de Portuscale et ses équipes remuent alors ciel et terre pour solutionner les problèmes et pouvoir appareiller au plus vite. Deux jours plus tard, le Bureau Veritas vient valider les réparations. « Tout était en ordre et nous avons donc appelé l’autorité de contrôle pour qu’elle revienne à bord et nous donne le feu vert pour partir.  Nous avons attendu un jour et demi avant que l’inspection soit menée. La croisière est évidemment  tombée à l’eau ». Cet aléa, qui aurait pu avoir des conséquences catastrophiques sur la clientèle, a été cependant partiellement rattrapé. La compagnie a, en effet, proposé aux passagers de rester à bord et de passer leurs vacances à quai, depuis, Göteborg, avec un programme évidemment réaménagé. « 60% des passagers sont restés et, à la fin, 90% ont manifesté dans les formulaires de satisfaction leur volonté de revenir », affirme Rui Alegre. Une consolation pour le jeune armateur, qui a au moins eu le plaisir de constater que ses premiers clients, malgré les évènements, ont apprécié le bateau et le service offert à bord. Un satisfecit qui est d’ailleurs de bon augure pour la suite. Quant à l’inspection en Suède, que le patron de Portuscale a trouvée « très dure », certaines zones d’ombre planent apparemment sur cette affaire. La rumeur veut, en effet, que les inspecteurs suédois aient reçu une dénonciation anonyme leur indiquant que le Funchal n’était pas conforme à la règlementation en matière de sécurité. Quant à la presse locale, elle a semble-t-il fait preuve d’une étonnante réactivité, l’immobilisation du navire faisant déjà les gros titres juste après le départ des inspecteurs. De quoi, peut-être, se poser quelques questions quant à une éventuelle opération emprunte de malveillance envers la jeune compagnie.  Pour qui, pourquoi ? Mystère...

 

 

Le Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Funchal (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

« Je dois prouver la validité de mon concept »

 

 

Pour Rui Alegre, cette page est désormais tournée et l’essentiel, maintenant, est d’assurer le développement de Portuscale. Dans un premier temps, le marché est resté très dubitatif quant à cette initiative provenant d’un entrepreneur inconnu du milieu de la croisière. Avant de convaincre les professionnels, Rui Alegre a d’abord concentré ses forces sur le rachat des bateaux. Une opération effroyablement complexe, comme on l’a vu, compte tenu des multiples créances à rembourser afin de lever les procédures de saisies. Puis il a fallu mener à bien le chantier de rénovation de la flotte et attendre la mise en service du Funchal pour présenter du concret à la clientèle et aux professionnels. Véritable vitrine, cet élégant paquebot permet de voir comment Portuscale traduit dans les faits son concept, de nombreux aménagements allant être communs aux différents navires de la compagnie. Avec, auprès des visiteurs, notamment les agents de voyage et affréteurs potentiels, un engouement manifeste, comme on a pu le constater à Honfleur.

La conquête a clairement débuté et les premiers signaux sont très positifs. Pour autant, Rui Alegre sait que son pari n’est pas encore gagné et que, si son projet et sa personne séduisent, tout comme ce qu’il a fait du Funchal, Portuscale doit encore faire ses preuves. « J’ai besoin de prouver que je suis capable de concrétiser ma vision ». Fort de ses précédentes réussites, il est persuadé d’y arriver, d’autant que la croisière n’est pas, pour lui, une lubie passagère. « Quand on se lance dans quelque chose, il faut s’investir à fond et prendre ses responsabilités. Je suis un sprinter sur l’exécution et un marathonien sur les projets. Cela signifie que lorsque je prends une décision, je vais très vite et quand je m’engage, je suis là pour longtemps ». Quant aux sceptiques qui doutent encore, Rui Alegre est serein : « Ceux qui ne me suivent pas dès le début finiront par venir dans le futur », lance-t-il avec un sourire malicieux.

 

 

(*) Les itinéraires du Lisboa en 2014

 

 

Le Lisboa propose, sur le marché français, 23 itinéraires en 2014. Sa traversée inaugurale, d’une semaine (21 au 28 février), partira de Marseille et rejoindra Venise, avec des escales à Messine, Corfou et Dubrovnik, avec un séjour prolongé dans la cité des Doges pour profiter du carnaval.

Quant aux croisières suivantes, voici le programme, qui sera officiellement présenté au salon IFTM  Top Résa, à Paris (du 24 au 27 septembre au parc des expositions de la Porte de Versailles) :

 

 

28 février au 9 mars : Du Carnaval de Venise à Marseille (10 jours/9 nuits)

Venise - Split – Dubrovnik - La Valette - Marseille

 

 

 9 mars au 23 mars : Mer Egée et Istanbul (15j/14n)

Marseille, Messine, Mykonos, Volos, Istanbul, Mytilène, Kusadasi, Santorin, La Valette,  Marseille

 

 

 23 mars au 28 mars : Enrico Macias à bord (6j/5n)

Marseille, Ajaccio, Tunis, Barcelone, Marseille

 

 

28 mars au 4 avril : Danse au gré des vagues (8j/7n)

Marseille, Ajaccio, Palerme, La Valette, Sousse,  Tunis, Marseille

 

 

4 avril au 10 avril : Jazz en mer (7j/6n)

Marseille, Barcelone, Palma, Ibiza, Carthagène, Marseille

 

 

10 avril au 20 avril : Sur la trace des grands navigateurs (10j/9n)

Marseille, Barcelone, Malaga, Cadix, Lisbonne, Porto, Vigo, La Corogne, Le Havre

 

 

Entre avril et juin : La magie des fjords des fjords au printemps 8j/7n)

Quatre croisières (départs du 20 au 27 avril, du 27 avril au 4 mai, du 4 au 11 mai et du 15 juin au 22 juin)

Zeebrugge, Stavanger, Geiranger, Vik, Flam, Bergen, Zeebrugge.

 

 

11 au 23 mai : Dans le sillage des Vikings (13j/12n)

Zeebrugge, Norvège, îles Féroé, Shetlands, Orcades, Ecosse, Zeebrugge.

 

 

23 mai au 6 juin : Croisière musicale en Baltique (15j/14n)

 

Zeebrugge, Kiel, Ronne, Gdynia, Tallin, Saint-Pétersbourg, Helsinki, Stockholm, Visby, Copenhague, Göteborg,  Zeebrugge.

 

 

6 juin au 15 juin : 5ème croisière du Savoir Sciences et Avenir (10j/9n)

Zeebrugge, Rosyth, Aberdeen, Stornoway, Oban, Portrush, Dublin, Zeebrugge

 

 

22 juin au 1er juillet : Cap Nord et soleil de minuit (10j/9n)

Zeebrugge, Bergen, Flam, Gudvangen, Geiringer, Lofoten, Cap Nord, Hammerfest, Tromso

 

 

1er au 14 juillet : Spitzberg et Islande (14j/13n)

Tromso, Cap Nord, Russie, Spitzberg, Baie de la Madeleine, Norvège, Islande

 

 

14 juillet au 5 août : Symphonie des glaces au Groenland (12j/11n)

Deux croisières (14 au 25 juillet, 25 juillet au 5 août)

Reykjavik, Kristiansund, Narsaq, Nuuk, Illulisat, Sismiut, Kangerlussliaq

 

 

5 août au 15 août : De l’Islande à l’Ecosse (11j/10n)

Reykjavik, Grundafjordur, Akureyri, Féroé, Shetland, Rosyth, Edimbourg,  Tilbury, Calais

 

 

15 au 24 août : L’Ecosse (10j/9n)

Calais, Dublin, Oban, Kirkwall, Invergordon, Aberdeen, Inverness, Calais

 

24 août au 3 septembre : De la Manche à la Méditerranée (11j, 10n)

Calais, Guernesey, La Corogne, Vigo, Porto, Lisbonne, Cadix, Malaga, Carthagène,  Marseille

 

 

3 septembre au 11 septembre : Iles et volcans d’Italie (9j/8n)

Marseille, Ajaccio, Civitavecchia, Amalfi, Lipari, Vulcano, Messine, Naples, Capri, Marseille

 

 

11 septembre et 21 septembre : Iles grecques et Istanbul (11j/10n)

Marseille, Messine, Santorin, Kos, Bodrum, Rhodes, Kusadasi, Istanbul

 

 

21 septembre au 1er octobre : Du Bosphore à la mer Noire (11j/10n)

Istanbul, Nessebar, Trabzon, Sotchi, Yalta, Sébastopol, Odessa, Varina, Istanbul

 

 

1er octobre au 11 octobre : Mer Egée (11j/10n)

Istanbul, Mytiliène, Kusadasi, Kos, Bodrum, Santorin, Le Pirée, Catane, Marseille

 

 

11 octobre au 23 octobre : Venise et l’Adriatique (13j/12n)

Marseille, Messine, Corfou, Dubrovnik, Split, Venise, Hvar, La Valette, Marseille

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