Croisières et Voyages
Rencontre avec Rui Alegre, président de Portuscale Cruises

Interview

Rencontre avec Rui Alegre, président de Portuscale Cruises

Croisières et Voyages

Le Funchal, premier navire de Portuscale Cruises, a réalisé le 12 septembre son escale inaugurale en France. Cette visite à Honfleur fut l’occasion de découvrir les importantes transformations dont a bénéficié le paquebot, mais aussi de rencontrer Rui Alegre, le jeune et jusqu’ici mystérieux président de  la nouvelle compagnie portugaise. Novice dans l’industrie de la croisière, l’entrepreneur nous a expliqué son parcours et l’histoire de la reprise des navires, sans oublier évidemment le concept qu’il a élaboré pour sa compagnie, qui semble bien armée pour faire sa place sur la niche des petits navires de charme. « Le projet est très simple. Les clients doivent considérer les bateaux comme une seconde maison. Nous avons tout imaginé pour que les passagers se sentent bien, dans une ambiance familiale, avec une décoration axée sur la sobriété, une grande attention au niveau du confort et une proximité dans le service », explique Rui Alegre. Par opposition aux grands paquebots, Portuscale Cruises veut occuper un segment de marché bien particulier, en visant des croisiéristes désireux de voyager sur de petites unités offrant une atmosphère plus intimiste et exclusive. « Je n’achèterai jamais de grand navire, c’est une question de vision », explique-il, non sans une petite pointe d’insolence envers les grands armateurs : « Les 4000 passagers que l’on trouve sur les grands paquebots, ce sont pour nous des clients potentiels. En revanche, je ne vois pas les passagers d’ici aller là bas ».

Rui Alegre veut, simplement, proposer une autre manière de voyager en mer. « En plus du confort et d’un service personnalisé, il s’agit aussi de mieux profiter de la mer, de sentir la navigation. C’est l’avantage des petits navires, où l’on a partout une proximité avec l’extérieur. D’ailleurs, quand on me dit que l’absence de cabines avec balcon est une contrainte, je réponds qu’ici, de la plus petite à la plus grande cabine, chaque passager à un balcon de 1000 m² pour se détendre, lire, rêver, prendre un bain de soleil ou se restaurer ». Ces arguments sont, précisément, ceux qu’attendent un certain nombre d’opérateurs. Car il manque justement des compagnies proposant ce type de produit et la demande existe clairement au niveau de la clientèle, comme en témoigne l’intérêt très marqué de nombreux voyagistes français lorsque la compagnie a annoncé qu’elle positionnerait à partir de 2014 le Lisboa sur le marché hexagonal.

 

 

Le Funchal quittant Honfleur, le 12 septembre (© VINCENT SAMPIC)

Le Funchal quittant Honfleur, le 12 septembre (© VINCENT SAMPIC)

 

 

Une renaissance sur les cendres de Classic International Cruises

 

 

Bien connu sur le marché français, où il a notamment été exploité de longues années pour le compte de NDS Voyages, l’ex-Princess Danae était comme le Funchal l’un des navires de la défunte compagnie portugaise Classic International Cruises. C’est sur les cendres de celles-ci que Portuscale Cruises est née cette année, Rui Alegre et son entourage assurant que la nouvelle société n’a rien à voir avec CIC et les frères Potamianos. C’est le père de ces derniers, l’armateur grec George Potamianos, qui a créé Classic en 1985, lorsqu’il s’est installé à Lisbonne. La compagnie n’a pas survécu au décès de son emblématique fondateur, en mai 2012. Rencontrant d’importants problèmes financiers, CIC, gérée après la mort de son créateur par les fils de celui-ci, a fait l’objet, en raison de nombreux impayés, de multiples actions en justice. Cela a abouti, il y a un an, à l’immobilisation et la saisie conservatoire de ses navires. C’est ainsi que l’Arion s’est retrouvé bloqué à Kotor, au Monténégro, et que l’Athena et le Princess Danae ont été cloués à quai à Marseille. Le Funchal était, quant à lui, toujours à Lisbonne, en attente depuis deux ans d’une importante rénovation, retardée faute d’argent. Le cinquième paquebot de Classic International Cruises, le Princess Daphne, a pour sa part achevé un affrètement pour un tour opérateur allemand avant d’être désarmé en Crète. 

 

 

L'Arion du temps de CIC (© BERNARD PREZELIN)

L'Arion du temps de CIC (© BERNARD PREZELIN)

 

 

Des navires sauvés d’une fin que l’on pensait certaine

 

 

Les déboires de CIC ont provoqué la liquidation judiciaire de NDS Voyages, le plus ancien TO français (1872), dont la compagnie portugaise avait pris le contrôle dans les années 2000. Dans le même temps, l’accumulation des créances, sans compter les arriérés de salaires des équipages, laissait une grosse ardoise à un éventuel repreneur. Quant à l’outil naval, constitué de navires traditionnels construits entre 1948 et 1965, sa remise en service nécessitait d’importants investissements, chaque bateau devant faire l’objet d’une sérieuse remise à niveau. Autant dire que personne ne misait un kopek sur la renaissance  de cette flotte, que l’on voyait déjà partir à la casse. Surtout dans un contexte de forte concurrence sur le marché de la croisière. A l’heure des paquebots géants ultramodernes, permettant des économies d’échelle et conçus pour offrir des  coûts d’exploitation optimisés, ces vénérables navires faisaient tout simplement figure de dinosaures, inévitablement voués à l’extinction.

 

 

Le Princess Danae à Marseille début 2012 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Princess Danae à Marseille début 2012 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Du textile à l’agriculture en passant par l’immobilier

 

 

C’était sans compter avec Rui

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