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Rénovation des La Fayette : le Courbet en chantier à l’automne
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Rénovation des La Fayette : le Courbet en chantier à l’automne

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Appelé RMV (Rénovation à Mi-Vie,), le programme de modernisation de trois des cinq frégates françaises du type La Fayette (FLF) débutera l’automne prochain avec l’entrée en cale sèche du Courbet à Toulon. Ce sera le premier bâtiment de la série à bénéficier de ce chantier, à l’issue duquel il sera remis en service fin 2021. Suivront les La Fayette et Aconit, qui seront modernisés en 2022 et 2023, normalement dans cet ordre, sauf contrainte opérationnelle. Alors que les Chantiers de l’Atlantique sont l’actuel titulaire du contrat de maintien en condition opérationnelle des FLF, c’est Naval Group, leur concepteur et constructeur, qui est en charge de la RMV.

Prolonger la durée de vie de 30 à 35 ans

Celle-ci a vocation à prolonger la durée de vie de ces frégates de 30 à 35 ans et maintenir leurs capacités opérationnelles en attendant l’arrivée des cinq futures frégates de défense et d’intervention (FDI). Tête de série de ce programme, l’Amiral Ronarc’h, dont la construction a débuté en octobre dernier sur le site Naval Group de Lorient, doit être livrée fin 2023. Son admission au service actif (ASA) est à ce stade prévue en 2025. Suivront les quatre bâtiments de série, les futurs Amiral Louzeau, Amiral Castex, Amiral Nomy et Amiral Cabanier, qui doivent être réceptionnés entre 2025 et 2029 pour des ASA intervenant logiquement un an après les livraisons.

Mises en service en 1996 (La Fayette), 1997 (Surcouf et Courbet), 1999 (Aconit) et 2001 (Guépratte), les cinq FLF ne peuvent en l’état tenir jusqu’à ces dates, en particulier du fait de l’obsolescence de leur système d’armes et de vieillissements structurels. La RMV vise donc à faire la « soudure » et permettre à la Marine nationale de maintenir un format à 15 frégates dites de « premier rang », minimum nécessaire pour accomplir ses missions.

Renforcement structurel et nouveau système de combat

Les trois FLF concernées bénéficieront, explique-t-on à l’état-major de la marine, d’une « amélioration de la résistance structurelle et de la stabilité, nécessaire pour prendre en compte l’âge des navires : fatigue des matériaux et alourdissement avec l’adjonction de nouveaux équipements au fil du temps ».

La RMV va permettre de traiter les obsolescences, ce qui passera par le changement de divers systèmes informatiques, avec un effort sur la numérisation et la connectivité. Le système de combat va quant à lui être remplacé, le STI d’origine (développé par Thales sur la base de la famille Tacticos) allant faire place à un SENIT de Naval Group, proche de ceux équipant le porte-avions Charles de Gaulle et les trois porte-hélicoptères amphibies du type Mistral.

Rénovation de l’armement

Du côté de l’armement, la principale évolution sera le débarquement du système surface-air Crotale CN2 (Thales), qui arrive en fin de vie. Il sera remplacé par deux lanceurs sextuples Sadral (MBDA). Des équipements prélevés sur d’anciennes frégates du type F70 aujourd’hui désarmées. Six systèmes vont ainsi être remis à niveau et réinstallés par paire sur les FLF rénovées. Chaque Sadral disposera de six missiles prêts à l’emploi, en l’occurrence les nouveaux Mistral 3, d’une portée de 6 km et qui ajoutent à la capacité antiaérienne et antimissile une fonction contre des cibles de surface, typiquement des embarcations rapides. Cela permettra de renforcer les capacités d’autodéfense des frégates contre des menaces asymétriques.

Dans le même temps, les installations de tir des 8 missiles antinavire, aujourd’hui des Exocet MM40 Block2, seront modifiées pour la mise en œuvre d’Exocet Block3/Block3c. Le reste de l’armement est constitué d’artillerie, soit une tourelle de 100 mm, des canons de 20mm, ainsi que des mitrailleuses (12.7mm, Dillon…) A cela s’ajoutent les capacités de l’hélicoptère embarqué, généralement un Panther.

Intégration d’un sonar de coque

Concernant les senseurs, des mises à niveau et modernisations sont également prévues, la principale évolution étant l’intégration d’un sonar de coque. Il s’agira du nouveau KingKlip Mk2 de Thales qui équipera également les FDI. Ce nouvel outil confèrera aux FLF une capacité de lutte anti-sous-marine qui fait jusqu'ici défaut à ces bâtiments (seul le Surcouf est doté à titre expérimental d'un sonar de coque BlueWatcher depuis 2017). Les FLF rénovées ne se transformeront pas, à proprement parler, en chasseuses de sous-marins, puisqu’elles ne disposeront pas de moyens offensifs (pas de tubes lance-torpilles ni d’hélicoptère Panther équipé pour cette mission, bien que ces bâtiments soient techniquement capables d'accueillir un Caïman). Mais leurs nouvelles capacités d’écoute sous la mer leur permettront de contribuer à la détection de sous-marins et à la collecte d’informations partout où elles navigueront. Ce sera enfin un moyen dissuasif, qui permettra en particulier d’en finir avec la possibilité de voir ces frégates impunément suivies sous la surface de l'eau. On notera que l’intégration d’un sonar et l’efficacité de celui-ci est rendue possible par le fait que les FLF sont des unités nativement silencieuses.

Les deux autres FLF seront partiellement rénovées

Ainsi « refondus », les La Fayette, Courbet et Aconit pourront naviguer jusqu’au début des années 2030. Quant aux deux bâtiments qui ne bénéficieront pas de la RMV, les Surcouf et Guépratte, elles ne vont pas tirer tout de suite leur révérence et vont même bénéficier d’une bonne remise à niveau sur le plan technique. D’après l’état-major, « les deux frégates qui ne seront pas rénovées complètement bénéficieront de travaux leur permettant d’assurer leurs missions jusqu’aux dates prévues pour leurs retraits du service. Le spectre de ces missions pourra être adapté en fonction des besoins de la marine ». Ce qui doit amener le Surcouf jusqu’en 2027 et le Guépratte jusqu’en 2031. De la même manière, prolonger les La Fayette, Courbet et Aconit jusqu’à 35 ans de service permet d'envisager maintenant un désarmement, en 2031, 2032 et 2034. C’est-à-dire au-delà de la livraison des FDI.

Retour vers le second rang

On pourrait y voir une manière d’espérer que dans les années qui viennent, le format des frégates de premier rang soit revu à la hausse. Mais il semble que si les FLF doivent cohabiter un certain temps avec des FDI, ce sera plutôt dans le cadre d’un retour à la normale, c’est-à-dire une sortie des FLF de la catégorie des frégates de premier rang, où elles n’ont en réalité rien à faire. Les FLF, acronyme signifiant au départ « frégates légères furtives », étaient en effet considérées comme des unités de second rang jusqu’en 2008, année où le président Sarkozy valide un livre blanc de sinistre mémoire qui justifia une coupe sombre dans les effectifs militaires. Alors que le programme FREMM était amputé de six unités, sur les dix-sept prévues initialement, le nombre de frégates de premier rang serait à l’issue des nouveaux programmes tombé à seulement treize navires au lieu de dix-neuf, soit deux FDA et onze FREMM. Les FLF ont alors servi de cache misère aux décisions politiques en étant propulsées dans la catégorie supérieure. Puis le programme FREMM fut de nouveau amputé en 2013, sous la présidence Hollande, pour finir à seulement huit unités. Cela, dans l’objectif de permettre à Naval Group de lancer un nouveau modèle, qui deviendra la FDI, pour laquelle le remplacement des La Fayette a opportunément fait office de rampe de lancement. Avec tout de même une différence de taille puisque les futurs « Amiraux » seront, pour le coup, réellement des frégates de premier rang, disposant d’équipements de pointe dans tous les domaines de lutte. Au final, même avec 15 frégates de premier rang seulement (deux FDA, huit FREMM, cinq FDI), la Marine nationale va disposer de capacités militaires supérieures à ce qu’elle connaissait il y quelques années, lorsque le format était encore de 17 ou 18 bâtiments. D’autant que le passage au double équipage, même s’il ne permet pas de démultiplier les plateformes, va quand même permettre d’augmenter la disponibilité opérationnelle de la flotte.  

Les Surcouf et Guépratte appelés à devenir de gros patrouilleurs 

Quant aux FLF, leur fin de vie se déroulera donc plutôt dans leur catégorie d’origine, avec toutefois des capacités un peu meilleures avec la RMV. Pour ce qui est des deux unités non rénovées, leur Crotale sera très probablement débarqué puisque les missiles seront périmés. Quant aux Exocet, leur sort sur ces deux frégates n'est pas encore acté. Ainsi, à l’instar des anciens avisos, reclassés patrouilleurs de haute mer après le retrait de leur principaux armements (Exocet et torpilles), ces bâtiments pourraient simplement servir de plateformes de surveillance hauturières. De gros patrouilleurs océaniques en somme, qui permettraient de répondre aux besoins opérationnels dans certaines régions, par exemple dans le secteur de l’océan Indien ou dans les territoires d’Outre-mer. C’est sans doute cela qu’il faut comprendre quand l’état-major explique que « le spectre (des) missions pourra être adapté en fonction des besoins de la marine ». Un rôle que pourront à fortiori remplir ensuite les trois FLF rénovées.   

Des unités taillées pour les longues missions

Longues de 125 mètres pour une largeur de 15.4 mètres, les frégates du type La Fayette affichent un déplacement de 3600 tonnes en charge. Capables d’atteindre 25 nœuds, elles ont été conçues pour remplir de longues missions océaniques, avec une autonomie très importante (9000 milles à 12 nœuds). Ces bâtiments, qui sont également gréés pour la mise en œuvre de forces spéciales (elles peuvent embarquer notamment de semi-rigides de type ETRACO et ECUME), sont armés par 150 marins.

Les FLF sont toutes basées à Toulon, ce qui ne sera pas le cas des futures FDI, dont deux exemplaires doivent être stationnés à Brest, à commencer par la tête de série, l’Amiral Ronarc’h.

- Voir notre article sur l'histoire des La Fayette

 

Marine nationale Naval Group (ex-DCNS)