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Renseignement : Le Dupuy de Lôme aura des petits frères
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Renseignement : Le Dupuy de Lôme aura des petits frères

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La France va se doter de nouveaux « navires espions ». C’est la principale surprise du discours prononcé vendredi dernier à Toulon par le président de la République lors de ses vœux aux armées. Au détour d’une phrase sur le renforcement des moyens de renseignement français, Emmanuel Macron a révélé ce projet demeuré jusqu’ici secret : « Un effort important sera réalisé dans le domaine du renseignement, avec là aussi des engagements clairs et des priorités. Une posture permanente du renseignement sera créée, s'appuyant sur la mise en service d'un segment spatial renouvelé et de nouvelles capacités de recueil de renseignement. Système de drones MALE supplémentaires, avions légers de surveillance et de renseignement, avions de renseignement et de guerre électronique, bâtiments spécialisés de recueil de renseignement ».

Un programme, portant sur au moins deux nouveaux navires, devrait voir le jour dans le cadre de la prochaine loi de programmation militaire (2019 – 2025), dont le projet a été validé la semaine dernière en Conseil de défense et qui sera présenté au parlement en février.

L’objectif est de renforcer significativement les moyens de la Marine nationale, dont tous les bâtiments contribuent avec leurs senseurs à la recherche électromagnétique, mais qui ne dispose pour le moment que d’un navire spécialisé. Il s’agit du Dupuy de Lôme, construit dans le cadre du programme MINREM (moyen interarmées naval de recherche électromagnétique) et qui a succédé en 2006 à l’ancien bâtiment de transport et de soutien Bougainville. Ce dernier, construit en 1988 pour le centre d’expérimentation nucléaire du Pacifique, avait pour mémoire été transformé 10 ans plus tard en bâtiment collecteur de renseignements pour remplacer le vieux Berry (ancien cargo lancé en 1958 et acheté par la marine en 1964).  

Depuis sa livraison fin 2005, le Dupuy de Lôme a effectué pour le compte de la Direction des Renseignements Militaires (DRM) de très nombreuses missions, de l’Europe du nord à la Méditerranée, en passant par l’Atlantique mais aussi l’océan Indien et jusqu’en Asie du sud-est. Ses importants moyens électroniques en font un outil très précieux pour recueillir dans la durée et en profitant de la liberté de naviguer dans les eaux internationales des renseignements contribuant à la connaissance de forces armées potentiellement adverses, suivre l’évolution de la situation dans les zones de crises ou encore lutter contre le terrorisme.

Seulement voilà, depuis une décennie, les tensions se sont aggravées aux quatre coins de la planète, de nombreux pays réarment et, globalement, les menaces se démultiplient géographiquement. De ce fait, le Dupuy de Lôme est extrêmement sollicité. Or, bien que conçu pour offrir une disponibilité technique de 350 jours par an et pouvant naviguer environ 240 jours grâce à deux équipages se relayant à bord, le MINREM n’a pas le don d’ubiquité, surtout avec un « terrain de jeu » devenu aussi étendu. Un état de fait qui impose parfois de faire des choix difficiles quant aux zones de déploiement. De plus, malgré son fort taux de disponibilité, comme tout bateau, le Dupuy de Lôme doit passer régulièrement en arrêt technique, comme c'est le cas actuellement à Brest, laissant sur ces périodes la flotte sans moyen dédié. 

C’est pourquoi, le renseignement étant considéré comme le nerf de la guerre, il a été décidé de renforcer cette capacité maritime avec la construction de nouveaux navires, ce qui permettra à la DRM d’être présente simultanément sur plusieurs fronts ou zones d’intérêt stratégiques.

Les contours exacts du programme, comme les caractéristiques techniques des futurs navires ou encore le calendrier, ne sont pas encore connus. On devrait logiquement en savoir plus après la présentation puis l’adoption de la LPM.

 

Le Dupuy de Lôme (© MICHEL FLOCH)

Le Dupuy de Lôme (© MICHEL FLOCH)

 

Concernant le Dupuy de Lôme, on rappellera que sa réalisation avait été confiée à un groupement composé de Thales et de la Compagnie Maritime Nantaise. La coque, construite aux Pays-Bas, a été équipée à La Seyne-sur-Mer.

Long de près de 102 mètres pour une largeur de 15.9 mètres et un déplacement de 3600 tonnes en charge, le Dupuy de Lôme est armé par la Marine nationale, avec une quarantaine de membres d’équipage, auxquels s’ajoutent 80 spécialistes du renseignement.

Basés sur un dispositif antennaire complexe, ses différents senseurs assurent l’interception, la goniométrie et l’analyse des radars les plus récents, des communications modernes HF, V/UHF et SHF, ou encore des communications relayées depuis l’espace. S’intégrant dans l’ensemble du dispositif de renseignement français, le navire, grâce à ses moyens de recherche électromagnétique, peut intercepter des signaux et en tirer des informations, l’objectif étant que cela soit réalisé sans que structures ou personnes à l’origine de ces « indiscrétions » s’en rendent compte.

- Voir notre reportage réalisé sur le Dupuy de Lôme au moment de sa livraison

 

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