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Reportage : A bord du Barracuda, plus vieux sous-marin opérationnel d'Europe

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Reportage : A bord du Barracuda, plus vieux sous-marin opérationnel d'Europe

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Devant les images de ce reportage, les anciens sous-mariniers français devraient voir remonter à la surface un certain nombre de souvenirs... Samedi dernier, notre correspondant à Toulon, Jean-Louis Venne, a eu la chance de monter à bord du Barracuda, en escale dans le port varois. Bâtiment portugais, le Barracuda est le dernier sous-marin du type Daphné encore en service et le plus vieux sous-marin opérationnel d'Europe. Mis sur cale en octobre 1965 aux chantiers Dubigeon, de Nantes, le bateau a été lancé en avril 1967 et admis au service actif en mai 1968. Cela fait donc plus de 41 ans qu'il navigue sous les couleurs du Portugal, qui a su l'entretenir pour le faire durer. Initialement, le Barracuda faisait partie d'une commande de quatre bâtiments. Le Cachalote, dès 1975, a été vendu au Pakistan, qui avait déjà acquis en 1966 trois Daphné auprès de la France. Les deux autres portugais, l'Albacore et le Delfim, ont été désarmés en 2000 et 2005, le second étant transformé en musée. Le Portugal n'a conservé que le Barracuda, afin de continuer à entrainer ses sous-mariniers dans l'attente de la livraison, toute prochaine, des deux sous-marins du type 209 PN commandés au groupe allemand TKMS (Les Tridente et Arpao).

Le Barracuda à son arrivée à Toulon (© : MARINE NATIONALE)
Le Barracuda à son arrivée à Toulon (© : MARINE NATIONALE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

25 Daphné pour 5 marines

En tout, les chantiers français (Nantes, Cherbourg et Brest) ont construit 21 Daphné, 4 autres sous-marins de ce type étant réalisés par l'Espagne avec l'aide technique française. Version améliorée des quatre Aréthuse (lancés en 1955), les Daphné seront construits à 11 exemplaires pour la Marine nationale, les mises en service s'échelonnant entre 1964 et 1970. Deux bâtiments de cette série disparurent accidentellement avec leurs équipages : La Minerve en janvier 1968 et l'Eurydice en mars 1970. Les deux derniers de la série, les Psyché et Sirène, seront respectivement désarmés en 1998 et 1997. A l'étranger, le type Daphné, outre le Portugal, le Pakistan et l'Espagne, a été vendu à l'Afrique du sud (1967), qui en a fait construire trois unités. Aujourd'hui, seul le Barracuda continue de naviguer.

Le Barracuda (© : MARINE PORTUGAISE)
Le Barracuda (© : MARINE PORTUGAISE)

Le Barracuda (© : MARINE PORTUGAISE)
Le Barracuda (© : MARINE PORTUGAISE)

Le Barracuda (© : MARINE PORTUGAISE)
Le Barracuda (© : MARINE PORTUGAISE)

Très performant pour l'époque

Conçus pour la lutte anti-sous-marine et la chasse aux navires de surface, les sous-marins du type Daphné sont, à leur mise en service, considérés comme très performants. Capables d'atteindre la vitesse de 16 noeuds en plongée et de plonger à 300 mètres, ils se révèlent silencieux et maniables. Petit sous-marin, le Barracuda ne mesure que 57.75 mètres de long pour un déplacement de 870 tonnes en surface et 1040 tonnes en plongée. La propulsion, diesel-électrique, comprend deux groupes électrogènes Pielstick de 610 cv (450 kW) chacun et deux moteurs électriques de 800 cv (588 kW). Le bâtiment est propulsé par deux hélices. Côté autonomie, le Barracuda peut parcourir 4300 nautiques à 7.5 noeuds en naviguant au schnorchel. A l'époque, la technologie ne permettait pas encore de longues immersions, l'autonomie, sans approvisionner les moteurs en air, étant limitée à une dizaine d'heures par très petite vitesse. Côté armement, le Barracuda, comme tous les Daphné, n'embarque pas de torpilles de rechange. Toutes sont prêtes à tirer dans 12 tubes lance-torpilles, soit 8 à l'avant et 4 à l'arrière.

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

54 hommes à bord

En plus du commandant Baptista Pereira, l'équipage du Barracuda compte 53 marins, ce qui constitue un nombre très important dans une si petite surface, où la place est bien évidemment comptée. Le « cylindre » ne mesure, en effet, que 57 mètres de long et, aux endroits les plus importants, la coque n'atteint que 6.75 mètres de haut et 4.5 mètres de large. La promiscuité est donc de mise. A bord, seul le pacha dispose d'une minuscule cabine. Pour les officiers-mariniers, les quartiers-maîtres et matelots, on connaît encore, ici, la « bannette chaude ». En clair, il y a moins de couchettes que de membres d'équipage, les marins se relayant dans les mêmes bannettes pour dormir.

Le commandant du Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le commandant du Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Poste officier sur le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Poste officier sur le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Les réserves en eau sont également limitées. Durant les missions, qui peuvent durer une trentaine de jours, on se dispensera donc de douche. Quant aux toilettes, il n'y en a que deux à bord. Dans un espace également très réduit, on trouve la cuisine, lieu « stratégique » où les cuisiniers vont agrémenter le quotidien des marins grâce aux repas, très appréciés.

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Machine à remonter le temps

Héritier des sous-marins de la seconde guerre mondiale, ce type de bâtiment offre des conditions de vie assez spartiates, très éloignées des standards modernes offerts, par exemple, sur les sous-marins nucléaires ou les derniers sous-marins à propulsion conventionnelle. En circulant dans la coursive et les espaces du Barracuda, on a l'impression d'avoir emprunté une machine à remonter le temps. C'est particulièrement vrai au central opération, le centre névralgique du sous-marin. Vannes, mannettes et autres cadrans recouvrent les cloisons de cet espace, où l'on trouve les barres de plongée, le périscope et les équipements recueillant les informations provenant des différents sonars et hydrophones.

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Malgré l'âge, tout cela fonctionne encore, grâce à l'entretien minutieux des marins, aux petits soins ces dernières années pour maintenir en activité l'unique sous-marin de la marine portugaise. Il s'agissait, en effet, d'éviter les pertes de compétences en attendant la livraison des nouvelles unités. L'équipage peut, d'ailleurs, être fier de l'état général du bateau. Extérieurement, le Barracuda est arrivé à Toulon avec une belle allure, sa coque noire luisant avec les reflets de l'eau de la rade. Et, intérieurement, le bâtiment n'a, 42 ans après sa mise à flot à Nantes, rien d'une épave. Dimanche, après une escale de trois jours à Toulon, le « S 164 » a appareillé pour l'une de ses dernières plongées en Méditerranée. Cap sur Lisbonne. L'an prochain, il sera transformé en musée.

Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Le Barracuda (© : JEAN-LOUIS VENNE)