Défense
Reportage : L'OTAN débarque sur les plages varoises

Reportage

Reportage : L'OTAN débarque sur les plages varoises

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Devant les yeux ébahis des baigneurs profitant d'une belle arrière-saison, trois grands bâtiments de débarquement ont pris position devant la plage de Fréjus. Dans le ciel, hélicoptères de transport et de combat se dirigent vers la côte, alors que des chalands de transport de matériel (CTM), chargés d'hommes et de véhicules, progressent vers la plage. Nous sommes au coeur de l'exercice Loyal Midas, organisé du 21 septembre au 3 octobre au large des côtes varoises. Ces grandes manoeuvres ont pour but de préparer et certifier les capacités d'une force d'intervention de l'OTAN. C'est en novembre 2002 que les membres de l'Alliance ont décidé de créer la Nato Response Force (NRF). L'objectif de cette force de réaction rapide est de pouvoir agir dans le cadre de la défense collective des pays de l'OTAN, ou lors d'une intervention consécutive à une crise et nécessitant le déploiement de forces armées. Ses effectifs lui permettent, par exemple, de déployer sur un théâtre et sous faible préavis une force initiale facilitant l'arrivée d'une force plus importante. On peut aussi la voir intervenir à l'occasion d'opérations d'évacuation, ainsi qu'à la suite à de catastrophes, comme ce fut le cas aux Etats-Unis après le passage du cyclone Katrina, et au Pakistan suite au tremblement de terre d'octobre 2005.

 Hélicoptères de l'ALAT sur le Mistral  (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Hélicoptères de l'ALAT sur le Mistral (© : JEAN-LOUIS VENNE)

 Un CTM devant Fréjus au lever du jour  (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Un CTM devant Fréjus au lever du jour (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Jusqu'à 25.000 hommes, un groupe aéronaval et des forces aériennes

La Force de réaction de l'OTAN peut rassembler jusqu'à 25.000 hommes et se divise en trois composantes. L'une, terrestre, est de la taille d'une brigade. La seconde, maritime, comprend un groupe aéronaval, un groupe amphibie et un groupe de guerre des mines. Enfin, la NRF dispose d'une composante aérienne susceptible d'effectuer jusqu'à 200 sorties de combat par jour. S'y ajoute un élément complémentaire de forces spéciales, sollicité en cas de besoin.
L'une des principales caractéristiques de la NRF est son degré de réactivité. Elle est, en effet, prête à se déployer rapidement avec un déploiement des premiers éléments sous 5 jours après la décision d'emploi. L'ensemble des forces doit être mobilisable dans un délai d'un mois. La NRF peut oeuvrer en autonome ou intervenir dans le cadre d'une force plus importante pour contribuer à toute la gamme des opérations militaires de l'Alliance. Multinationale, la NRF n'est pas une force permanente. Troupes, véhicules, aéronefs, navires, logistique... Elle est constituée d'éléments fournis par les différents pays membres. Tous les six mois, ces pays mettent à disposition de l'Alliance différents moyens, qu'ils s'engagent à mobiliser en cas de besoin. C'est, aussi, le cas pour les état-majors, qui assument le commandement de la force à tour de rôle. Pour chaque composante, d'importants exercices sont menés avant ce que l'état-major désigné prenne son « tour d'alerte ». En ce qui concerne la composante maritime, c'est l'Italie qui assumera le commandement à la mer des moyens navals de la NRF(14) à compter du 1er janvier 2010, la France ayant en charge le commandement des forces amphibies. L'ensemble est chapoté par le QG de l'OTAN à Lisbonne.

 BPC et TCD devant Fréjus (© : VINCENT GROIZELEAU)
BPC et TCD devant Fréjus (© : VINCENT GROIZELEAU)

 L'Etna, navire amiral de la NRF14 (© : JEAN-LOUIS VENNE)
L'Etna, navire amiral de la NRF14 (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Faire travailler ensemble 4000 hommes, 33 bâtiments et 45 aéronefs

A bord du pétrolier-ravitailleur Etna, l'amiral italien Claudio Gaudiosi commande l'ensemble des moyens navals. Pour cela, il s'appuie sur COMITMARFOR. Créé en 2002, cette structure doit, en temps de crise, être capable de fournir un « état-major de réaction rapide » rapidement déployable pour commander et contrôler des forces dédiées à des opérations conduites au sein et en dehors de la zone d'intérêt OTAN. La France dispose d'une structure de commandement similaire, COMFRMARFOR, conçue pour diriger une composante maritime dans un ensemble interarmées multinational (OTAN, Union européenne, coalition).
Concernant les Italiens, COMITMARFOR est composé en temps de paix de 80 personnes, soit 43 officiers (dont 10 étrangers) et 37 sous-officiers. En temps de crise, l'état major est composé de 110 personnes, dont 70 officiers et 40 sous-officiers. A bord de l'Etna, une salle, aménagée en PC, ressemble à une véritable ruche.

 PC embarqué sur l'Etna (© : JEAN-LOUIS VENNE)
PC embarqué sur l'Etna (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Derrière leurs écrans et grâce à de puissants moyens de communication, les militaires suivent, en temps réel, l'évolution de la situation et les agissements des différentes unités de la force. Et, ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'il ne s'agit pas de gérer quelques unités. Porte-aéronefs, frégates, sous-marins, bâtiments de ravitaillement, chalands de débarquement, unités terrestres, hélicoptères, forces spéciales, déminage... Le tout dans un cadre international et interarmées avec des capacités différentes suivant les pays... Pour le seul exercice Loyal Midas, plus de 4000 militaires sont rassemblés. Coordonner toutes ces forces n'est pas forcément une évidence. « Nous avons ici une trentaine de navires, 3 sous-marins, plus de 4000 hommes et 45 aéronefs. Ces forces proviennent de 8 pays différents. Tous utilisent des standards OTAN mais faire travailler ensemble autant de moyens, ce n'est pas évident. Il faut tester l'interopérabilité et s'entrainer afin de certifier non seulement l'état-major, mais aussi les différents groupes, comme le groupe amphibie ou le groupe de guerre des mines », explique l'amiral Gaudiosi, véritable chef d'orchestre de cette armada.




Un scénario à l'image des crises d'aujourd'hui

Pour se faire, Loyal Midas s'articule autour d'un scénario, élaboré en fonction du retour

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