Nautisme
Reportage : Petite immersion dans le monde du yachting

Reportage

Reportage : Petite immersion dans le monde du yachting

Nautisme

Un secteur de haute technologie, un concentré de savoir-faire, des navires splendides, beaucoup d'argent en jeu et toujours une grande discrétion. Le secteur du yachting est un monde à part dans l'univers maritime. Un univers auquel nous avons souhaité nous intéresser, à l'occasion du dernier Monaco Yacht Show, qui s'est déroulé à la fin du mois de septembre. Propriétaires, courtiers, constructeurs, équipementiers, sociétés de service... Tout le petit monde de la grande plaisance était réuni au pied du rocher. Pas moins de 78 yachts à moteur et 20 voiliers, longs de 25 à 86 mètres, étaient amarrés au Port Hercules. Et, en plus de cette armada, il y avait aussi le « off », avec une centaine de bateaux mouillés devant Monaco. Considéré comme le principal évènement yachting du monde, le MYS a été l'occasion, pour les 500 professionnels présents, de prendre le pouls du marché.

Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le yacht Quinta Essentia (© : CARLO BORLENGHI)
Le yacht Quinta Essentia (© : CARLO BORLENGHI)

La crise toujours palpable dans certains secteurs

Après avoir connu une incroyable croissance à la fin des années 90 et au début des années 2000, le secteur de la grande plaisance a été malmené par la crise financière et économique de 2008. Brutalement, les commandes ont cessé et de nombreux propriétaires se sont séparés de leurs bateaux, provoquant une saturation du marché. On a néanmoins observé des différences significatives suivant les catégories de navires. « Les unités de 25 mètres étaient un marché énorme, mais qui s'est effondré. Nous avons eu beaucoup de bateaux disponibles qui ne se louaient pas et de nombreux bateaux en leasing avec des gens qui ne payaient plus, ce qui a provoqué une chute des cours. Pour les navires entre 30 et 40 mètres, la période a été assez difficile et si les bateaux étaient trop vieux, personne n'en voulait », explique un courtier. Tout le monde s'accorde néanmoins à dire que, sur le plus haut de gamme, la crise n'a pas eu d'impact significatif : « Il y a encore beaucoup d'argent et des investissements sur le haut du panier. Sur les navires les plus grands et les plus luxueux, les commandes n'ont pas cessé, alors que le marché de la location se porte bien ». En clair, les clients les plus riches sont toujours très riches et investissent, alors que dans l'ensemble, les petites et moyennes fortunes sont plus sensibles aux aléas économiques : « Les propriétaires n'ont pas forcément perdu leur argent mais ils sont entièrement mobilisés sur leurs sociétés, qu'ils doivent gérer dans un contexte difficile ». De cette situation découle les perspectives de l'industrie, et plus particulièrement celles des chantiers : Une bonne visibilité pour les poids lourds du secteur, notamment Néerlandais et Allemands, passés maîtres dans l'art de réaliser de grands yachts ; un carnet de commandes plus indécis pour les constructeurs travaillant sur les tailles moyennes ; et une crise toujours palpable sur les petites unités.

Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Un optimisme affiché

Dans ce contexte, le Monaco Yacht Show était très attendu par les professionnels afin de connaitre les grandes tendances, découvrir les nouveautés, échanger au sein de la communauté du yachting, mesurer l'intérêt des clients et tenter d'évaluer l'évolution du marché à court et moyen termes. Avec plus de 28.000 participants entre le 21 et le 24 septembre, le salon a tenu ses promesses en matière de fréquentation. Côté business, on a réalisé de nombreuses rencontres et négociations, présenté ses derniers produits et, pour les plus chanceux, signé directement des contrats. Ainsi, un yacht turc de 42 mètres, arrivé à Monaco sous le nom de Nomade, a été vendu durant le salon et est reparti après avoir vu le nom Bar Tender peint à sa poupe avant l'appareillage. Le chantier hollandais Jongert a, quant à lui, profité du MYS pour conclure la signature d'une commande pour une unité de 46 mètres dessinée par Dubois.
De manière générale, les professionnels se voulaient donc optimistes à l'issue du MYS. « Cette année, nous avons reçu un grand nombre de clients, existants ou nouveaux. Tous nos yachts exposés ont fait l'objet d'un véritable intérêt et nous avons la sensation que le marché global continue - certes lentement ‐ sa croissance », explique Miriam Cain, de Camper & Nicholsons.

Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Billy Smith, vice-président du constructeur américain Trinity Yachts, relève pour sa part que les prises d'information ont été solides, sur les pontons comme lors des évènements qui se déroulent en marge du salon, comme les cocktails organisés dans les hauts lieux monégasques : « Le niveau d'intérêt a semblé meilleur que l'an dernier. Evidemment, si nous participons surtout au salon pour exposer les modèles uniques de superyachts, nous saisissons aussi l'opportunité de travailler nos relations professionnelles pendant tous les superbes événements tenus parallèlement ». Hein Velema, directeur général de Fraser Yachts à Monaco, affichait aussi son optimisme : « L'édition 2011 du salon a été positive avec beaucoup d'acheteurs avisés, de discussions sérieuses, des prix raisonnables et des négociations positives. La réussite d'une participation à un salon nautique n'est pas immédiate, nous devons analyser les rapports de nos agents brokers, bien qu'ils étaient tous extrêmement occupés avec les visites de bons clients et des demandes d'information tout au long des quatre jours du salon ». Et, du côté des équipementiers, c'est généralement le même son de cloche. « Le MYS affichait une sensation d'optimisme en dépit des bouleversements économiques et politiques ; il y avait une véritable atmosphère de confiance dans l'industrie de la grande plaisance. Il s'agissait pour nous du salon le plus plein, avec beaucoup de nouveaux clients, saluant nos efforts continus pour présenter une technologie de pointe adaptée à leurs désirs et besoins », explique par exemple Paul Cook, directeur des opérations de la société d'équipements électroniques ANT.

Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

« On ne sait pas comment la situation va évoluer »

A l'image du constructeur italien Benetti, qui a signé un certain nombre de contrats ces derniers mois, le secteur semble retrouver des couleurs. Pour autant, l'horizon n'est pas encore totalement éclairci et les professionnels, s'ils retrouvent un certain optimisme après plusieurs années noires, demeurent prudents : « Il y a du mieux mais on constate quand même pas mal d'attentisme en ce moment. Car on ne sait pas comment la situation va évoluer, notamment au niveau des marchés financiers », note un spécialiste. Et, si le très haut de gamme reste porteur, la situation est encore loin d'être évidente sur les plus petits yachts : « La crise demeure très présente sur ce segment et touche toute l'Europe, qui est un marché phare. Pendant longtemps, nous avions toujours une sortie de secours, dans la mesure où, si un pays européen était en difficulté, d'autres allaient bien. Aujourd'hui, la crise est globale et cela s'est traduit, ces dernières années, par un désastre pour certains acteurs du yachting », note-t-on chez un constructeur italien. Le nombre considérable de bateaux sur le marché a, toutefois, provoqué l'an dernier un rebond du marché de l'occasion, porté par le bref sursaut de l'économie mondiale en 2010. « Nous sommes très proches d'agents immobiliers avec beaucoup de ventes au niveau des navires d'occasion. Mais la compétition est très forte et les acheteurs espèrent réaliser le coup du siècle », confirme un courtier. Le secteur est, enfin, toujours confronté à la problématique de la monnaie, qui pénalise les chantiers européens : « Pour les clients américains qui veulent acheter en Europe, il y a un problème de taux de change entre l'Euro et le Dollar. Sur un yacht, cela se chiffre tout de suite en millions de dollars. Inversement, les Américains sont mieux placés pour vendre leurs navires ».

Le Slipstream, construit par CMN Yachts (© : GUILLAUME PLISSON)
Le Slipstream, construit par CMN Yachts (© : GUILLAUME PLISSON)

Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Lors du MYS 2011 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Un marché en profonde évolution depuis une quinzaine d'années

Longtemps resté très confidentiel, le marché du yachting a explosé il y a une dizaine d'années. « Entre les années 70 et les années 90, le marché est resté stable. Il faut dire que technologiquement, rien n'avait changé. La rupture est intervenue au début des années 90 avec l'arrivée des matériaux composites. Cela a provoqué un changement massif avec l'émergence des grandes productions. Nous avons aussi assisté, ces 10/15 dernières années, à une évolution importante au niveau des dimensions des bateaux », explique Maurizio Baldoni, directeur commercial et marketing du constructeur italien Arcadia Yachts. Cette évolution a provoqué une profonde mutation du

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