Marine Marchande
Reportage : Quand l'Airbus A380 prend le bateau

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Reportage : Quand l'Airbus A380 prend le bateau

Marine Marchande

Mer et Marine a assisté, vendredi dernier, au premier chargement commercial du nouveau roulier d'Airbus. Inauguré aujourd'hui, en Allemagne, dans la ville portuaire dont il porte le nom, le City of Hamburg a été réalisé aux chantiers ST Marine de Singapour. Après un mois et demi de navigation pour rejoindre l'Europe, le navire est arrivé à Pauillac (Gironde) le 15 janvier, où il a réalisé des essais avec les infrastructures du terminal. Cette escale achevée, le City of Hamburg a, ensuite, mis le cap sur l'estuaire de la Loire et le terminal roulier de Montoir. C'est là que nous l'avons retrouvé vendredi dernier, au moment où il embarquait un chargement dont la pièce maîtresse est un cockpit de gros porteur A380. Au fond du vaste garage du City of Hamburg, la partie avant de l'avion géant semblait d'ailleurs minuscule.

 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Depuis la livraison, en 2005, du Ville de Bordeaux, premier navire conçu pour le transport de tronçons d'Airbus, le retour d'expérience a conduit l'avionneur et ses partenaires (Louis Dreyfus Armateurs et Leif Hoegh, propriétaires des bateaux), à optimiser les espaces. Ainsi, le City of Hamburg est plus petit que son aîné et son garage est moins vaste. La partie haute est, notamment, encadrée sur chaque bord par des ponts à véhicules, qui serviront au transport de voitures lorsque le navire ne sera pas utilisé pour les besoins d'Airbus.

 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 Le garage du City of Hamburg (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Le garage du City of Hamburg (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Un navire optimisé par rapport au Ville de Bordeaux

« Il est très différent du Ville de Bordeaux, dont les volumes ne sont pas les mêmes. Nous avons ici un navire mixte qui a été conçu dès le départ pour pouvoir non seulement transporter des éléments d'avions, mais aussi des camions au pont principal et des voitures sur les ponts supérieurs et inférieurs », explique Gildas Diraison, second capitaine du City of Hamburg. En tout, les 8 ponts peuvent accueillir, potentiellement, jusqu'à 800 véhicules. La partie centrale du garage est, d'ailleurs, surplombée par une série de ponts amovibles, qui se relèvent ou se baissent en fonction du volume nécessaire aux différentes pièces aéronautiques. La manutention n'est pas automatique mais réalisée au moyen d'un releveur de ponts, le Deck Lifter.

Le Deck Lifter (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Le Deck Lifter (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Tous les éléments de l'avion, mais pas en même temps

Le nouveau roulier n'est pas à même, comme le « VBX », de transporter l'intégralité des éléments d'un A380. Avec le Ville de Bordeaux, l'idée était en effet, à l'époque, de faire passer le navire dans chacun des ports situés à proximité des sites de production d'Airbus (Hamburg, Mostyn, Saint-Nazaire, Cadix) afin de collecter les éléments et d'acheminer un avion entier jusqu'à Pauillac. (De là, la cargaison est transférée par barge puis par route vers le site d'assemblage de Toulouse). Mais la réalité industrielle montrera rapidement que les différents éléments réalisés aux quatre coins de l'Europe n'étaient pas forcement au rendez-vous du planning. LDA et Leif Hoegh ont donc conseillé au groupe aéronautique de réaliser de nouveaux bateaux à même de transporter tous les éléments, mais pas en même temps. Ainsi, le City of Hamburg peut, par exemple, soit embarquer les ailes de l'A380, soit son fuselage. Cette disposition évite de perdre de la place et d'immobiliser un navire en attendant qu'une usine livre un tronçon dont la réalisation a pris du retard. Le nouveau bateau répond, en revanche, aux mêmes exigences que son prédécesseur pour assurer la conservation en l'état des pièces, qui peuvent subir des contraintes durant le transit. Ainsi, des capteurs mesurent en permanence l'accéléromètrie ou encore l'hydrométrie dans le garage.

Cockpit d'A380 dans le City of Hamburg (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Cockpit d'A380 dans le City of Hamburg (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Tournée des sites européens d'Airbus

Comme toute nouvelle unité sortant de chantier, le City of Hamburg doit réaliser une série de tests dans les différents ports où il fera la collecte des pièces d'avions. « Il y a de petits réglages à faire, au niveau de la manoeuvre notamment. Il faut prendre ses marques et, dans chaque port, définir un plan d'amarrage en fonction du plan d'eau », précise Jean-Michel Pap, commandant du navire. Sur le City of Hamburg, l'une des difficultés réside notamment dans le fait que le bateau présente une importante prise au vent. Plus petit que le VBX, avec 25 mètres de moins, il est plus haut d'un pont et nettement plus massif, reprenant les lignes d'un car-carrier tels qu'on peut en voir chez Leif Hoegh. Son tirant d'eau est en outre plus faible que celui de son aîné, afin de permettre un accès plus aisé au port britannique de Mostyn, contraint par les marées. Le navire se révèle malgré tout stable, le typhon qu'il a traversé pendant son transit entre Singapour et l'Europe ayant servi de test grandeur nature. Afin de se familiariser avec ses nouvelles escales, le City of Hamburg aura testé, dans le mois qui vient, tous les ports qu'il doit desservir. De retour d'Allemagne, le bateau doit d'ailleurs repasser samedi à Montoir avant de mettre le cap sur le Royaume-Uni. A Montoir, l'escale de la fin de semaine dernière a été l'occasion d'un premier rodage, à la fois en matière de navigation et d'accostage, mais aussi en termes d'embarquements. Ainsi, en plus du cockpit d'A380, des JIG (berceaux de transport) sont montés à bord. Pour chaque élément, le chargement est réalisé minutieusement, les lourdes masses progressant lentement sous l'oeil attentif de l'équipage. Pour y pervenir, une traine, ressemblant à une longue chenille sur roues, déplace les éléments et les pose délicatement sur le pont avant de se retirer.

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Arrivée de berceaux dans le garage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Fermeture de la porte d'accès au hangar (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Fermeture de la porte d'accès au hangar (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Fermeture de la porte d'accès au hangar (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Fermeture de la porte d'accès au hangar (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

En attendant la montée en puissance de l'A380

Depuis 2005, le Ville de Bordeaux a été moins sollicité que prévu pour assurer le transport d'éléments d'A380. En cause, les retards accumulés sur le programme du gros porteur européen. Dans ce contexte, la livraison plus tardive que prévue du City of Hamburg a plutôt arrangé Airbus, qui a revu son organisation au travers du plan « Power 8 ». Alors qu'en 2008, seuls 12 A380 ont été livrés, l'avionneur a d'ores et déjà annoncé qu'il ne tiendrait pas son objectif de 21 livraisons en 2009. Par conséquent, alors que la réalisation du 52ème appareil a débuté, il faudra attendre la fin de l'année et surtout 2010 pour que le programme A380 monte vraiment en puissance. La possibilité d'utiliser les rouliers pour le transport de voitures devrait donc être mise à profit, d'autant que le sistership du City of Hamburg, le Ciudad de Cadiz, doit être opérationnel dans moins de six mois. En attendant que les trois navires puissent être occupés, des solutions alternatives sont à l'étude. On pourrait, par exemple, retrouver l'un de ces bateaux sur le transport de camions entre le Benelux et l'Espagne.

La passerelle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
La passerelle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La passerelle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
La passerelle (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Pont extérieur (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Pont extérieur (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Pont extérieur (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Pont extérieur (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Pont extérieur (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Pont extérieur (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le City of Hamburg devant le pont de Saint-Nazaire (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
Le City of Hamburg devant le pont de Saint-Nazaire (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Louis Dreyfus Armateurs