Croisières et Voyages
Reportage : Queen Victoria, la croisière retrouve ses fastes d'antan

Reportage

Reportage : Queen Victoria, la croisière retrouve ses fastes d'antan

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Coque noire, superstructures blanches, imposante cheminée rouge aux lignes bien connues... Escortée des jets d'eau de plusieurs remorqueurs et de nombreux petits bateaux venus l'admirer, une élégante silhouette a fait son entrée, le 7 décembre, dans le port de Southampton. Après seulement un an de construction, le Queen Victoria a été baptisé, en grande pompe, il y a tout juste une semaine, avant de débuter sa toute première croisière. L'occasion de découvrir, quatre ans après la livraison du Queen Mary 2, le dernier né de compagnie britannique Cunard. Construit aux chantiers italiens Fincantieri, à Marghera, près de Venise, le navire présente une longueur de 294 mètres, une largeur de 32.3 mètres et une jauge de 90.000 tonneaux. S'il est loin de concurrencer, en matière de taille, les plus gros mastodontes actuellement en service, le panorama offert au dernier de ses 16 ponts, c'est-à-dire à environ 54 mètres au dessus des flots, reste impressionnant.

Un QM2 miniature ?

Contrairement au Queen Mary 2, le Victoria n'est pas un géant. Le nouveau paquebot est même nettement plus petit que son aîné, dont la longueur atteint 345 mètres et la jauge 145.000 tonneaux. En termes de taille, le Victoria est de la même classe que le Millennium de Celebrity, où le Musica de MSC Cruises. La comparaison s'arrête néanmoins là car le nouveau fleuron de Cunard est marqué, comme les précédents liners de la compagnie, par cet esprit si particulier, perpétué au fil d'une tradition transatlantique séculaire. « Victoria est, très clairement, la digne héritière de la tradition et de l'élégance des Queens de Cunard. C'est un véritable liner, fruit de près de 170 ans de tradition et de légende. Nous portons une longue expérience des traversées et nos passagers seront ravis de la gamme de services et des installations proposées à bord », affirme Carol Marlow, présidente de la compagnie. Les classiques de Cunard sont au rendez-vous avec, par exemple, les fameux restaurants Britannia, Queen's et Princess Grill, ainsi que le Todd English. Avant la sortie du navire des chantiers de Marghera, on pouvait redouter que le Victoria ne soit qu'une simple copie, en miniature, du Queen Mary 2. Pendant la construction, les premières vues d'artistes des espaces publics avaient d'ailleurs renforcé cette appréhension. Le navire étant désormais opérationnel, ces craintes étaient-elles justifiées ? Quiconque connaît les deux bateaux sera forcé de constater que Victoria est une belle réussite en matière de design, de décoration et d'aménagement des espaces intérieurs. On notera à ce propos que le challenge était de taille pour le constructeur italien, tant le Queen Mary 2 avait été qualifié de « plus beau paquebot du monde » et de « navire de tous les superlatifs ». Aux côtés du plus grand transatlantique jamais construit, architectes et décorateurs sont parvenus à doter le Victoria d'une ambiance en ligne avec la tradition de la compagnie, tout en donnant au bateau une véritable personnalité.

Le retour de l'Art déco

Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter Emilie Bon. Après avoir travaillé un an et demi sur le QM2, un paquebot qu'elle affectionne tout particulièrement, l'hôtesse française vient de prendre son poste sur le Victoria. « Le Queen Mary 2 est un navire impressionnant mais on ne peut pas comparer les deux bateaux. Ce sont des produits très différents. Sur le Queen Victoria, les salles sont plus petites et plus cosy, avec énormément de détails au niveau de la décoration ». Rappelant les transatlantiques d'antan, le navire présente une architecture intérieure particulièrement raffinée. Le style Art Déco reproduit à merveille l'image de ces paquebots devenus mythiques, comme le Queen Mary ou le Normandie, géants des mers rivalisant de luxe et d'intérieurs somptueux. Bien que Cunard soit désormais une filiale de Carnival Corporation, ce n'est pas Joe Farcus, l'architecte du groupe américain, auteur de décorations aussi surprenantes que flamboyantes, qui s'est chargé du Victoria. Ce travail a incombé à la Britannique Teresa Anderson. « Ce navire est une continuité de la tradition, avec son style classique et art déco, mais il est aussi à la pointe de la modernité », explique-t-elle. Pour réaliser ce bijou de 300 millions de Livres Sterling, soit plus de 400 millions d'euros, les architectes ont eu massivement recours aux boiseries, aux marbres, aux peintures murales et aux mosaïques. Des centaines d'oeuvres d'art, sculptures ou peintures, ont été embarquées. On retrouve notamment, dans les escaliers desservant les ponts, des tableaux représentant les différents paquebots armés depuis 1840 par la compagnie, ainsi que les stars qui ont navigué sur ces navires. Parmi d'innombrables célébrités, Marlene Dietrich, Elisabeth Taylor, Laurel et Hardy ont été immortalisés et rappellent aux passagers cet âge d'or où le bateau était le seul lien entre l'Europe au nouveau monde. L'une des deux grandes suites porte, de même, le nom de Berengeria, nom du paquebot de Cunard sur lequel ou Joséphine Baker est arrivée à Cherbourg en 1925. Cette longue histoire maritime est d'ailleurs retracée au Cunardia Museum. On peut notamment y découvrir la coupe du Ruban Bleu, ce titre que se disputaient les grandes compagnies européennes. Il fallait, pour le conquérir, traverser l'Atlantique le plus vite possible. Cette course de vitesse donna lieu à une véritable émulation technique entre Français et Britanniques. Ainsi, en 1935, le célèbre Normandie s'empara du Ruban Bleu, avant que le Queen Mary, un peu plus d'un an après, batte un nouveau record, ralliant New York en seulement trois jours, 23 heures et 57 minutes.

Du sur mesure avec un bateau de série

C'est donc dans cette ambiance, sans cesse rappelée dans la décoration, que le passager va voyager. Entre le croisiériste lambda et le « Cunarder », on ne semble pas venir chercher la même chose. Dès l'embarquement, c'est une décoration assez frappante qui se dévoile, à mille lieues des intérieurs très « clinquants » de la plupart des paquebots modernes. Apte à émerveiller le passager, l'ensemble dégage un réel sentiment de chaleur et de sécurité. Très élégant, le grand hall d'accueil est un superbe espace à dominante blanche, dorée et marron. S'étalant sur trois ponts, le Grand Lobby se déploie sous une vaste rosace lumineuse éclairant un double escalier monumental, soutenu par de grandes colonnes. Comme sur le Queen Mary 2, la salle est dominée par une grande sculpture en bronze à l'effigie du navire. On y trouve notamment la réception, où les hôtesses renseignent 24H/24 les passagers, ainsi que le bureau des excursions, où les clients viennent s'inscrire aux différents itinéraires proposés lors des escales. La hauteur de plafond est, malheureusement, un peu juste au niveau de ces deux bureaux. Quarante ou cinquante centimètres supplémentaires auraient rendu l'espace plus aéré mais les architectes ont été contraints de composer avec la structure du navire. Dérivé de la classe Signature d'Holland America, une autre filiale de Carnival, le Queen Victoria n'a pas été, comme le Queen Mary 2, construit sur mesure. Initialement, le Victoria devait, d'ailleurs, être l'Eurodam d'HAL mais la compagnie a finalement décidé d'attribuer ce navire à Cunard. Il a donc fallu adapter la coque aux standards de l'armement anglais. Si le résultat est à la hauteur des espérances, il est vrai que le style Art Déco nécessite parfois de l'espace et une importante hauteur de plafond pour donner toute sa mesure, comme c'est le cas sur le QM2. La mutualisation des études des coques entre les différentes filiales de Carnival permet, néanmoins, de réduire les coûts par effet de série et donc de commander plus facilement des navires, ce qui n'aurait peut-être pas été le cas s'il avait fallu concevoir un nouveau vaisseau de la quille à la pomme de mât. Grâce à cette politique, le Queen Elisabeth 2, qui sera retiré du service en 2008, sera d'ailleurs remplacé par une unité neuve deux ans plus tard. Le nouveau paquebot sera un sistership du Victoria et, au niveau de sa structure, des deux Luminosa de Costa Croisières.

Théâtre avec loges et tea time à la salle de bal

Si les lignes de ces navires seront semblables, tous ces paquebots resteront très différents, imprégnés du style de chaque compagnie. Comme nous l'avons déjà évoqué, Cunard mise sur son cachet très « british » et une ambiance perpétuant les fastes des paquebots transatlantiques d'antan. En dehors de la partie basse du Grand lobby et de quelques bars situés à proximité, le problème de la hauteur de plafond a été très bien traité sur les autres espaces du navire. C'est notamment le cas pour la magnifique Queen's Room. Cette grande salle de bal, aux tons crème, est d'ailleurs beaucoup plus haute que celle du QM2. Elle dispose, contrairement au liner construit à Saint-Nazaire, d'une mezzanine où les passagers peuvent mesurer, depuis le pont supérieur, le travail d'orfèvre qui fut nécessaire en matière de décoration. Très lumineuse, la Queens Room se distingue par son somptueux parquet, qui sert de piste de danse, ses fines moulures et ses deux énormes lustres. C'est ici que se tient, tous les après midi, le « Tea Time », une tradition de Cunard. Les passagers viennent y savourer un thé accompagné de succulentes pâtisseries.
Autre endroit remarquable du bateau, le Royal Court Theatre est situé à l'avant. Très différent du théâtre du Queen Mary 2, le Royal Court, haut de trois ponts, arbore des tons rosés. D'une capacité de 830 sièges, la salle de spectacle, agencée comme un opéra, dispose de loges privées, ce qui est une première sur un paquebot. Au nombre d'une quinzaine, ces espaces privatifs sont accessibles sur réservation. Conçues pour deux personnes, les loges bénéficient d'un service personnalisé. Pour toute demande, à l'image des vieux théâtres, une pièce d'étoffe et son pompon argenté en tissu épouse le mur. Il suffit de l'actionner, comme une cloche, pour qu'un serveur arrive aussitôt. Côté technique, la salle n'a rien à envier aux équipements terrestres. Très profonde pour un paquebot, la scène dispose d'une fosse d'où danseurs et chanteurs surgissent des coulisses techniques situées en dessous. Chaque soir, des spectacles d'environ une heure animent ce lieu. Mêlant danse et chanson, la troupe officiant sur le Victoria passe de tableaux très modernes, à base de musique électronique et de costumes fluorescents, aux époques beaucoup plus classiques, l'apogée de l'empire victorien n'étant évidemment pas oubliée. Très dynamiques et saupoudrés d'une bonne dose d'humour anglais, les spectacles de la saison inaugurale du Queen Victoria sont plutôt réussis. La salle est même invitée à participer au show. Ainsi, les spectateurs suivent avec une serviette blanche tournoyant au dessus de leurs têtes le rythme de la musique ou, quelques chansons plus tard, agitent patriotiquement une multitude de drapeaux britanniques distribués par les serveurs. Le cliché n'est pas loin mais l'ambiance est garantie. On notera enfin que le Royal Court Theatre dispose d'un salon privé pour prendre dessert et café avant le spectacle.

L'art du service à l'anglaise

Quand un croisiériste opte pour une traversée avec Cunard, l'une de ses principales motivations réside dans la qualité du service à bord. Réputé impeccable, ce dernier, partie intégrante du standing sur les liners, est marqué par un style très anglais et une vieille tradition des traversées dans le luxe et le bon goût. Après avoir été accompagné dans le dédale des coursives jusqu'à sa cabine, trajet durant lequel un groom s'est occupé du transport des bagages, le passager est accueilli par un steward. Chargé de veiller au bien être des clients, il présente la cabine et se tient à la disposition de ses occupants pour toute demande. En tout, le paquebot compte 1007 cabines et suites, dont 86% ont une vue sur la mer. La proportion de logements disposant d'un balcon (plus de 7 sur 10) est nettement plus importante que sur les bateaux des générations précédentes. Les cabines sont réparties en différentes catégories, de la cabine intérieure, sans hublot et d'une surface de 14 m², aux immenses suites Aquitania et Berengaria, s'étalant sur près de 200 m² à l'arrière du navire (et disposant en plus de 100 m² de balcon privé). Voyager dans ces suites n'est, on s'en doute, pas à la portée de toutes les bourses. Pour avoir le privilège de poser ses valises dans ces logements de rêve, il faudra compter environ 25.000 euros par semaine ! Plus accessibles, bien que restant à un prix élevé compte tenu de leur surface et des services qu'elles incluent, les Queens et Princess Suite sont de très belles cabines de 32 à 72 m². Corbeille de fruits frais, orchidées et bouteille de champagne attendent les passagers à leur arrivée. En plus du steward qui range, nettoie et prépare la cabine matin et soir, les Queens et Princess bénéficient d'un service de concierge et de majordome.
Aux petits soins, les majordomes font preuve d'un professionnalisme remarquable. Tous ont bénéficié d'une formation très poussée dans les écoles britanniques, réputées dans le monde entier pour la formation de ces personnels. « Nous sommes là pour répondre à toutes les demandes des clients et faire que leur traversée se déroule parfaitement. Quand ils le souhaitent, ils peuvent nous appeler et nous intervenons immédiatement », explique Binu, majordome sur le Queen Victoria. Plus que répondre aux demandes, l'équipage doit également savoir anticiper les besoins des passagers. « Devez-vous faire repasser votre costume ? », s'inquiète ainsi Binu, juste après avoir présenté la cabine et jeté un coup d'oeil aux bagages. Très pro, le majordome sait très bien qu'un séjour dans l'avion a pu laisser quelques faux plis au costume qui servira, dans deux heures, pour une grande soirée habillée. Impressionnant de réactivité, Binu a également repéré, sans avoir eu besoin de le lui dire, que le client était fumeur. Cinq minutes plus tard, il revient avec un cendrier, précisant au passage qu'il est préférable de consommer sa cigarette sur le balcon.

Les cabines. Un îlot de confort

Les cabines du paquebot sont à l'image du service. Très bien agencées, dans des coloris doux, elles dégagent une réelle impression de confort. Les passagers ayant opté pour une Queens ou une Princess suite sont particulièrement bien lotis. Disposant des mêmes équipements mais plus grandes, les catégories Q présentent une entrée très spacieuse. Un bureau y est installé, avec toutes les informations pratiques, des enveloppes et du papier à lettre personnalisé. Un bar, avec de grands verres et une sélection d'alcools choisis par le passager, fait face au bureau. Au fond, près de la baie vitrée s'ouvrant sur le large balcon, on trouve le salon, avec canapé et petite table, orientés vers un grand écran plat. Interactive, la télévision permet d'accéder à différents services, comme le petit déjeuner en cabine, les excursions, les mails, les chaînes par satellite ou la location de films. Même si cette formule présente un choix esthétique discutable, cette télévision est collée à un second écran plat, cette fois-ci orienté vers le lit « king size » depuis lequel on peut observer la mer via une large fenêtre. Un autre bureau est niché entre le lit et la salle de bain. Derrière la porte, douche et baignoire (avec fonction bain à remous) sont logés dans une pièce recouverte de marbre. Le passager y trouvera différents types de savons et gels, ainsi que des sels de bain, contenus dans une petite boite en bois exotique. On notera que les WC sont séparés, installés dans une pièce attenante, où se trouve également évier et grande glace pour la petite toilette ou pour les « finitions » avant les soirées. Enfin, ces cabines disposent d'une grande penderie et d'un balcon d'une belle taille, où l'on peut apprécier sans modération et en toute tranquillité la mer. Ce lieu est aussi idéal pour prendre son premier café du matin.
De manière générale, les cabines sont très réussies, y compris les petites cabines intérieures. Certes, ces dernières ne disposent pas d'un espace comparable aux suites, mais elles demeurent très fonctionnelles et confortables. On notera, de plus, qu'une croisière n'est pas faite pour rester dans sa cabine et que, dans ces conditions, nombre de passagers se satisfont pleinement de logements plus petits. Un bémol est à relever au niveau de la climatisation, mais cette remarque concerne malheureusement la quasi-totalité des paquebots récents. Ne pouvant être coupée, la climatisation comporte un appareil situé au dessus du lit. Bien que relativement silencieux, il dégage suffisamment de bruit pour pouvoir incommoder les passagers au soir de leur première nuit à bord. La raison de cette disposition est assez simple. Elle permet aux compagnies d'éviter que la clientèle n'abuse de la climatisation, dont l'utilisation, multipliée par 1000 cabines, se ressent vite sur la consommation en carburant du navire.
Une autre remarque concerne plus spécifiquement les passagers non-anglo-saxons, comme les Français. Il convient de prendre garde aux appareils électriques, tels les téléphones portables et rasoirs. Comme les autres unités de Cunard, le Victoria ne dispose que de prises britanniques et américaines de 110 et 220 Volts. Mieux vaut donc ne pas oublier les adaptateurs avant d'embarquer.

Restauration : Les classes n'ont pas totalement disparu

Cunard a forgé une bonne partie de sa réputation sur la restauration. Aux commandes des cuisines depuis 2004 et l'entrée en service du Queen Mary 2, le chef français Jean-Marie Zimmerman a conçu une carte pour les gourmets. Du homard au menu végétarien, des mets aussi divers que variés, dont de nombreux plats français, sont proposés dans les différents restaurants du paquebot. La cave est, elle aussi, très riche, avec plusieurs centaines de références. Si le système des classes, tel qu'on le connaissait sur les transatlantiques d'antan, a pour ainsi dire disparu, Cunard a tout de même conservé une partie de cette tradition au niveau de la restauration. Ainsi, les passagers des suites sont les seuls à avoir accès aux Queens et Princess Grills. Ces très élégants restaurants de 120 et 130 couverts sont situés au pont 11, juste sous la cheminée. Donnant sur de larges baies vitrées dominant la mer, les deux salles, très intimes, plongent le passager dans une atmosphère chic et feutrée. Sur les tables parfaitement ordonnées, la traditionnelle porcelaine Wedgood et les verres en cristal Waterford étincellent. Côté nourriture, on y déguste les plats renommés de l'art culinaire, tels le homard thermidor, la Sole de Douvres ou le Chateaubriand. Les deux Grills donnent sur le Courtyard, un très joli restaurant en plein air niché au coeur d'un patio. La présence d'une fontaine, de réverbères et de tables et chaises en fer forgé donne à ce lieu un cachet atypique. Enfin, un très beau salon panoramique permet aux passagers des suites, avant ou après le déjeuner ou le dîner, de prendre un verre dans de grands canapés et fauteuils jaunes, installés sous une magnifique rosace lumineuse. Tables en bois sombre, lampes dorées avec abat-jours noirs et colonnes recouvertes de boiseries complètent le décor du Grills Lounge, qui dispose aussi d'une terrasse extérieure.
Pour ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir une suite, le déjeuner et le dîner sont servis au Britannia. Comme sur le Queen Mary 2, le principal restaurant du bateau est aussi un des lieux les plus magiques. Rappelant l'opulence des grandes salles à manger des anciens transatlantiques, ce restaurant se déploie sur deux ponts et peut accueillir jusqu'à 900 convives. Moins impressionnant car moins haut de plafond que le Britannia du QM2, il n'en reste pas moins très beau et demeure peu bruyant, même quand un millier de personnes mangent au même moment. Le bois y est très présent, alors qu'au centre, une magnifique sculpture en verre et en bronze, en forme de globe, attire immédiatement le regard. La localisation du restaurant, à l'extrême arrière du navire, permet aux tables du fond d'apprécier leur repas en observant le sillage du paquebot. La cuisine y est traditionnelle, avec divers choix de hors d'oeuvres, poissons, viandes et desserts. A noter que le Britannia est ouvert au petit déjeuner.
Pour les amateurs de cuisine gastronomique et de saveurs méditerranéennes, un restaurant spécifique, le Todd English, est logé au pont 2. Accessible à tous les passagers, il nécessite une réservation et un supplément, par personne, de 15 dollars le midi et 20 dollars le soir. Ce restaurant est sans aucun doute plus abouti que son équivalent sur le Queen Mary 2, qui s'était notamment révélé assez bruyant et légèrement trop petit. Le Todd English du Victoria est un lieu très chaleureux, avec ses banquettes rouge sombre, ses chaises en tissu blanc et armatures en bois foncé, ainsi que de fins voiles tombant depuis le plafond.
Le Lido Restaurant est un autre lieu où l'on sent que Cunard a profité du retour d'expérience de son précédent liner. Organisé sous forme de buffet, ce lieu a bénéficié d'une attention plus poussée que sur le King's Court du QM2, auquel on pouvait reprocher un certain côté « cantine », qui tranchait avec le standing général du navire. Accessible toute la journée dans une ambiance décontractée (on peut y manger en tenue de sport), le Lido propose une nourriture très variée, du saumon fumé au melon en passant par les plats en sauce, les pizzas ou encore le hamburger pour les petites faims en sortie de boite de nuit. Les tons y sont bleus et crèmes, avec une disposition moins linéaire des tables et l'ajout d'un certain nombre d'éléments décoratifs et de plantes afin de scinder ce vaste espace en plusieurs parties.

Du bar à champagne au Cigar Lounge

A l'instar de nombreux autres paquebots modernes, le Queen Victoria dispose de très nombreux bars aux univers éclectiques. Au Golden Lion Pub, où l'on peut également manger, le passager retrouvera l'ambiance des pubs anglais. Dans un style complètement différent, le Café Carinthia propose des dégustations de thés et de cafés avec pâtisseries et viennoiseries, alors qu'au bar Veuve Clicquot, on appréciera le célèbre champagne français sous un grand tableau représentant l'ancien Queen Mary. Le paquebot comprend bien d'autres lieux où prendre un verre, comme la Chart Room, la salle de bal, l'Admiral's Lounge ou encore le Churchill's Cigar Bar. Situé tout en haut du navire, sur l'avant, cette salle rappelle les fumoirs des anciens paquebots. Dans un grand canapé, les « Cunarders » dégustent leur cigare et leur verre de cognac sous l'oeil malicieux d'un ancien premier ministre anglais, immortalisé sur une photo en noir et blanc, cigare aux lèvres à la timonerie d'un navire. Donnant sur l'extérieur, le fumoir est situé à côté du salon Hemispheres, l'une des principales nouveautés du Queen Victoria. Ce superbe endroit, recouvert d'un dôme en verre et ouvert sur 270 degrés sur la mer et le pont piscine, est particulièrement réussi. Surplombant le très beau parquet de la piste de danse, un impressionnant lustre domine le salon, entouré de tables et fauteuils. A la nuit tombée, l'éclairage légèrement tamisé, se mariant parfaitement avec les reflets des rideaux en velours, fait de cet endroit l'un des plus beaux espaces publics du paquebot. Pouvant être utilisé pour les conférences, Hemispheres sert également de discothèque. On notera, toujours au pont 10, la présence du Commodore Club, à l'extrême avant. Situé juste au dessus de la passerelle, ce salon très « classe » offre une vue imprenable sur la proue du navire. Enfin, le Jardin d'hiver du Victoria est très différent de celui du QM2. Installé au même niveau que le pont piscine, le Winter Garden se déploie sous une verrière amovible, qui se replie par beau temps. Ce salon, avec ses palmiers et ses fauteuils en osier, recrée une ambiance typiquement coloniale.

Smoking et robes longues : Des soirées guindées ?

Traditionnellement, pour chaque croisière sur un navire de Cunard, une ou plusieurs soirées « habillées » sont organisées. Robes de soirée pour les dames, smoking ou costume sombre pour les messieurs... Les passagers, ainsi apprêtés, se rendent d'abord au restaurant puis au spectacle ou dans les différents bars et salons du navire. Au milieu des paillettes, chapeaux, robes étincelantes et smokings impeccables, tous les passagers peuvent-ils se sentir à leur place ? « Au début, quand on n'a pas l'habitude, on appréhende », reconnaît Micheline, qui n'était pas jusqu'à sa première traversée avec Cunard, une habituée de ce genre de cérémonial. La retraitée française, simple employée de bureau quand elle était en activité, en a profité pour revêtir, pour la première fois, une robe de soirée. Verdict le lendemain ? « Quand on est au milieu de tout le monde on s'aperçoit que les passagers sont tous là pour faire la fête. En définitive, les gens sont très simples et, rapidement, on ne pense même plus qu'on a une robe de soirée. On ne pense qu'à s'amuser ». Loin d'être guindée, Micheline décrit une ambiance plutôt bon enfant dans laquelle elle se sent parfaitement à l'aise. Pour Rémi Arca, président de Cunard France, le public français se fait souvent une fausse idée de ces soirées habillées qui n'ont, au final, rien de vraiment contraignant. « C'est exactement comme si vous alliez à l'opéra. Vous faites un effort pour vous habiller mais c'est avant tout un plaisir ».

Que faire à bord ?

En dehors des bars et restaurants, le Victoria recèle une multitude d'activités grâce auxquelles il semble bien difficile de s'ennuyer. « Il y a maintenant extrêmement de chose à faire à bord des paquebots. Ce n'est d'ailleurs pas la peine de prendre un livre puisque vous n'aurez pas le temps de le lire ! Généralement, au bout d'une semaine, les gens se rendent comptent qu'ils n'ont même pas pu tout faire de ce qui était proposé », affirme Rémi Arca. Outre les spectacles au Royal Court Theatre et les animations musicales proposées dans les salons et à la Queens Room, le paquebot dispose de plusieurs piscines. Deux d'entre-elles sont extérieures, une au centre et l'autre sur l'arrière, chacune étant bordée de bains à remous et de dizaines de transats sur lesquels les passagers peuvent profiter du soleil. Le Victoria est également équipé d'un vaste centre de remise en forme, le Cunard Royal Spa & Fitness Center, où l'on trouve une superbe piscine intérieure aux rebords en bois, dans laquelle se jettent deux fontaines. Si ce centre n'est pas géré, comme celui du QM2, par la célèbre firme américaine Canyon Ranch, il propose néanmoins tous les équipements et soins que l'on peut attendre d'un grand Spa : Hammam, sauna, balnéothérapie, aromathérapie, salles de massage, coiffeur et visagiste... De même, le centre dispose d'une salle de relaxation où les passagers, allongés sur des fauteuils en pierres chauffantes, peuvent se détendre face à la mer. L'accès à ces différents services est, bien entendu, en supplément du prix de la croisière et son coût varie considérablement suivant les prestations choisies. Il en va de même pour la salle de sport, dotée de plusieurs dizaines de machines (cardiotraining, altères, rameurs, vélos d'appartement...). L'utilisation des appareils est libre mais les clients peuvent aussi, en achetant un forfait, se payer des cours particuliers auprès des professeurs. Côté sport toujours, les amateurs de jogging seront comblés par le Victoria, dont le pont promenade fait le tour du bateau, en passant à l'arrière au niveau devant les baies vitrées du Britannia. Cela représente un parcours de plus de près de 700 mètres ! Un terrain est dans le même temps disponible à l'avant pour une petite partie de tennis, alors que des cours, organisés sur les ponts extérieurs le matin, complètent l'offre en matière d'activités sportives.

Galerie commerciale et 6000 ouvrages en bibliothèque

Les passagers n'étant pas attirés par les activités physiques ne sont pas oubliés. Bien qu'il paraisse assez difficile d'avoir le temps de lire un livre au cours d'une croisière, le Queen Victoria présente la première bibliothèque embarquée conçue sur deux niveaux. Rassemblant quelques 6000 ouvrages dans différentes langues, dont le Français, « The Library » est une très jolie pièce recouverte de boiseries avec, en son centre, un escalier en colimaçon desservant ses deux étages. Un paquebot, c'est aussi la possibilité de faire du shopping en mer et donc de profiter d'achats détaxés. Bijoux, parfums, cigarettes, vêtements et maroquinerie de grandes marques... Les boutiques se succèdent le long de la Royal Arcade, au pont 3, qui prolonge une galerie d'art où sont exposées de nombreuses toiles. La Royal Arcade s'ouvre, en son centre, sur le pont inférieur, où se situent le casino et le Golden Lion Pub. Avec ses colonnes en marbre, ses ferronneries et son grand escalier se déployant autour d'une grosse horloge, ce lieu est un autre petit bijou architectural du navire.
Côté distraction, on trouvera la traditionnelle salle de cartes et, pour les enfants, un espace dédié, la Play Zone, qui comprend divers animations et autres jeux vidéo pour occuper les jeunes passagers, jusqu'à 17 ans. Et puis, pour rester en contact avec la terre, une salle Internet a été installée au pont 1, près de la réception. Gardant un style très classique, malgré la présence des ordinateurs et des webcams, l'Internet Center est accessible à tous mais, les liaisons s'effectuant via satellite, les connexions restent onéreuses, dépassant 1.5 dollar la minute.

Une attention particulière pour les Français

Sur le Queen Victoria, comme sur les autres navires de la flotte Cunard, on parle Anglais. Si, pour un nombre croissant de passagers français, la langue de Shakespeare n'est plus un problème, d'autres clients potentiels sont encore assez réticents à l'idée de séjourner dans un monde dont ils ne maîtrisent pas le langage. C'est pourquoi la compagnie a mis en place un programme destiné à accompagner les nationalités minoritaires les plus représentées à bord. C'est le cas pour les Allemands, Espagnols et Français. Sur un paquebot de 2000 à 2600 passagers, jusqu'à 200 Français peuvent embarquer. « Ils ont souvent besoin de savoir que quelqu'un de l'équipage parle leur langue. Ils se renseignent beaucoup, souhaitent savoir ce qui se passe à bord et désirent avoir des informations quotidiennement », explique Emilie Bon. L'hôtesse francophone du Victoria est là pour encadrer ces passagers et répondre, à n'importe quelle heure, à leurs différentes questions. En plus de ce soutien, les annonces les plus importantes sont diffusées en Français, alors qu'un journal spécifique, avec l'actualité du bord, est déposé chaque jour dans les cabines. Enfin, dans les restaurants, où la lecture d'une carte en anglais peut rapidement tourner au cauchemar, les menus sont traduis pour permettre à chacun de savoir quoi choisir. Au niveau de l'équipage, l'essentiel des personnels ne parlent pas notre langue, seuls une douzaine de nos compatriotes travaillant actuellement sur le Victoria. Toutefois, les clients hexagonaux peuvent profiter, indirectement, de l'embauche massive de Mauriciens dans l'industrie de la croisière, des membres d'équipage qui comprennent et parlent souvent le Français.

Le royaume du café à moins de 1 euro

Et les tarifs dans tout cela ? Si les croisières sur le Queen Victoria ne sont évidemment pas gratuites, elles restent toutefois accessibles, surtout aux vues des prestations offertes et du standing proposé par Cunard. En fonction de la cabine et des croisières choisies, certaines traversées sont même plus qu'abordables. Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir la brochure de la saison 2008. Ainsi, pour une traversée de 10 nuits en avril prochain, vers les Canaries, le Portugal et l'Espagne, avec départ et arrivée à Southampton, la cabine intérieure est proposée à partir de 2100 euros par personne. Les prix pour une cabine avec balcon démarrent à 2880 euros, la Princess Suite à 4640 euros et la Queens Suite à 5930 euros. A noter que sur cette traversée, la Grande Suite sera facturée quelques 20.660 euros ! Comme pour toute croisière, les clients peuvent, en parallèle, bénéficier de réductions en achetant leur voyage à l'avance. Ainsi, la cabine intérieure peut tomber à 1590 euros et la cabine avec balcon à 2290 euros. Quelques traversées d'une semaine, où même de quatre jours (mai 2008 avec escale au Havre) sont également proposées. Ainsi, du 20 au 27 mai prochain, le Queen Victoria proposera une croisière de 7 nuits vers les fjords norvégiens. Les tarifs, réductions comprises, oscillent entre 890 euros (cabine intérieure) et 2150 euros (Queens Suite) par personne, la cabine extérieure avec balcon étant donnée à 1190 pour une réservation avant fin janvier. Les tarifs ne sont donc pas très éloignés de ceux pratiqués pour des croisières destinées à une clientèle plus orientée vers le grand public. « Les prix sont tellement proches de ceux pratiqués par les compagnies de masse que les gens devraient vraiment jeter un coup d'oeil aux tarifs. Il pourront mesurer ce qu'on offre pour un petit supplément par rapport aux autres compagnies et être convaincus de tenter l'expérience car ça en vaut vraiment la peine », explique Rémi Arca.
Au prix de la traversée, qui comprend la pension complète et l'accès aux spectacles et animations, il convient d'ajouter certaines prestations. C'est notamment le cas des soins pratiqués au spa, des excursions proposées par la compagnie lors des escales et, bien entendu, du casino et des boissons consommées dans les bars et restaurants. Sur le Victoria, un petit coup d'oeil à la carte est assez instructif. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, les prix pratiqués ne sont pas exorbitants, loin s'en faut, d'autant qu'ils sont en dollars. Pour le passager européen, cela représente donc, d'emblée, une réduction de 40 à 50%, compte tenu de la parité euro/dollar. Le café (espresso) est facturé 1.75 dollars (0.94 euro) alors que le verre d'alcool fort est à 5 dollars (2.75 euros) et la coupe de champagne Veuve Clicquot à 12.25 dollars (6.75 euros). La devise américaine constitue donc une véritable aubaine pour les Européens. Cunard, comme d'autres compagnies, compte d'ailleurs sur cette situation pour conquérir de nouveaux clients en Europe, second marché mondial de la croisière après les Etats-Unis.

Tour du monde et rendez-vous exceptionnel des trois Queens à New York

A la différence du Queen Mary 2, taillé pour affronter les conditions difficiles d'une traversée par l'Atlantique Nord, le Queen Victoria est un navire conçu pour des croisières plus « traditionnelles », au sens moderne du terme. Pas de transatlantiques donc, à l'exception des traversées de repositionnement, mais des voyages plus touristiques, avec de nombreuses escales. Cunard propose notamment des croisières haut de gamme sur des itinéraires où sont généralement opérés des navires plus dévolus à la « croisière de masse ». Le Victoria aura, en revanche, tendance à proposer des séjours plus longs, de 10 à 14 nuits, contre une semaine généralement. L'autre grande spécificité du paquebot, comme les autres Queens, sera les tours du monde. C'est avec l'une de ces grandes traversées océaniques que le bateau débute sa carrière commerciale, après une série de mini-croisières en Europe. Cette grande tournée internationale le conduira vers le continent américain, Hawaii, l'Australie, Singapour ou encore Dubaï. En tout, le tour du monde comprendra une centaine de nuits aux quatre coins de la planète, jusqu'au printemps 2008. Ensuite, le navire croisera en Europe du nord, de la Baltique aux fjords norvégiens en passant par la Russie, se rendra aux Canaries puis sillonnera la Méditerranée. Enfin, le 11 décembre 2008, il quittera Southampton pour rejoindre les Caraïbes, avant de passer Noël en plein Atlantique et la Saint-Sylvestre à Vigo, en Espagne.
Mais, avant cela, Cunard va renouer avec les grandes heures des traversées transatlantiques, lorsque des dizaines de paquebots quittaient l'Europe pour rejoindre les Etats-Unis. Le 6 janvier, Queen Victoria quittera Southampton et naviguera vers New York en compagnie de son illustre aînée, Queen Elizabeth 2. Les deux navires rejoindront dans le port américain le Queen Mary 2 pour des retrouvailles historiques. Trois liners en même temps à New York, cela ne s'est pas vu depuis plusieurs décennies! Les trois reines démontreront, au cours de cette escale exceptionnelle, que non seulement la tradition de la compagnie perdure, mais qu'en plus elle reprend de la vigueur.
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