Science et Environnement
RespectOcean : «Mettre en valeur les entreprises qui s’engagent vis-à-vis de la mer»

Interview

RespectOcean : «Mettre en valeur les entreprises qui s’engagent vis-à-vis de la mer»

Science et Environnement

Ses traversées océaniques en planche à voile l’ont rendu célèbre, mais Raphaëla Le Gouvello est aussi une scientifique accomplie et engagée. Docteure vétérinaire spécialisée en aquaculture et environnement, elle a récemment soutenu une thèse en économie au laboratoire d’économie et de droit de la mer UMR-AMURE. Elle a aussi créé RespectOcean une association qui fédère et promeut les entreprises qui portent solutions, innovations et pratiques plus durables en faveur de la protection de l’océan. Elle accompagnera ainsi cinq entreprises (eOdyn, Airseas, LittoMatique, Neoline, et Wipsea) au ChangeNOW Summit (1), qui se déroulera du 30 janvier au 1er février au Grand Palais. Il doit rassembler des milliers de participants du monde entier qui ont en commun d’imaginer des solutions pour une économie plus durable.

MER ET MARINE : Comment est né le réseau RespectOcean, en 2013 ?

RAPHAELA LE GOUVELLO : Je me suis dit qu’il serait intéressant de créer un réseau pour montrer et mettre en valeur des entreprises qui s’engagent vis-à-vis de la mer. Un réseau qui serve un peu de locomotive et d’interlocuteur privilégié. On s’est rendu compte que cela n’existait pas vraiment et j’ai proposé l’idée à la Région Bretagne.

Dans quels domaines travaillent la cinquantaine d’entreprises adhérentes ?

Elles sont de tous secteurs confondus. Leur point commun est d’avoir un lien avec la mer. Parfois, c’est un peu indirectement comme, par exemple, Rainett (marque de produits d’entretien qui utilise des flacons en plastique recyclé, NDLR) pour qui la question est d'éviter les plastiques en mer. On a une diversité du monde de l’entreprise qui fait la richesse des échanges. Cela va de la start-up avec quelque chose de complètement nouveau à la grosse société. Dans leurs pratiques, leurs métiers, les produits ou services qu’elles développent, il y a vraiment la recherche d’un mieux-disant et peut-être d'aller encore plus loin dans un engagement positif. Souvent, les entreprises sont dans une logique de réduction des impacts, mais elles peuvent aussi faire des choses carrément positives pour restaurer ou préserver.

Comment les avez-vous réunies ?

D’abord par lien de relation de confiance. Des entreprises que je connaissais ont été partantes tout de suite. Je savais ce qu'elles faisaient et elles étaient de bons leaders, chacune dans leur domaine.
Pour elles, RespectOcean c’était un peu nouveau, dans la mesure où ce n’est pas un réseau professionnel pour défendre une sorte de lobby ou de corporation, mais plutôt pour montrer que, d’une manière transversale et intersectorielle, le monde économique peut se parler et aussi parler à d’autres interlocuteurs, comme les associations, les institutions. Il y avait l’idée de renforcer le dialogue. Cela permet à des entreprises de se rendre compte qu’elles ne sont pas seules, qu’elles ont de bonnes idées, peuvent les partager et avancer mutuellement. C’est un espace d’échange, de dialogue, d’émulation, de motivation et d’avancement.

Par la suite, on a créé une association vraiment indépendante en 2018. Nous avons embauché une déléguée qui a fait un énorme travail à la fois de prospection et pour faire connaître le réseau. Si bien, que aujourd'hui, ce sont plutôt les entreprises qui viennent vers nous.

Que viennent-elles chercher au sein de l’association ?

Il ne faut pas se cacher, les entreprises viennent chercher une part de communication dans RespectOcean. Mais, au fond, quand c'est de bonnes idées, de bonnes solutions, de bons exemples, pourquoi ne pas les porter à la connaissance de tous, cela permet de faire bouger les lignes.

Elles vont aussi être présentes à des instances où elles ne sont pas d’habitude. Typiquement, le ChangeNow Summit. Ce sont des opportunités un petit peu différentes de ce que font les entreprises d'habitude en terme de communication. Elles vont pouvoir prendre la parole dans des instances pour apporter un témoignage, mais on est sorti du discours de corporation. Par exemple lors de la COP 21, RespectOcean a organisé des tables rondes, des événements. Les entreprises ont pu parler de ce qu’elles faisaient, mais cela faisait partie des tables rondes autour des enjeux climatiques. On nous a aussi demandé de prendre la parole au colloque national sur les aires marines protégées. RespectOcean est également partie prenante de la plateforme Océan et Climat. À ce titre, on participe complètement à la réflexion et aux discussions pour faire comprendre que l’océan est un bien commun de l’humanité.

Quels sont vos interlocuteurs du côté des pouvoirs publics ?

Principalement la Région Bretagne. On essaie d’essaimer, mais on a un positionnement en Bretagne fort avec près de 50 % des adhérents qui sont dans le Grand Ouest. J’étais convaincue dès le départ, comme la Région Bretagne, que pour créer du réseau et faire avancer les choses, il faut créer des boucles vertueuses localement. Ce sont des relations de proximité qui se créent avec des acteurs. Ils ne sont pas forcément de secteurs professionnels commun, mais ils sont dans le même coin. Par exemple, ils s’approprient ensemble des enjeux du littoral breton. Ils participent finalement à ce qui se passe en construction locale. On a du soutien de la Région Bretagne et l’idée ça serait de pouvoir continuer à faire ça avec d’autres régions littorales en France. Après, évidemment, on tient au courant les ministères et instances nationales, mais nous sommes plutôt une démarche « bottom-up ». On part du terrain, on essaie de démontrer que ça a du sens et on fait des boucles de plus en plus larges.

Propos recueillis par Gaël Cogné, © Mer et Marine, décembre 2019

(1) À l’occasion du ChangeNOW Summit, RespectOcean lance un concours permettant de gagner deux pass pour des start-ups, entreprises, ou porteurs de projet à visée économique qui proposent une solution pour préserver l’océan. Envoyer un mail à RespectOcean avec une brève présentation du projet avant le 20 décembre 2019.