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Défense

Reportage

Retour sur le premier grand déploiement de L’Adroit

Défense

Parti le 17 janvier de Toulon, le patrouilleur hauturier d’expérimentation L’Adroit est rentré à sa base varoise le 11 juillet, au terme de son premier grand déploiement. Livré en octobre 2011 et admis au service actif en mars 2012, ce prototype de la gamme d’OPV (Offshore Patrol Vessel) du type Gowind a été réalisé sur fonds propres par DCNS et mis à disposition de la Marine nationale pour une période de trois ans. L’année dernière, le PHE avait déjà réalisé différentes missions, notamment de surveillance des approches maritimes et de contrôle de la pêche au thon rouge en Méditerranée, tout en poussant jusqu’en Afrique du sud afin d’être présenté aux autorités de ce pays, auquel DCNS propose d’acquérir des patrouilleurs de ce type.  Le partenariat noué entre le groupe naval français et la Marine nationale compte en effet plusieurs aspects. Il implique que les marins utilisent L’Adroit pour leurs besoins opérationnels, ce qui intéresse évidemment les militaires compte tenu de la pénurie actuelle de patrouilleurs, avec en plus l’opportunité de tester de nouveaux systèmes et, ainsi, préciser les besoins dans le cadre de futurs programmes, comme celui des bâtiments de surveillance et d’intervention maritime (BATSIMAR). 

 

 

L'Adroit (© : DCNS)

L'Adroit (© : DCNS)

 

 

Pour DCNS, Gowind OPV, qui n’existait il y a encore trois ans qu’à l’état virtuel, peut être éprouvé à la mer, ce qui permet au groupe naval de valider son architecture et, à l’épreuve de la réalité, de profiter du retour d’expérience des marins pour améliorer certains points. Enfin, le PHE sert de vitrine flottante lors de ses différentes escales à travers le monde, offrant la possibilité aux industriels français de mettre en avant leurs produits auprès des visiteurs étrangers, renforçant le potentiel de ventes à l’export.  Cela est d’ailleurs non seulement valable pour DCNS, mais aussi pour différentes sociétés, françaises ou européennes, impliquées dans le programme et mettant à disposition des équipements. On citera par exemple Thales pour la guerre électronique, Sagem pour la détection électro-optique et la conduite de tir, Lacroix pour les lance-leurres, Terma pour les radars ou encore Zodiac Milpro pour les embarcations d’intervention.

 

 

L'Adroit en compagnie d'un patrouilleur italien (© : MARINA MILITARE)

L'Adroit en compagnie d'un patrouilleur italien (© : MARINA MILITARE)

 

 

Nouvelles missions et intégration dans des dispositifs internationaux

 

 

Comme pour tout nouvel outil, les marins agissent avec ce bâtiment de manière progressive, afin de le prendre en main et évaluer ses capacités opérationnelles. Dans cette perspective, un premier grand déploiement a été programmé cette année. Avec une navigation vers la Méditerranée orientale, la mer Rouge, l’océan Indien, le golfe Persique et l’Asie. A cette occasion, L’Adroit a pu réaliser de nouvelles missions, par exemple au sein de l’opération Enduring Freedom de lutte contre le terrorisme et les trafics illicites, ou encore contre la Piraterie avec Atalante. Il s’est, ainsi, ouvert de nouvelles perspectives, tout en s’intégrant pour la première fois dans des dispositifs internationaux grâce à son système de lutte Polaris, conçu par DCNS, et ses moyens de communication (dont une liaison de données L11), permettant de partager des informations avec d’autres bâtiments.

 

 

Franchissement du canal de Suez (© : MARINE NATIONALE)

Franchissement du canal de Suez (© : MARINE NATIONALE)

 

Contrôle d'un boutre en océan Indien (© : MARINE NATIONALE)

Contrôle d'un boutre en océan Indien (© : MARINE NATIONALE)

 

Contrôle d'un bateau de pêche par l'équipe de visite (© : MARINE NATIONALE)

Contrôle d'un bateau de pêche par l'équipe de visite (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Après avoir été intégré à la Task Force 150, force aéronavale multinationale œuvrant en mer Rouge et océan Indien dans le cadre d’Enduring Freedom, puis avoir réalisé une escale à Abu Dhabi à l’occasion du salon militaire IDEX, L’Adroit a participé durant près de deux mois à l’opération européenne Atalante de lutte contre la piraterie. Alors que la forte présence militaire au large de la corne d’Afrique et la mise en place de bonnes pratiques pour protéger les navires de commerce ont entrainé un effondrement des attaques, le patrouilleur français a essentiellement œuvré à la surveillance des côtes somaliennes, notamment les camps de pirates, avec une couverture du nord au sud, et un focus entre le Kenya et Mogadiscio en deuxième période. Une mission facilitée par le fait que les bâtiments peuvent opérer dans les eaux territoriales du pays, suivant les accords internationaux conclus avec le gouvernement somalien.

 

 

L'Adroit a déployé son drone et ses embarcations devant la Somalie (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit a déployé son drone et ses embarcations devant la Somalie (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Les Zodiac et le drone Schiebel en première ligne

 

 

En plus de ses propres moyens de détection, L’Adroit a utilisé des senseurs déportés. D’abord, son drone aérien Camcopter S-100, un engin sans pilote acquis auprès de la société autrichienne  Schiebel pour permettre à la marine de se faire la main sur ce type d’outil, appelé à compléter l’emploi d’hélicoptères. Le drone, initialement équipé d’une boule électro-optique Agile 2 de Thales et emportant désormais un système MX10 du Canadien Wescam, a été employé pour mener des opérations ISR (intelligence, surveillance et reconnaissance). « Le drone, que l’on utilise notamment pour la surveillance maritime, fonctionne comme un véritable capteur déporté pour le bâtiment. C’est un moyen très économique qui présente l’avantage de voir sans être vu du fait de sa petite taille et de la portée de ses senseurs. Il nous envoie des images en direct, ainsi que les coordonnées géographiques correspondantes, cela de jour comme de nuit. Ce type d'engin présente un gros potentiel », assure le capitaine de frégate Luc Regnier, commandant de l’équipage A de L’Adroit.

Affichant un poids à vide de 110 kilos et une masse maximale au décollage de 200 kilos, le Camcopter S-100 mesure 3 mètres de long pour 1 mètre de haut, son rotor ayant un diamètre de 3.4 mètres. Capable de voler plus de 4 heures, il présente une vitesse de croisière de 55 noeuds (environ 100 km/h) et peut atteindre 120 noeuds (environ 220 km/h). Techniquement, son rayon d’action est de 50 nautiques mais, dans la pratique, les marins français l’utilisent pour l’instant à une distance de 25 nautiques. Cela, pour des questions de sécurité aérienne, celle-ci étant assurée directement par le bateau qui, avec ses moyens radar, veille à ce qu’aucune collision avec un autre vecteur aérien ne se produise.

 

 

Le drone Camcopter S-100 sur L'Adoit (© : MARINE NATIONALE)

Le drone Camcopter S-100 sur L'Adoit (© : MARINE NATIONALE)

 

Le drone Camcopter (© : MARINE NATIONALE)

Le drone Camcopter (© : MARINE NATIONALE)

 

Image transmise par le drone devant la Somalie (© : MARINE NATIONALE)

Image transmise par le drone devant la Somalie (© : MARINE NATIONALE)

 

Mise en oeuvre du drone la nuit (© : MARINE NATIONALE)

Mise en oeuvre du drone la nuit (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Le drone, qui avec L’Adroit et son Camcopter (que les militaires français appellent Serval), est pour la première fois expérimenté par la Marine nationale en opérations, présente de nombreux avantages. Il peut, ainsi, permettre d’identifier un bateau ou vérifier son identité en comparant les images reçues avec les données disponibles par d’autres moyens (comme le système d’identification automatique AIS des navires civils ou les informations issues du renseignement). Les marins peuvent également s’en servir pour suivre en direct une situation, les moyens électro-optiques de l’engin ayant une portée de plusieurs dizaines de kilomètres, ou encore déterminer une éventuelle menace (par exemple savoir si les occupants d’une embarcation suspecte sont armés). Dans le cadre de la lutte contre la piraterie ou le trafic de drogue, il est possible de pister l’objectif de nuit, permettant au patrouilleur de se rapprocher et de lancer au moment opportun une interception, tout en récupérant, via les images, des preuves d’une action illicite. Dans le cas de migrants, comme cela s’est déjà produit  l’an dernier’ en Méditerranée, les images du drone permettent d’évaluer à distance la situation des passagers d’une embarcation et déterminer leur nombre. Bien moins coûteux qu’un hélicoptère, notamment en termes de carburant (la consommation n’est que de 10 litres à l’heure), le drone devrait également se montrer très utile dans le cadre de missions de surveillance ou de reconnaissance à risques (pirates ou narcotrafiquants armés, zone contaminée…), évitant ainsi de mettre en danger un équipage d’hélicoptère. Le retour d'expérience du drone Serval aidera à l'écriture du cahier des charges du futur système de drone aérien de la Marine (SDAM).

 

 

Les embarcations rapides ZH 780 et ZH 935 de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

Les embarcations rapides ZH 780 et ZH 935 de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Au cours de leur dernier déploiement, les marins de L’Adroit ont, également, pu mesurer l’intérêt et l’efficacité de leurs embarcations d’intervention. Ils disposent désormais de deux Zodiac, un ZH 935 de 9.3 mètres, qui a servi de base au développement de l’ECUME, la nouvelle embarcation rapide des commandos marine ; ainsi qu’un semi-rigide de 7.8 mètres du type ZH 780, récemment mis à disposition par Zodiac Milpro. Ces deux embarcations sont déployées et récupérées au moyen d’un dispositif de mise à l’eau par le tableau arrière. Conçu par DCNS en lien avec BOPP, filiale de Piriou, il comprend deux rampes et un système de manutention, permettant au patrouilleur de déployer ses Zodiac à la vitesse de 10 nœuds, bien supérieure à celle requise pour les mises à l’eau d’embarcations sous bossoirs. « Ce système de mise à l’eau fonctionne parfaitement bien et nous en sommes ravis. En 2 minutes seulement, on peut mettre une embarcation à l’eau avec tout son équipage, et il en est de même pour la récupération. Cela, de jour comme de nuit et par des conditions allant jusqu’à un gros mer 4 », explique le commandant Regnier, qui considère les embarcations de L’Adroit comme « le premier système d’armes du bâtiment ».

 

 

Mise en oeuvre du ZH 935 depuis l'une des deux rampes (© : DCNS)

Mise en oeuvre du ZH 935 depuis l'une des deux rampes (© : DCNS)

 

L'équipe de visite prête au lancement (© : MARINE NATIONALE)

L'équipe de visite prête au lancement (© : MARINE NATIONALE)

 

Lancement du ZH 935 depuis une rampe (© : MARINE NATIONALE)

Lancement du ZH 935 depuis une rampe (© : MARINE NATIONALE)

 

Retour en fin de mission du ZH 935 (© : MARINE NATIONALE)

Retour en fin de mission du ZH 935 (© : MARINE NATIONALE)

 

Le ZH 780  le long de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

Le ZH 780  le long de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

 

Le ZH 780  le long de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

Le ZH 780  le long de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Capable de transporter 16 personnes et d’atteindre la vitesse de 50 nœuds, le ZH935 peut être gréé avec une mitrailleuse. Il sert aux équipes de visite et d’intervention. Mais, au large de la Somalie, en plus du contrôle des bateaux (donnant au passage l'occasion aux militaires d'expliquer leur mission aux pêcheurs),  il s’est également révélé très utile pour les missions ISR. L’embarcation a, en effet, été dotée d’un système Vigy Observer de Sagem, une petite tourelle multi-capteurs gyrostabilisée permettant l’observation, l’identification et la localisation de cibles de jour comme de nuit. En complément du Camcopter S-100, ce moyen a, ainsi, permis à L’Adroit de surveiller les camps de pirates, avec pour objectif d’être alerté en cas de mouvement. Pour l’heure, le système embarqué sur le ZH935 ne communique pas directement les images reçues au patrouilleur, mais cela pourrait être le cas l’an prochain. 

 

 

Contrôle de pêcheurs somaliens par le ZH 935 (© : MARINE NATIONALE)

Contrôle de pêcheurs somaliens par le ZH 935 (© : MARINE NATIONALE)

 

Surveillance de la côte somalienne au moyen du système Vigy Observer (© : MN)

Surveillance de la côte somalienne au moyen du système Vigy Observer (© : MN)

 

 

Les embarcations rapides peuvent, enfin, servir aux opérations spéciales. Dès l’origine, L’Adroit a  d’ailleurs été conçu dans cette perspective, avec des locaux dédiés pour les commandos et leur matériel. Et les installations ont été testées l’hiver dernier avec les hommes du commando Jaubert. « Le bateau a du potentiel pour les forces spéciales. On sait que l’on peut faire des choses », explique, sans évidemment s’étendre sur ce sujet sensible, le commandant Regnier

 

 

L'Adroit s'entraine avec les commandos (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit s'entraine avec les commandos (© : MARINE NATIONALE)

 

L'Adroit s'entraine avec les commandos (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit s'entraine avec les commandos (© : MARINE NATIONALE)

 

L'Adroit s'entraine avec les commandos (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit s'entraine avec les commandos (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Des moyens de guerre électronique bien utiles

 

 

L’Adroit dispose, en outre, de moyens de guerre électroniques. Avec notamment un intercepteur de communications Altesse, fourni par Thales. « Il est important de pouvoir intercepter des communications, par exemple lorsqu’un navire est détourné par des pirates », explique le CF Regnier. Alors que ce système pourrait également se révéler très utile dans d’autres circonstances, par exemple dans le cadre de la lutte contre les trafics illicites ou même la police des pêches, on notera que L’Adroit est également équipé d’un détecteur de radar Vigile LW, un moyen de guerre électronique passif, dit ESM (Electronic Support Measures), qui permet de détecter des émissions radar, de les analyser, les caractériser et les identifier. Le bâtiment porteur sait, ainsi, à qui il a à faire et, de là, peut en déduire l’importance d’une menace éventuelle et ses capacités, en recoupant avec des banques de données enrichies en permanence grâce à des moyens ELINT (Electronic Signals Intelligence). A cet effet, Thales a récemment développé le Vigile LW (Light Weigh), spécialement conçu pour les petits bâtiments de type patrouilleurs. Il en résulte un équipement léger (une trentaine de kilos contre une centaine pour un ESM classique) pouvant être couplé à un brouilleur et des lance-leurres (concernant L’Adroit, le bâtiment n’a pas de brouilleur mais des lance-leurres Sylena de Lacroix). Le système bénéficie, de plus, d’interfaces simplifiées, permettant à l’équipage d’un OPV, qui ne compte qu'un spécialiste de la guerre électronique, d’interpréter les interceptions radar. Pour l’heure, L’Adroit, dans les missions qui lui ont été confiées, n’a pas eu l’occasion de se servir tactiquement du Vigile LW. Mais cette capacité pourrait, un jour, se révéler utile.

 

 

La passerelle de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

La passerelle de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Une passerelle adaptée aux missions de l’OPV

 

 

Avec L’Adroit, DCNS a mis en œuvre différents choix architecturaux liés aux missions pour lesquelles les OPV du type Gowind ont été conçus : Surveillance et contrôle de l’espace maritime, lutte contre les trafics illicites et la piraterie, police des pêches, contrôle de l’immigration clandestine… C’est le cas par exemple du système de lancement d’embarcations rapides, avec deux logements permettant la mise en œuvre d’un Zodiac d’intervention et d’un second couvrant le premier pendant les manœuvres d’abordage. Il en est de même pour le concept de passerelle panoramique intégrée. Située très en hauteur, celle-ci offre une vision à 360 degrés, très appréciée des marins, surtout qu’elle se double d’un chemin permettant d’en faire le tour complet depuis l’extérieur. Toutefois, la grande particularité de cette passerelle est qu’elle abrite non seulement les fonctions liées à la navigation, mais également celles d’un Central Opération, installé habituellement dans un local séparé. Sans oublier le poste de pilotage du drone.

 

 

Vue de l'extérieur de la passerelle lors du passage à Haïphong (© : MARINE NATIONALE)

Vue de l'extérieur de la passerelle lors du passage à Haïphong (© : MARINE NATIONALE)

 

La passerelle avec le module CO au premier plan (© : MARINE NATIONALE)

La passerelle avec le module CO au premier plan (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Au début, lorsque L’Adroit a été livré, certains marins se montraient très dubitatifs sur ce choix de concentrer toutes les fonctions en un même espace, sans séparation. Ils redoutaient en effet que le niveau sonore s’élève lors des opérations, aboutissant à un brouhaha à même de perturber les hommes. A la lumière des missions effectuées, le commandant Regnier n’est pas de cet avis, bien au contraire. « Je suis personnellement très content de cette passerelle commune, qui est idéale pour les missions de sécurité maritime. Quand nous menons une visite de navire ou que nous sommes en contrôle des pêches, par exemple, je peux être en passerelle et suivre les opérations, avec dans un même lieu mon module CO apportant des informations extrêmement utiles, cela en boucle courte. De même, je peux voir les images transmises par le drone ». Le pacha de L’Adroit reconnait néanmoins que ce concept ne serait pas forcément aussi pertinent sur d’autres types de bâtiments militaires. « C’est parfait pour un OPV mais sans doute pas pour une corvette ou une frégate, où le CO doit gérer différents domaines de lutte qui nécessite d'avoir un CO séparé pour ne pas perturber la passerelle lors des pics d’action ».

 

 

L'Adroit affrontant une mer musclée pendant la mousson (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit affrontant une mer musclée pendant la mousson (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Très bonne tenue à la mer

 

 

Long de 87 mètres pour une largeur de 13 mètres, L’Adroit présente un déplacement de 1500 tonnes en charge. Sa vitesse maximale est de 21 nœuds, grâce à deux moteurs ABC d’une puissance totale de 6000 kW, avec une autonomie importante (8000 milles à 12 nœuds) lui permettant de remplir des missions hauturières de longue durée. Le bâtiment est, d’ailleurs, architecturalement taillé pour cela. Sa silhouette se caractérise par un bloc passerelle très élevé, surmonté d’un mât unique regroupant l’essentiel des senseurs, dont les deux radars de veille surface et aérienne fournis par Terma (Scanter 4102 et Scanter 6002 avec antennes couplées). Si ce design présente une certaine prise au vent, à même d’engendrer quelques contraintes pour des manœuvres portuaires sans assistance - ce qui pourra être solutionné par l’ajout d’un propulseur d’étrave, un emplacement étant prévu à cet effet – la plateforme, en elle-même, se révèle très marine. Le commandant Regnier a, ainsi, pu éprouver la tenue de son bâtiment dans différentes conditions, y compris de très sévères, et tient à tordre le cou à certaines rumeurs : « On a pu entendre ici et là que L’Adroit ne tenait pas très bien la mer, c’est totalement faux. Nous avons navigué jusqu’à mer 7 et vent de force 10 en océan Indien. Il passe remarquablement la mer de l’avant, il n’enfourne pas et roule très peu. C’est vrai que sa superstructure est haute mais elle est réalisée en matériaux composites, qui sont légers. Malgré sa forme, il y a donc très peu de poids dans les hauts et beaucoup en bas, ce qui offre une excellente stabilité ». Et le pacha d’assurer que la tenue à la mer de L’Adroit est bien meilleure, « sans commune mesure même », par rapport à celle des avisos, relativement comparables en termes de gabarit (80 mètres de long pour 1400 tonnes en charge). Quant à la manœuvrabilité, avec ses deux safrans, le patrouilleur « gouverne très bien », assure le CF Régnier, qui précise avoir réalisé, malgré l’absence de propulseur d’étrave, presque toutes ses manœuvres portuaires sans assistance.

 

 

L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

 

 

On notera que L’Adroit n’est pas doté d’une stabilisation dynamique, avec des ailerons, mais d’un système passif de  tranquillisation de la plateforme. D’abord conçu pour les navires civils, le FLUME, de l'Américain Maritime Tanksystems International, consiste en des cuves longitudinales remplies d'eau. Grâce à des « chicanes », le mouvement de l'eau est ralenti, la force de cette carène liquide permettant de compenser les mouvements du bateau. Ainsi, selon son constructeur, le FLUME permettrait de réduire de moitié les effets de roulis. Dans les faits, ce système peu coûteux fonctionne bien lorsque le bâtiment navigue à très petite vitesse ou est à l’arrêt, avec un avantage indéniable lors de la mise à l’eau des embarcations. Le FLUME est également efficace quand la houle correspond à la période propre de mouvement du bateau. Les marins ont néanmoins constaté que les effets d’amortissement diminuaient rapidement lorsque ce n’était pas le cas. « Le système de tranquillisation passive fonctionne bien dans certaines configurations mais il est moins prédictible qu’une stabilisation active, ce qui peut impacter les manœuvres aviation. Il faudra donc se poser la question pour les futurs patrouilleurs ».

 

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

 

 

Personnel réduit mais renforts nécessaires suivant les missions

 

 

Comme tous les derniers bâtiments conçus par DCNS, L’Adroit, qui présente la particularité d’être construit aux normes civiles (certifié par le Bureau Veritas), est fortement automatisé, ce qui se traduit par une réduction significative de l’équipage. Le bâtiment est, ainsi, vendu pour être mis en œuvre par 32 marins seulement, avec des logements permettant d’embarquer 27 personnes supplémentaires. Toutefois, dans la réalité, il nécessite presque toujours des renforts, dès lors que la complexité des opérations augmente. « A 32, nous faisons des missions simples, comme de la surveillance maritime de base ou de la police des pêches. Mais dès qu’il faut faire plus de choses, nous avons besoin de renforts. En pratique, nous étions toujours 45 lors de notre dernier déploiement ». Pour celui-ci, il a notamment fallu embarquer un médecin, puisque le PHE partait loin et longtemps, mais aussi les 4 membres du détachement drone, chargés de mettre en œuvre le Camcopter S-100. Et puis il y avait la problématique de l’équipe de visite, composée de 6 marins. Dans le cadre par exemple d’une mission de lutte contre la piraterie, avec la possibilité de devoir faire à bord de la rétention d’individus interpellés, l’équipage était numériquement trop juste. L’Adroit a donc embarqué 6 fusiliers-marins.

Il résulte donc, après un an et demi d’exploitation de l’OPV, un concept basé sur un équipage de base agrémenté, en fonction des missions, d’un complément de personnel plus ou moins important.

 

 

Entrainement de l'équipe de visite (© : MARINE NATIONALE)

Entrainement de l'équipe de visite (© : MARINE NATIONALE)

 

Entrainement de l'équipe de visite (© : MARINE NATIONALE)

Entrainement de l'équipe de visite (© : MARINE NATIONALE)

 

Entrainement de l'équipe de visite (© : MARINE NATIONALE)

Entrainement de l'équipe de visite (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Le concept du double équipage donne satisfaction

 

 

Par ailleurs, en plus des renforts, L’Adroit a embarqué au cours de son déploiement des marins en formation. Car ce patrouilleur est armé avec deux équipages, ce qui se pratique déjà sur le bâtiment hydro-océanographique Beautemps-Beaupré, mis en service en 2003, mais constitue une première sur une unité de « combat ». L’objectif est de disposer de suffisamment de marins pour exploiter au maximum le PHE, conçu pour naviguer 220 jours par an, contre 90 à 120 environ pour les autres bâtiments de la flotte française. Pour cela, il a été décidé d’affecter deux équipages au patrouilleur, qui se relaient à bord tous les quatre mois. « Le concept des deux équipages est très bon car il permet de rentabiliser au maximum l’investissement que représente l’achat d’un bateau. Aujourd’hui, nous sommes bien rôdés et nous effectuons les relèves en trois jours seulement, y compris lors du dernier déploiement, lorsque mon équipage a succédé début avril, lors d’une escale à La Réunion, à l’équipage B, qui était parti de Toulon en janvier avec le bâtiment », précise le commandant Regnier, ancien second du bâtiment, qui a d'ailleurs succédé en cours de mission au capitaine de frégate Loïc Guyot, commandant de l'équipage A durant un an et demi. La succession des deux équipages en pleine mission, à des milliers de kilomètres de la métropole, était d’ailleurs l’un des points devant être validés lors du déploiement.

 

 

Le CF Regnier a succédé au CF Guyot en cours de mission (© : MARINE NATIONALE)

Le CF Regnier a succédé au CF Guyot en cours de mission (© : MARINE NATIONALE)

 

L'Adroit à La Réunion au mois d'avril (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit à La Réunion au mois d'avril (© : MARINE NATIONALE)

 

 

La marine a, de plus, été amenée à vérifier l’efficacité de DCNS concernant le soutien technique à l’étranger. « Le maintien en condition opérationnelle de L’Adroit a atteint son rythme de croisière. Il est bien organisé et nous sommes fortement soutenus par DCNS, qui a démontré sa capacité à réaliser des opérations de MCO rapidement et à l’autre bout du monde. C’est essentiel car tout bateau rencontre des problèmes techniques et, lorsque l’on est projeté très loin de sa base, il faut être sûr que l’on peut être soutenu en cas de besoin ». Ainsi, lors de l’escale de Singapour, au mois de mai, une équipe de DCNS a été dépêchée sur place afin de réaliser une intervention technique sur le réducteur du patrouilleur. Une opération complexe réalisée en 8 jours seulement. Hasard du calendrier et de la géographie, un comparatif a pu être établi avec l’USS Freedom, premier Littoral Combat Ship (LCS) de la marine américaine, resté immobilisé plusieurs semaines à Singapour pour un problème analogue...

Quant à l’entretien courant, DCNS a travaillé sur une maintenance simplifiée, permettant d’accroître la disponibilité du bateau, qui dépasse actuellement la barre des 220 jours de mer par an. De cette manière, après six mois de déploiement, L’Adroit, à l’issue d’un arrêt technique à quai de deux semaines seulement, va pouvoir reprendre la mer début août avec l'équipage B. Un arrêt technique de 3 semaines aura lieu en novembre.

 

 

Test d'appontage avec un Caïman Marine (© : MARINE NATIONALE)

Test d'appontage avec un Caïman Marine (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Tester l’embarquement d’un hélicoptère dans la durée

 

 

Il reste désormais une seule grande fonction de l’OPV à valider : l’emport d’un hélicoptère sur une période significative. « Nous avons aujourd’hui réalisé l’ensemble de l’évaluation opérationnelle du bâtiment à la mer. Il ne manque qu’une chose : l’embarquement d’un détachement hélicoptère ». Pour l’heure, la vaste plateforme de L’Adroit, conçue pour accueillir une machine de 10 tonnes, a été qualifiée avec de nombreux appareils : Dauphin, Panther, Caïman Marine (NH90), Puma, Gazelle, Alouette III, Lynx… Mais il s’agissait de simples campagnes d’appontage et de garage, le bâtiment n’ayant encore jamais embarqué d’hélicoptère dans la durée. Jusqu’ici, le besoin ne s’est pas fait trop sentir, y compris dans le domaine de la lutte contre la piraterie où les esquifs ne sont finalement pas très rapides et peuvent être interceptés sans hélicoptère (pourvu que le bâtiment ne soit pas trop éloigné), la surveillance et le pistage étant réalisés par le drone. En revanche, si L’Adroit doit être engagé dans  l’interception de narcotrafiquants utilisant des go-fast, embarcations ultra-rapides, l’emploi d’un hélicoptère avec à son bord un tireur d’élite est indispensable.

 

 

L'Adroit avec un Panther sur son pont d'envol (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit avec un Panther sur son pont d'envol (© : MARINE NATIONALE)

 

L'abri hélicoptère de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

L'abri hélicoptère de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

L'abri hélicoptère de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

L'abri hélicoptère de L'Adroit (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

 

Pour le commandant Regnier, il est crucial de tester cette capacité afin d’évaluer pleinement L’Adroit et ses installations. Surtout que le bâtiment n’est pas doté d’un vrai hangar, comme sur les frégates, mais d’un simple abri, permettant de loger une machine de 5 tonnes (de type Dauphin/Panther). Conçu uniquement, comme son nom l’indique, pour abriter un hélicoptère, cet espace n’est pas doté de moyens de manutention et il n’y a pas de locaux adjacents permettant aux équipes chargées de la maintenance de réaliser des interventions techniques lourdes, par exemple sur une turbine, comme c’est le cas sur les frégates.  Ces installations « basiques » seront-elles suffisantes pour permettre un embarquement d’une machine devant rester opérationnelle longtemps ? Comment s’intègrera le détachement aérien, fort généralement d’une dizaine d’hommes pour un hélicoptère (équipage et techniciens) ? Cela au sein d’un bateau où il faudra composer avec les autres renforts en personnel (équipe de visite, médecin, tireur d’élite…), les 27 places « passagers » étant finalement vite occupées. Avec au passage la problématique des postes équipage, deux d’entre eux comptant chacun 10 places, bien au-delà des derniers standards de la marine mis en place sur les nouvelles frégates et BPC (bâtiments de projection et de commandement), où les marins sont maximum 4 par poste. Les interrogations autour de ces problématiques « dimensionnantes » doivent être impérativement levées, notamment parce que le retour d’expérience servira à établir les caractéristiques de futurs programmes, à commencer par BATSIMAR.

 

 

L'une des mitrailleuses de 12.7mm de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

L'une des mitrailleuses de 12.7mm de L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

 

 

La question de l’armement et de la protection

 

 

Concernant l’armement, L’Adroit, malgré son allure assez imposante, est très légèrement « vêtu ». On ne trouve en effet, à bord, qu’un canon de 20mm et deux mitrailleuses de 12.7mm, tous ces affûts étant manuels. A l’origine, il était espéré, dans le cadre de la mise à disposition d’équipements par différents industriels, que l’Italien OTO-Melara ou le Français Nexter fournissent un affût télé-opéré de 20 à 40mm, qui aurait pu être couplé au système électro-optique EOMS NG de Sagem. Aucun accord n’a, néanmoins, pu voir le jour et le bateau se retrouve donc avec la dotation « standard » de la marine. Bien dommage pour les marins, mais aussi les fabricants, qui ratent sans doute une belle occasion de faire valoir leurs produits – à commencer par Nexter qui cherche pourtant à vendre son canon télé-opéré Narwhal à l’export – sur cette vitrine flottante parcourant les océans et participant à de grands salons de l’armement, où de nombreuses délégations se succèdent à bord. Comme tout marin, le commandant Regnier aimerait sans doute avoir un armement plus puissant sur son bateau car, comme on dit, qui peut le plus peut le moins. Toutefois, l’officier assure que le fait de disposer seulement d’un 20mm et de deux 12.7mm manuels n’est pas un problème : « Ce n’est pas gênant au quotidien car cet armement est suffisant pour les missions que nous avons à remplir ». On peut néanmoins imaginer une plateforme plus guerrière puisque L’Adroit, comme tous les modèles de la gamme Gowind OPV, est capable d’embarquer des matériels plus lourds, avec une artillerie allant jusqu’à la tourelle de 76mm, mais aussi des missiles antinavire et un système surface-air avec cellules de lancement vertical. 

Côté protection, l’OPV de DCNS est, naturellement, moins résistant aux impacts qu’une frégate, puisqu’il n’est pas conçu pour intervenir dans des conflits de haute intensité. Certaines parties sont néanmoins protégées, comme la soute à munition. Et pour les prochains modèles, notamment ceux que DCNS pourrait vendre à l’export, la question se pose du renforcement de la passerelle, qui est comme on l’a vu le point névralgique du bateau, où peut se trouver jusqu’à la moitié de l’équipage. Au-delà de pouvoir arrêter des balles de petit calibre, la protection de cet espace devra sans doute intégrer, à l’avenir, la capacité à résister à des projectiles plus dangereux, comme des roquettes, utilisées par exemple par les pirates.

 

 

L'Adroit en patrouille au large de la Somalie (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit en patrouille au large de la Somalie (© : MARINE NATIONALE)

 

 

« Idéal pour l’action de l’Etat en mer et les OPEX de basse intensité »

 

 

Comme tout nouveau bâtiment, L’Adroit fait l’objet de mises au point et d’améliorations mais, pour un prototype réalisé sans spécification précise d’une marine, puisque sa construction est une initiative propre à DCNS, il s’agit d’une belle réussite selon le capitaine de frégate Regnier. « Ce qui est très bien avec ce bateau, c’est son concept, qui nous permet de réaliser toutes les missions de temps de paix de la marine, qu’il s’agisse de l’action de l’Etat en mer, comme la surveillance et le contrôle de la Zone Economique Exclusive, la lutte contre les trafics illicites ou encore la police des pêches ; mais aussi les OPEX (opérations extérieures, ndlr) de basse intensité, à l’image de l’opération Atalante de lutte contre la piraterie. C’est un bâtiment parfaitement adapté et vraiment opérationnel, avec l’avantage d’avoir un coût d’exploitation très faible ». Des atouts qui, apparemment, séduisent à l’étranger où, au cours des différentes escales réalisées par L’Adroit, les retours sont très positifs : « Nous avons beaucoup de visiteurs lors des escales. Le bateau plait énormément et suscite beaucoup d’intérêt de par ses caractéristiques et ses innovations, qui le rendent unique dans sa catégorie ». Reste désormais, pour DCNS, à  conclure une première vente de son nouvel OPV, un segment de marché en plein essor mais où la concurrence demeure très vive.

 

L'Adroit à Singapour lors du salon IMDEX en mai (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit à Singapour lors du salon IMDEX en mai (© : MARINE NATIONALE)

 

Visite d'une délégation vietnamienne (© : MARINE NATIONALE)

Visite d'une délégation vietnamienne (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Quant à la Marine nationale, elle va continuer d’éprouver le bâtiment avec de nouvelles missions. Après une fin d’été consacré à la PPSM (Posture Permanente de Sauvegarde Maritime), en clair la surveillance des approches maritimes françaises, L’Adroit patrouillera en Méditerranée au profit de FRONTEX, l’agence européenne de lutte contre l’immigration clandestine. Pour 2014, un nouveau grand déploiement de plusieurs mois est à l’étude. Après l’océan Indien, L’Adroit devrait être cette fois déployé vers les Caraïbes et l’Amérique latine. L’occasion, peut-être, de traquer quelques narcotrafiquants…

 

 

L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

L'Adroit (© : MARINE NATIONALE)

 

Marine nationale Naval Group (ex-DCNS)