Croisières et Voyages
Rivages du Monde : navire d'expédition et repositionnement en vue sur le maritime
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Rivages du Monde : navire d'expédition et repositionnement en vue sur le maritime

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Après six ans de croisières maritimes via l’affrètement du Louis Aura puis de l’Astoria, Rivages du Monde travaille sur une évolution majeure de son activité sur ce segment de marché. Le voyagiste français va en effet affréter un nouveau navire à partir de 2021, ce qui va entrainer une évolution sensible de son positionnement. « Nous sommes en pourparlers avec une compagnie pour affréter un bateau plus moderne, de l’ordre de 200 passagers. C’est moins que l’Astoria, qui peut accueillir 500 personnes, mais nous allongerons la période d’affrètement, avec d’entrée six mois et comme objectif de monter ensuite », confie Alain Souleille. Le président de Rivages du Monde, qui a fondé la société en 2001, ne souhaite pas en dévoiler plus pour le moment. La priorité est aujourd’hui de mener à bien les deux dernières saisons de l’Astoria, qui est actuellement en Europe du nord et sera aussi exploité l’année prochaine au profit de tour opérateur belge All Ways, racheté en janvier 2018 par Rivages du Monde. Le vieux navire de 160 mètres et 277 cabines, mis en service en 1948 et reconstruit il y a 20 ans, voyage cet été jusqu’au Groenland et, malgré son âge, continue de séduire de nombreux croisiéristes français. « C’est un navire d’ancienne génération certes, mais qui est confortable, a été bien rénové et est plein de charme. Il offre une ambiance chaleureuse très appréciée de la clientèle. Nous allons clairement le regretter quand nous arrêterons de l’exploiter mais il n’est pas éternel et nous devons évoluer. Car la clientèle évolue et une partie d’entre elle ne nous suit pas sur l’Astoria, même si ceux que nous parvenons à convaincre changent d’avis une fois qu’ils sont à bord ».

Une unité d’expédition neuve pour monter en gamme

« Nous voulons donc monter en gamme afin de répondre aux attentes des clients et, dans le même temps, harmoniser notre gamme de produits pour avoir une cohérence avec notre positionnement sur les croisières fluviales ». On ne connait donc pas encore l’identité du futur navire de Rivages du Monde. Mais compte tenu de la capacité annoncée et du positionnement suggéré, il s’agira probablement, cette fois, d’une unité neuve. Et cela tombe bien puisqu’il va y en avoir un certain nombre sur le marché de l’affrètement. Pour répondre à la forte croissance du marché des croisières d’expédition, certains opérateurs ont en effet entrepris de construire en série des navires, dont les capacités correspondent justement aux critères évoqués. On pense par exemple à Sunstone avec les dix Infinity (104 mètres, 186 passagers) construits en Chine, ou plus près à Mystic qui va faire réaliser au Portugal au moins six navires dont la tête de série, le World Explorer (129 mètres, 200 passagers) entrera en service cette année.

Un produit dédié à la clientèle francophone

Des bateaux hauturiers capables de naviguer en eaux chaudes comme en zones polaires, Arctique et Antarctique. L’arrivée d’une unité d’expédition de ce type chez Rivages du Monde, en remplacement du vénérable Astoria, représentera un saut significatif en termes de standards et de possibilités d’itinéraires. La société entrera alors dans l’univers du haut de gamme, ce qui signifie aussi, puisque les prix seront inévitablement amenés à augmenter, voir sa clientèle maritime au moins en partie évoluer. Pour autant, s’il souhaite monter en gamme, Alain Souleille veut préserver les fondamentaux qui ont fait le succès de l’entreprise : « l’objectif est de continuer à proposer un produit original et de qualité dédié exclusivement à la clientèle francophone, avec des croisières très culturelles et des itinéraires choisis, un fort encadrement à bord des équipes de Rivages du Monde et un contenu que nous maîtrisons parfaitement : les activités, les conférenciers, les spectacles, l’hôtellerie, les itinéraires et excursions... Le tout avec un esprit chaleureux et convivial ».

24.000 passagers avec All Ways dans le fluvial et le maritime

En 2018, Rivages du Monde, qui compte 45 salariés en France, a totalisé 18.000 croisiéristes, dont 5500 dans le maritime, pour un chiffre d’affaires de 48 millions d’euros. De son côté, All Ways (25 employés en Belgique) a généré 14 millions de chiffre d’affaires et fait voyager 6000 passagers.

L’Astoria, affrété cette année de mai à août, le sera en 2020 sur la même période avec un mois supplémentaire (septembre) afin d’intégrer la programmation d’All Ways, qui se déroulait avec le FTI Berlin et commence à prendre ses quartiers cet été sur le navire de Rivages du Monde. S’y ajoute une croisière unique sur l’Ocean Majesty entre Venise et Athènes en octobre prochain.

Des croisières en hiver ?

Avec son prochain navire, le temps d’affrètement de Rivages du Monde sur le maritime va donc s’accroître. Au point d’envisager à plus ou moins brève échéance une exploitation à l’année, en ajoutant la période hivernale ? « On étudie tout. Nous avons tous besoin de naviguer en hiver, il y a un vrai marché mais la mise en place coûte cher. Pour aller en Amérique latine, par exemple, c’est 8 jours de repositionnement. Nous avons déjà tenté l’expérience en 2017 avec l’Astoria qui est allé jusqu’à Manaos au Brésil depuis Marseille sur un aller-retour de 41 jours. Cependant, ce type de grands voyages représente beaucoup de risques et une exploitation sur 10 ou 12 mois, avec des repositionnements, est à ce stade compliquée. Cela étant, nous envisageons tout de même une ou deux opérations en hiver, plutôt sur l’Asie ou l’Amérique ».

D’affréteur à armateur dans le fluvial

Le maritime représente donc un tiers de l’activité du groupe, qui reste en majorité constituée des croisières fluviales. « Le marché fluvial est porteur, il a explosé depuis une quinzaine d’années et nous croyons beaucoup dans son développement. Nous essayons de nous positionner sur le segment premium, avec des bateaux de grande qualité et un très fort contenu culturel. Nous avons de grands classiques, comme le Mékong, la Russie, le Danube et le Duro, et nous voulons continuer comme Rivages du Monde le fait depuis ses débuts à défricher de nouvelles destinations. Nous avons par exemple été les premiers sur le Mékong, le Saint-Laurent et le Gange ». Alors que l’entreprise a augmenté sa capacité fluviale de 3000 passagers en 2019, pourrait-elle ne plus seulement être affréteur mais devenir dans certains cas armateur ? « Ce n’est pas exclu, plutôt dans le fluvial, là où notre activité est la plus forte. Sur le Mékong, par exemple, nous exploitons maintenant deux bateaux 7 mois et demi par an et en Russie deux bateaux également, sur toute la période navigable, de mai à septembre. Nous sommes donc aujourd’hui suffisamment confortés pour envisager de faire le saut à moyen terme ».