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Rolls-Royce : Motoriste et concepteur de navires

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Rolls-Royce : Motoriste et concepteur de navires

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C'est une belle année qui se termine pour le motoriste britannique Rolls-Royce. Début octobre, le groupe s'est vu notifier un contrat de 124 millions d'euros portant sur la livraison de quatre turbines à gaz MT30. Ces nouvelles machines, les plus puissantes du marché (40 MW), équiperont les futurs porte-avions de la Royal Navy, dont la livraison est prévue en 2014 et 2016. Néanmoins, ce n'est pas Rolls-Royce mais Thales (auteur du design du Carrier Vessel Future) qui s'est vu attribuer la maîtrise d'oeuvre de la partie énergie et propulsion des CVF. Ce choix ne semble, toutefois, pas constituer de difficulté ou de regret particulier chez le motoriste. « Nous allons travailler en équipe avec Thales et Converteam et nous en sommes très heureux. Ce programme est un gros challenge car les CVF seront les plus grands navires de guerre jamais construits en Europe. Leur propulsion doit être puissante mais aussi flexible », explique David Bricknell, Directeur de la stratégie Systèmes et Produits navals de Rolls-Royce. Sur le marché britannique, le groupe remporte donc un succès assez logique avec sa MT30 mais on rappelle, au sein du motoriste, que ce n'est pas le seul pour cette turbine. « Cette turbine de grande puissance équipe également le Littoral Combat Ship (LCS) Freedom, qui sera livré le 8 novembre à l'US Navy et pour lequel nous fournissons également les waterjets. Ainsi, ce bateau de 2500 tonnes peut atteindre la vitesse de 45 noeuds ». Deux MT30 équiperont par ailleurs le Zumwalt, tête de série des destroyers américains du programme DDG1000. En tout, 11 TG MT30 ont pour le moment été vendue, soit 4 pour les CVF, 2 pour le Zumwalt, 1 démonstrateur terrestre aux Etats-Unis et quatre pour la LCS développée par le consortium emmené par Lockheed Martin. En effet, si le second prototype de la classe Freedom a été abandonné pour des questions de coûts, le marché des turbines de ce bateau n'a pas été annulé.

Le HMS Daring (© : BAE SYSTEMS)
Le HMS Daring (© : BAE SYSTEMS)

Nouvelle turbine sur le premier navire de combat « tout-électrique »

En Grande-Bretagne, Rolls-Royce est toujours impliqué dans les essais du destroyer HMS Daring (Type 45), qui a réalisé sa première sortie en mer l'an dernier. Destiné à la Royal Navy, ce bâtiment est la première grande unité de combat à être doté d'une propulsion électrique. Il est le premier à embarquer la toute nouvelle turbine WR 21 (2 turbines par bateau), conçue par Rolls et réalisée en partenariat avec DCNS. Le groupe français assemble les machines sur son site d'Indret, près de Nantes, puis les expédie en Grande-Bretagne où BAE les intègre sur les destroyers en construction. Les T45 bénéficient d'une propulsion tout-électrique, un groupe générateur (2 diesels alternateurs Wärsilä) et les turbines à gaz produisant le courant qui alimente les deux moteurs électriques de propulsion, fournis par Converteam. L'ensemble développe 50 MW et permet au navire de 7350 tonnes de marcher à 29 noeuds.

Waterjet Kamewa S3 (© : ROLLS-ROYCE)
Waterjet Kamewa S3 (© : ROLLS-ROYCE)

Leader dans le domaine des waterjets

Outre les turbines, Rolls-Royce présente toute une gamme de propulseurs et notamment ses fameux waterjets Kamewa. La présence du motoriste est d'ailleurs très forte sur ce segment, tant dans le naval civil que militaire. Plus compact que les précédentes, la nouvelle série S3 dispose d'une pompe améliorée et plus efficace. « Nous avons notamment travaillé sur le problème de la cavitation en développement un nouveau système qui assure qu'il n'y a pas de création de bulles d'air. Le design de la série Kamewa S3 est optimisé et plus léger », précise David Bricknell. Avec un diamètre de la pompe allant de 50 à 240 centimètres, cette série de waterjets orientables est déclinée dans une gamme de puissance allant de 2100 à 41.000 kW.

Abeille Bourbon et Liberté remorquant le MSC Napoli (© : MARINE NATIONALE)
Abeille Bourbon et Liberté remorquant le MSC Napoli (© : MARINE NATIONALE)

Succès toujours au rendez-vous pour les UT Design

En dehors de la motorisation, le groupe britannique continue son développement en matière de livraison d'équipements de passerelle et de pont, ainsi que de conception de navires. La saga des UT Design, vendus à plus de 500 exemplaires, se poursuit. « Nous assurons le design des navires mais nous ne sommes pas constructeurs, les modèles vendus étant construits dans différents chantiers, suivant le client. Les UT s'adressent au secteur offshore mais aussi aux marines. L'Abeille Bourbon et l'Abeille Liberté, livrées récemment pour protéger les côtes françaises, sont du type UT 515. Construits en Norvège, ces bateaux présentent d'importantes capacités de remorquage et un système de lutte contre les incendies. Ils sont notamment intervenus, avec succès, pour mettre le porte-conteneurs MSC Napoli en sécurité, en le remorquant vers la côte anglaise », souligne David Bricknell. « Mais nous avons aussi une gamme plus militaire, assez similaire des UT civils mais disposant d'un armement léger ».

Le Knud Rasmussen (© : ROLLS-ROYCE)
Le Knud Rasmussen (© : ROLLS-ROYCE)

Le patrouilleur danois Knud Rasmussen

Des unités ont notamment été vendus à l'Australie, la Norvège, l'Espagne et un modèle très intéressant a été livré au Danemark. Le Stanflex Inspection Vessel (SIV), qui abandonne les lignes traditionnelles des UT conçus pour l'offshore, mesure 7.8 mètres de long pour 14 mètres de large et affiche un déplacement de 1300 tonnes en charge. Premier navire de ce type, le patrouilleur Knud Rasmussen a été livré cette année par les chantiers Karstensen, de Skagen. Doté d'un canon de 76 mm, de mitrailleuses de 12.7 mm et d'une plateforme pour hélicoptère (mais pas de hangar), ce navire dédié à la surveillance et la police des pêches peut naviguer dans les glaces. Pouvant embarquer des embarcations rapides de type RIB, le Knud Rasmussen est armé par 16 hommes et peut transporter une grosse vingtaine de passagers.

UT 527 (© : ROLLS-ROYCE)
UT 527 (© : ROLLS-ROYCE)

La marine française convoitée

Autre exemple intéressant, celui de l'Harstad. Ce UT 512, livré en 2005 à la marine norvégienne, est affecté à la garde-côtière. Doté d'un canon de 57 mm, il a récemment été utilisé pour la mise en oeuvre du NSRS, l'engin de sauvetage de sous-marins qu'a commandé l'OTAN à Rolls-Royce. Remorquage, sauvetage, patrouilles hauturière, lutte contre la pollution... Les navires du type UT sont donc très polyvalents. « Ils sont robustes et très marins, pouvant naviguer dans de fortes mer et longtemps, grâce à une importante autonomie », souligne David Bricknell. Rolls-Royce met d'ailleurs en avant ces capacités auprès de la marine française, pour laquelle il propose le UT 527 dans le cadre du projet BSAH. Les réflexions se poursuivent, en effet, pour trouver un successeur aux Bâtiments de Soutien de Région (BSR), Remorqueurs de Haute Mer (RHM), Remorqueurs Ravitailleurs (RR) et renouveler le dispositif de Bâtiment de Soutien, d'Assistance et de Dépollution (BSAD), actuellement assuré sous le régime de l'affrètement.

 (© : ROLLS-ROYCE)
(© : ROLLS-ROYCE)

Le marché des pétroliers ravitailleurs

Enfin, on notera que Rolls-Royce travaille également sur un design de ravitailleur polyvalent. Dans ce cadre, le modèle proposé fait partie des quatre finalistes encore en lice pour le programme MARS de la Royal Fleet Auxiliary (RFA). « Il y a un vrai marché au niveau des ravitailleurs actuellement en service dans les marines. La législation sur les doubles coques va entrainer un important renouvellement. Il y a le programme MARS en Grande-Bretagne mais aussi des opportunités dans d'autres pays, comme l'Australie ou la Nouvelle-Zélande. Pour les nouveaux bateaux, nous proposons notamment une construction aux normes civiles, ce qui permet de réduire les coûts ».

 (© : ROLLS-ROYCE)
(© : ROLLS-ROYCE)