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Rosas : Dans la plus grande usine de Zodiac Milpro

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Cap aujourd’hui sur l’Espagne et la ville de Rosas, avec une visite exclusive de la plus grande usine de Zodiac Milpro, leader mondial des embarcations pneumatiques et semi-rigides à usage professionnel et militaire. Administrations, forces armées, garde-côtes, services de sauvetage, sociétés privées… Les bateaux de la célèbre marque française, réputés pour leur robustesse et leur fiabilité, sont en service partout dans le monde. Rien que dans les armées, plus de 20.000 unités sont opérationnelles dans 80 pays.

C’est en 1999, après 30 ans de présence en Espagne, que le groupe français, dont  la direction technique et les services commerciaux demeurent basés dans l’Hexagone, s’est implanté à Rosas. Cette cité balnéaire catalane, donnant sur la Méditerranée, se trouve à environ une heure de route de Perpignan, cinquantaine de kilomètres après la frontière franco-espagnole. Doublé d’une base d’essais en mer et d’un centre de formation, le site, développé ces dernières années, a succédé à celui de Figueras, qui était situé à une trentaine de kilomètres. Rosas est devenu un pôle majeur d’assemblage de semi-rigides (jusqu’à 9 mètres) et fabrique intégralement des pneumatiques de 3.8 à 7 mètres. D’ailleurs, il s’agit désormais de la plus grande usine de bateaux gonflables au monde.

 

L'usine de Rosas (© : ZODIAC MILPRO)

 

Gammes principales et customisation sur demande

Zodiac Milpro propose à ses clients un vaste choix de bateaux répartis en trois grandes gammes : les gonflables, les Sea Rib (semi-rigides professionnels) et les Zodiac Hurricane. Ces derniers sont spécialement conçus pour les utilisations extrêmes, comme les applications militaires, en particulier les opérations spéciales. Les ZH sont réalisés au Canada avant d’être pour certains assemblés en Europe, où l’entreprise dispose aussi d’une usine au Royaume-Uni.

A partir des nombreux modèles proposés, les plateformes peuvent ensuite être customisées. « Nous travaillons avec le client pour déterminer la meilleure plateforme et les options répondant à ses besoins spécifiques. Sur la base choisie, nous proposons différents types de propulsion, de flotteurs et d’équipements, ainsi que la configuration du pont pour les semi-rigides. C’est du sur-mesure », souligne Arthur Raizin, responsable Marketing de Zodiac Milpro.

 

Police canadienne (© : ZODIAC MILPRO)

 

 

ZH-955 avec trois moteurs de 300 cv (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Motorisation hors-bord ou interne

Les semi-rigides peuvent adopter, selon les cas, une propulsion hors-bord avec un à trois moteurs. Les atouts de cette configuration sont la puissance, qui n’est limitée que par les gammes des motoristes. On peut, ainsi, aller jusqu’à trois moteurs de 350 cv sur un bateau de 11 mètres et deux sur un 7 mètres, permettant de dépasser les 60 nœuds. Aisément démontables, les moteurs hors-bords facilitent le transport et la maintenance.

Mais la propulsion peut aussi être interne, ce qui présente d’autres avantages comme une meilleure protection des machines, en particulier contre des tirs adverses dans le cadre d’opérations militaires, et la possibilité d’utiliser comme carburant du diesel, plus économique. Les solutions « inboard », si elles sont plus encombrantes dans la coque, permettent en revanche d’équilibrer plus facilement les masses et laissent à l’arrière un espace extérieur disponible pour le transport de matériel, comme des embarcations pliables, des jet-skis ou des tracteurs sous-marins pour commandos. En propulsion interne, Zodiac Milpro propose au choix  des embases en Z-Drive, des hélices de surface ou des hydrojets (qui n’existent pas en forte puissance sur des hors-bords) en bi ou mono moteur.

 

Guardia Costiere italienne (© : ZODIAC MILPRO)

 

Propulsion électrique

Par ailleurs, des propulsions électriques sont désormais disponibles. Celles-ci présentent l’avantage de ne pas générer d’émission polluante et sont donc idéales pour les zones protégées. Elles sont, en outre, parfaitement silencieuses, ce qui évite de perturber l’environnement. Une solution qui intéresse par exemple les ports (un SRR-650 électrique avec deux moteurs de 80 cv a par exemple été mis à la disposition de Monaco cet été) mais aussi les compagnies de croisière d’expédition, dont les navires croisent dans des régions sauvages, comme les pôles, et emmènent leurs passagers très près des animaux. Alors que l’armateur norvégien Hurtigruten et le Français Ponant testent déjà cette technologie, Zodiac Milpro propose deux modèles de semi-rigides électriques : le SRMN 600 avec un moteur de 80 cv et le semi-rigide SRR-650 avec deux moteurs de 80 cv. S’y ajoute un gonflable, le MkV Heavy Duty de 5.85 mètres et 15 passagers, équipé d’un moteur de 40 cv.

 

Motorisation électrique (© : ZODIAC MILPRO)

 

Coques et flotteurs

Les coques des semi-rigides sont en aluminium ou en composite (pont en résine-époxy ou polyester) et différents types de flotteurs sont disponibles : des gonflables classiques ou le Durarib, un petit boudin enrobé d’une large couche de mousse offrant l’avantage de ne pas se crever même s’il subit des tirs d’armes.

Gonflage automatique et valves d’intercommunication

Pour les flotteurs classiques, dont le matériau est bien entendu très résistant pour ne pas se déchirer, des astuces ont néanmoins été trouvées. « Le flotteur est équipé d’un système de gonflage automatique et séparé en plusieurs compartiments avec des valves d’intercommunication. Ces valves, qui sont une innovation brevetée, peuvent faire communiquer l’ensemble du flotteur ou seulement certains compartiments. On peut ainsi isoler un compartiment percé et ainsi rester à flot, ou se servir du système, par exemple dans le cas des opérations spéciales, pour couler le bateau volontairement, ce qui représente une capacité très complexe car il faut un positionnement précis des chambre et une parfaite maîtrise du processus de gonflage et de dégonflage.

 

Valve d'intercommunication (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : ZODIAC MILPRO)

 

Ce système permet un contrôle de chacune des chambres, détecte les baisses de pression et crevaisons. Dans ces cas, le compresseur se déclenche pour regonfler le compartiment ou l’ensemble. Il y a aussi un système de détection des crevaisons ». Ce système, très simple d’utilisation, offre en plus de la sécurité qu’il procure de vrais avantages opérationnels : « Il est utile pour les longues opérations, par exemple dans des zones très chaudes où l’air se dilate en journée avant de perdre du volume pendant la nuit. Il permet aussi de régler la pression pour s’adapter à certaines opérations, par exemple un abordage, afin de donner plus de souplesse avec un flotteur pas trop dur pour ne pas être renvoyé par le choc et pas trop mou pour éviter l’écrasement ».

 

ECUME avec flotteur hybride (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le D-Shape 

Zodiac Milpro a également conçu des formes spécifiques. A côté du flotteur rond traditionnel, il y a désormais un flotteur « D-Shape », se présentant comme son nom l’indique sous l’aspect transversal d’un « D », avec la partie arrondie à l’extérieur et un côté droit vers l’intérieur du bateau. Une forme qui génère un appréciable gain de place à l’intérieur du bateau. Et le constructeur a innové en développant une configuration hybride brevetée, en mêlant les deux formules pour bénéficier des avantages du flotteur rond sur les parties les plus spécifiques et du « D-Shape » pour accroître la capacité d’emport et l’habitabilité. « On laisse par exemple des flotteurs ronds à l’avant pour plus de flexibilité d’emploi, car c’est avec l’avant que l’on va au contact et qu’il y a des chocs. En revanche, le D-Shape peut être utilisé à l’arrière pour laisser de la place aux équipiers ou au matériel. Cette formule permet de gagner deux fois 30 centimètres, ce qui laisse par exemple de l’espace pour installer des rangées de trois sièges en plus des deux pilotes. Sur un bateau de 9 mètres, on peut ainsi proposer jusqu’à 12 places ».

 

ZH-955 avec flotteur hybride (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Plateformes modulaires grâce aux rails sur le pont

Le pont peut disposer à cet effet de rails en aluminium sur lesquels viennent se fixer des équipements, à commencer par les assises. Celles-ci sont constituées de sièges avec dossier ou d’arçons de type « jockey », suspendus ou non, selon le profil des missions. Là aussi, Zodiac Milpro a développé une gamme de sièges réglables et amovibles, Milpro AIR (Acceleration and Impact Reduction), conçus pour amortir les effets des vagues à grande vitesse et permettre une meilleure assise et un confort qui n’est pas un luxe si le bateau est amené à évoluer à vive allure sur une longue durée, surtout si la mer n’est pas excellente. Grâce aux rails, les semi-rigides se transforment en plateformes modulaires, reconfigurables à volonté selon les besoins. On peut ainsi augmenter ou diminuer le nombre de sièges pour loger d’autres équipements, comme du matériel de plongée ou de secours, de l’armement, voire d’autres embarcations, gonflables et repliées pendant le transport.

On notera aussi que les flotteurs peuvent être amovibles. Fixés sur la coque au moyen de rails, ils se démontent très rapidement. « C’est bien plus pratique pour la maintenance, voire le transport, car il faut quelques heures seulement pour monter un flotteur sur rail alors que dans le cas d’un flotteur collé, le temps de séchage est de deux jours ».

 

L'atelier de montage des semi-rigides (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le poste de commande est lui aussi customisable selon les souhaits du client, avec des modèles plus ou moins développés. Les plus évolués comprennent par exemple un radar, un GPS, un sondeur et des systèmes de surveillance électro-optique avec consoles de visualisation sur structures en alu ou composite, ainsi que de puissants moyens de communication, les systèmes étant « durcis » pour les applications militaires. Alors que les équipiers communiquent via des casques avec micro, le poste de commande peut aussi être surmonté d’un T-Top sous forme de taud en aluminium ou même intégré dans une véritable cabine de pilotage fermée.  On notera que, pour améliorer la sécurité, une attention particulière est portée à la séparation des circuits électriques avec les zones de stockage et de circulation du carburant.

Des supports peuvent enfin être intégrés au pont, afin par exemple de servir de sellettes à des mitrailleuses, bitte de remorquage, d’amarrage ou encore des projecteurs.

 

ZH-955 avec carène MACH II (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Design de coque : le V profond et la nouvelle carène MACH II

Et puis il y a bien sûr le design de la coque, l’un des grands points forts de Zodiac Milpro, dont les semi-rigides les plus imposants sont capables d’évoluer jusqu’à 35 nœuds par mer 3. Deux formes sont proposées : le « V profond », reconnu depuis longtemps pour son comportement très marin, et la nouvelle carène MACH II à double steps (redans). Cette technologie, exclusive à l’entreprise, offre une maniabilité et une stabilité exceptionnelles. Le design MACH II, qui peut lui aussi adopter les différents types de flotteurs proposés avec montage sur rails, équipe par exemple les modèles ZH-930 et ZH-955, qui ont notamment servi de base au développement de la nouvelle ECUME des commandos marine français. Doté d’une motorisation interne ou hors-bord, ce type d’embarcations, disponible de 9 à 11 mètres, est conçu pour effectuer des raids à longue distance (200 Nm à 40 Nds) et dans les conditions les plus extrêmes, avec à son bord jusqu’à 16 commandos totalement équipés (voir notre embarquement sur un ZH-955). 

 

ECUME (© : MARINE NATIONALE)

 

Plus de 80 ans d’expérience dans les embarcations pneumatiques

Les bateaux ultramodernes conçus et réalisés par Zodiac Milpro adoptent de nombreuses innovations. Ils sont le fruit d’un savoir-faire très ancien puisque l’entreprise, créé en 1896 et qui était à l’origine un fabricant de structures volantes, travaille depuis les années 30 dans le domaine des embarcations pneumatiques. On lui doit le premier kayak du genre, puis le premier bateau gonflable en 1945 et le premier semi-rigide 1971 Depuis, ses produits n’ont cessé de s’améliorer pour intégrer les technologies nouvelles, gagner en efficacité et en sécurité, mais aussi s’adapter à l’évolution des besoins opérationnels des clients. « Il faut des bateaux robustes, fiables et performants, bien dessinés pour passer les vagues et bénéficiant en même temps d’une bonne stabilité à l’arrêt. Peu de gens s’en rendent comptent mais les gonflables et semi-rigides sont des bateaux très complexes et il faut des compétences très pointues pour concevoir, fabriquer et intégrer de bons produits avec leurs équipements. Le marché s’est beaucoup développé et on voit souvent apparaitre de nouveaux acteurs avec, sur le papier, des embarcations très séduisantes. Mais dans la réalité, ça ne marche souvent pas très bien. Ce métier nécessite en effet de nombreux savoir-faire très spécifiques et une grande attention sur de multiples petits détails qui font l’efficacité de la plateforme. La notion de qualité et d’ergonomie chez Zodiac Milpro est très forte et il y a énormément de relations entre les bureaux d’études et les ateliers afin de vérifier la bonne intégration de tous les équipements souhaités par les clients », souligne Arthur Raizin.

 

L'atelier de montage des gonflables (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

1500 bateaux sortent chaque année de Rosas

L’usine de Rosas produit environ 1500 bateaux par an. « Le site s’étend sur 20.000 m² et nous employons une centaine d’ouvriers ainsi qu’une vingtaine de personnes en assemblage. Nous sommes la plus grosse unité de production de gonflables du monde, avec des modèles de 3.8 à 7 mètres. Et nous assurons en parallèle l’assemblage de semi-rigides allant de 3.95 à 9 mètres », explique le directeur de l’usine, Jordi Solers.

L’une des gammes les plus commercialisées par Zodiac Milpro est le Sea Rib, en particulier les modèles SRMN de 5 à 6 mètres, avec flotteurs collés, dotés d’un moteur de 30 à 150cv  et d’une capacité d’emport de 10 à 16 personnes. Ces semi-rigides sont très prisés des organismes de sauvetage, mais aussi des forces de sécurité. Il en va de même pour les gonflables, avec également un large choix de modèles en fonction des usages et la possibilité d’intégrer de nombreux accessoires : rangements, réservoirs amovibles, kits de gonflage rapide… Là aussi, les clients sont aussi bien civils que militaires. Les forces spéciales utilisent par exemple la gamme Futura Commando, de 4.2 à 5.3 mètres. Gonflables, pliables et coulables, ce qui permet de les transporter facilement ou de les immerger près des zones d’intervention dans le cadre d’actions discrètes, ces embarcations sont dotées de flotteurs amovibles complémentaires placés sous les boudins principaux, afin d’accroître la capacité d’emport, la rigidité et la tenue à la mer. Le plancher de ces gonflables peut être constitué de quatre grandes plaques, de petites lattes d’aluminium qui se déroulent, ou encore d’un HPP, plancher léger gonflable à haute pression. 

 

 

Planchers de gonflables (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Trois couches de tissus

Dans l’usine de Rosas, le travail débute avec d’imposants rouleaux de toile, un peu à l’image d’une grande mercerie. « Nous sommes les seuls au monde à avoir des tissus réalisés selon nos propres spécifications, que l’on appelle DURATANE », souligne Arthur Raizin. Trois types de tissus sont utilisés en fonction des modèles de bateaux : une trame tissée, du polyéthylène chlorosulfoné (CSN) et du néoprène. S’y ajoute dans certains cas du polyuréthane, mais le matériau fait encore l’objet de développements, l’une de ses principales contraintes étant sa difficulté à être réparé, ce thermoplastique devant être travaillé avec des méthodes de fusion.

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le CSN employé à Rosas est l’Hypalon, un matériau développé par la société française DuPont, que le groupe franco-belge Pennel utilise pour la fabrication des tissus que l’on retrouve chez la majorité des fabricants d’embarcation semi-rigides. Zodiac Milpro fait pour sa part, comme on l’a vu, réaliser ses tissus selon ses propres spécifications. « L’Hypalon est un tissu très technique qui a demandé des années d’études et de développement. Il est conçu pour résister une vingtaine d’années, présente l’avantage d’être élastique et résistant à l’abrasion comme aux chocs. Mais le CSN n’est pas étanche. C’est pourquoi on ne l’utilise que pour la couche extérieure du flotteur, qui doit être la plus épaisse possible ». Le cœur du flotteur sera constitué d’une couche de néoprène, aussi utilisé pour les combinaisons de plongée en raison de sa grande étanchéité, mais qui n’est pas très résistant. D’où l’utilisation en externe du CSN et, « entre le néoprène et le CSN, nous avons une couche de trame tissée pour assurer la rigidité de l’ensemble ». L’enveloppe finale du flotteur compte donc trois couches superposées. Les épaisseurs varient selon les types de bateaux. « Tout est une question de compromis entre la résistance, le poids et la possibilité de plier le bateau ».

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Ponçage et assemblage entre les mains expertes des ouvrières

Dans l’usine, les grandes bobines de toile sont déroulées et découpées au laser en fonction du design du bateau. Après la découpe vient la partie collage et assemblage des pièces de tissu. Avec, ici, quelque chose de frappant : L’essentiel du personnel est féminin. « Il y a un vrai savoir-faire des femmes de Rosas dans le travail du tissu, qui nécessite beaucoup de justesse dans les gestes, énormément de patience et des années d’expérience ». Des tâches pour lesquelles, en général, les hommes seraient donc moins doués.

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Avant de passer au collage, une phase de préparation consiste à poncer les parties de tissu qui se superposeront. « C’est une phase délicate car l’objectif du ponçage est de remettre de la porosité dans l’Hypalon, afin que la colle s’imprègne bien ». Un travail mené sur une toute petite couche et, si une partie du travail est automatisé avec une ponceuse mécanique, les finitions se font toujours manuellement par les ouvrières : « C’est un travail de grande finesse et on dit ici que les femmes sont plus minutieuses et patientes que les hommes. Elles sont donc beaucoup plus efficaces ».

Le collage est lui-aussi une opération très technique : « Cela demande beaucoup du doigté. Les deux parties du tissu sont collées et, pour être sûr de l’étanchéité, on ajoute un joint de mastique sur la partie intérieure. Le mastique entoure également les valves d’intercommunication entre les compartiments du flotteur ».

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Non loin des grandes tables où les éléments des flotteurs sont progressivement assemblés les uns aux autres, on remarque au passage d’autres postes de travail, dédiés aux accessoires. Car ils sont nombreux à être réalisés en tissu (Hypalon et polyuréthane notamment), à l’image des réservoirs souples et des sacs de rangement.

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Tests, processus qualité et laboratoire

Mais revenons à la fabrication des flotteurs. Une fois assemblés, ceux-ci subissent un premier test de mise sous pression. « On les laisse gonflés pendant 24 à 48 heures pour valider leur étanchéité, un manomètre permettant de vérifier qu’il n’y a pas de fuite ». Le système de valves permet d’ailleurs de tester différentes parties du flotteur et donc de repérer encore plus facilement un éventuel problème. A ce sujet, on notera que l’usine, certifiée ISO 9001 et 14001, a mis en place un solide processus qualité : « Il y a une véritable traçabilité de la découpe du tissu à la sortie d’usine des bateaux grâce à une fiche de suivi sur laquelle on connait par exemple les numéros des bobines de tissu employées et où chaque ouvrière, au fil de la fabrication, inscrit ses observations. Ainsi, s’il y a un défaut, on peut l’identifier rapidement ». L’usine dispose par ailleurs d’un petit laboratoire où des échantillons de tissu sont régulièrement testés, en particulier au niveau de la résistance : déchirure, abrasion, chaleur, tenue de la colle…

 

Tests de gonflage (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le montage

Une fois assemblés et testés, les flotteurs rejoignent les ateliers de montage, avec une zone pour les gonflables et l’autre pour les semi-rigides.

Dans l’atelier des gonflables, des bateaux de différentes tailles et de tous types, destinés à des clients du monde entier, sont en cours d’équipement, avec la mise en place des planchers et la fixation des accessoires. Les Futura Commando côtoient par exemple des ZMSR 380 (Surf Rescue). Ces nouveaux bateaux de plage pour les sauveteurs sont spécifiquement conçus pour passer les gros rouleaux d’entrée dans l’eau avec un plancher particulier. Ils ont nécessité deux ans de développement, Zodiac Milpro travaillant pour l’occasion avec des experts du domaine, notamment australiens et gallois. 

 

(© : ZODIAC MILPRO)

 

 

Embarcations de sauvetage et Futura Commando (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

A l’arrière de l’atelier, de nombreuses embarcations sont, après d’ultimes essais, pliées et rangées dans leurs sacs ou caisses de transport, prêtes à être expédiées chez les clients. L’encombrement des caisses et sacs est minimal, afin de faciliter le transport et la mise en œuvre. Ainsi, un ERB (gonflable) avec son plancher haute pression et son kit de gonflage automatique, une fois déplié, est opérationnel en 2 minutes seulement. Les ERB peuvent être aisément chargés dans des véhicules de secours, leur poids à vide variant entre 40 et 65 kilos.

 

L'atelier des semi-rigides (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L’atelier des semi-rigides

L’atelier suivant est celui des semi-rigides. Ici, ce sont plutôt les hommes de l’usine qui sont à la tâche pour assembler les bateaux et customiser chaque plateforme en fonction des demandes des clients. Sur la base de coques en alu ou composite (classique ou spécifique), avec forme en V profond ou MACH II réalisées sur d’autres sites, les ouvriers vont intégrer progressivement les différents composants sur ces plateformes dotées d’un pont auto-videur : Ils commencent par les flotteurs (D-Shape, classique, hybride), le système de gonflage automatique, une porte d’accès rapide ou porte pour plongeurs, des bandes de ragage, des plaques antidérapantes, des renforts… et bien entendu la propulsion. Celle-ci, comme on l’a vu, peut être interne (hydrojet, Z-Drive, hélices de surface) ou hors-bord. L’essence utilisée dépend de la propulsion : gasoil, JP5, JP8… Et il y a en plus les modèles adoptant une propulsion électrique.

 

Coques en composite (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Montage des équipements sur les semi-rigides (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Semi-rigides prêts à être livrés (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Des solutions sur mesure

Vient ensuite la mise en place des équipements : assises jockey classiques ou sièges suspendus, console de pilotage simple ou double, en alu ou en composite, T-Top ou cabine fermée sur suspensions, systèmes électriques, batteries, projecteurs, lumières de pont, équipements de sécurité, réservoirs de carburant additionnels… Certains modèles disposent d’un radar et, pour les usages militaires, différents systèmes sont proposés, comme une caméra électro-optique, une couverture thermique pour éviter les indiscrétions liées à la chaleur des moteurs, un support de matériel ou de rangement d’embarcations pliables et de leurs moteurs (deux FC 4.70 peuvent par exemple être logés sur un ZH 935), des moyens de communication adaptés et même des kits de camouflage et une protection balistique, avec des plaques gonflables en kevlar.

« Nous proposons un nombre considérable d’équipements et de configurations, c’est vraiment du sur mesure et nous ne sommes fermés à rien. En fait, on ne fait presque plus de bateaux standards. Le cœur de notre métier est d’offrir des solutions spécifiques pour répondre aux besoins des clients sur des problématiques spécifiques ». Et Zodiac Milpro conçoit également des équipements annexes, comme les systèmes d’aérolargage des ECUME, qui peuvent ainsi être parachutées en pleine mer depuis un avion de transport militaire.

 

 

Une fois assemblés, les semi-rigides, dont environ 250 sortent de Rosas chaque année, sont tous, avant livraison, testés en mer au large du port espagnol. Des essais qui peuvent aussi servir à l’entrainement des personnels qui seront amenés à mettre en œuvre les bateaux.


Centre de formation au pilotage

Zodiac Milpro compte d’ailleurs, ici, un centre de formation avec une équipe dédiée, aussi bien pour les semi-rigides que pour les gonflables. « Nous partons du principe que les personnels que nous allons former ont le permis bateau ou son équivalent dans leur pays, on ne fait pas de formation pour cela. Ici, ce que nous proposons, ce sont des stages de pilotage et de maintenance d’une semaine minimum pour leur montrer comment entretenir et se servir des embarcations, jusqu’à les pousser à leurs limites. Suivant le souhait du client, nous avons différents niveaux. Le premier, de base, consiste à manœuvrer le bateau dans tous les états de mer et utiliser ses équipements : VHF, GPS, radar… Le second niveau comprend en plus l’apprentissage des missions qu’effectuera le bateau, avec par exemple des opérations de beaching, d’abordage ou de rendez-vous en mer. Enfin, le troisième niveau vise à former des chefs d’embarcation et chefs de raid. Nous travaillons sur toutes les phases, de la préparation de mission à terre jusqu’au debriefing », détaille Bruno Marion, Directeur des essais et formations. Dispensées par de professionnels de haut vol, tous d’anciens opérationnels confirmés bénéficiant d’une grande expérience, les formations proposées aux militaires comme aux civils sont donc très complètes et d’un niveau élevé.

 

Sur le plan d'eau de Rosas (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Prestations d’entrainement pour économiser le potentiel

Ces stages sont proposés aux clients faisant l’acquisition de nouveaux bateaux, mais servent aussi à ceux qui veulent former leur personnel sans puiser dans le potentiel de leur flotte. C’est le cas pour la mise en œuvre des embarcations, mais aussi pour des opérations spécifiques, comme apprendre à couler des gonflables. « Nous intervenons souvent au profit des armées. Nos clients pourraient le faire eux-mêmes mais avec nous c’est plus rapide, nous avons tous les bateaux et les zones d’entrainement qu’il faut, et cela coûte moins cher. En plus, les unités opérationnelles sont généralement très sollicitées et il n’y a pas forcement chez eux beaucoup de matériel disponible pour les entrainements et formations », explique Gaël, un ancien des forces spéciales françaises aujourd’hui formateur chez Zodiac Milpro. Mais, rappelle l’ancien commando, « nous ne faisons pas ici de formation tactique, nous partageons uniquement des procédures techniques. Nous travaillons notamment sur tous les cas non-conformes, ce qui permet aux opérationnels de gagner un temps fou ».

Apprendre la maintenance

Avec l’apprentissage à la mise en œuvre de ses bateaux, Zodiac Milpro propose dans le même temps la formation à leur entretien et leur maintenance. « Cela commence par des choses très simples mais qu’il faut respecter avant, pendant et après l’utilisation. Par exemple comment démarrer le moteur, vider les filtres, vérifier que les sièges sont bien vissés pour le pas arracher le pont… Comme pour un avion, nous procédons par check list et, si on respecte bien cela, on évite bon nombre de soucis sur les bateaux ».  

Un réseau de support mondial

En matière de service après-vente, l’entreprise s’est fortement développée, un impératif compte tenu du nombre et de l’éclatement géographique de la clientèle. Zodiac Milpro dispose de plusieurs centres de maintenance et de service, en France, en Espagne, au Royaume-Uni, en Italie, en Australie, aux Etats-Unis et à Singapour. « Mais on ne peut pas être partout dans le monde. C’est pourquoi nous nous appuyons sur des partenaires avec différents niveaux de labellisation. Les équipes du Milpro Service Center apprennent à des ateliers spécialisés dans le nautisme nos process et standards de qualité, nos différentes gammes de produits et pièces détachées. Le but est de permettre à nos clients de disposer, partout dans le monde, de professionnels qualifiés ».

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Beaucoup de concurrence mais une barre placée très haut

Dans un marché en plein développement, la concurrence se développe vite, avec l’émergence ces dernières années de nombreux acteurs nouveaux à l’échelle internationale. Toutefois, estime Arthur Raizin, le nombre de sociétés spécialisées capable de produire des bateaux aussi robustes et techniques demeure très limité : « Il n’y a qu’une demi-douzaine de fabricants de bateaux professionnels dans le monde. Le reste, ce sont des bateaux de plaisance adaptés et, même s’il y a là de bonnes embarcations, ce n’est pas comparable au savoir-faire et au niveau de résistance que nous proposons ». D’où la différence de prix : « On ne peut pas produire un bon bateau militaire ou professionnel au même prix qu’un bateau de plaisance amélioré. Un semi-rigide de 8.70 mètres c’est, par exemple, 600 heures de travail avec des ouvriers très qualifiés, des équipements vraiment adaptés, des matériaux de grande qualité et des études spécifiques. Cela coûte donc cher mais le client est certain du produit qu’il achète et cette confiance se retrouve dans notre carnet de commandes ».

Les clients les plus exigeants et prestigieux

« Nous fournissons en effet les services les plus exigeants : marines, garde-côtes, administrations, services de sauvetage, ports, paquebots, offshore, pompiers, polices, sociétés de sécurité… Cela représente 2000 bateaux livrés chaque année et, rien que dans le domaine militaire, 80 forces armées emploient des Zodiac ». Marines américaine, française, allemande, australienne, singapourienne, danoise, suédoise… « la moitié des marines clientes ont réceptionné ces deux dernières années des gonflables et semi-rigides sortant de nos usines ».

 

(© : ZODIAC MILPRO)

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