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Rotterdam : le premier port européen a perdu des volumes

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Rotterdam : le premier port européen a perdu des volumes

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Les trafics du port de Rotterdam s’inscrivent dans la même tendance que ses concurrents européens. Il perd 6,9% à 436,8 Mt. Un article d'Hervé Deiss de Ports et Corridors

Le port de Rotterdam conserve sa première place au niveau européen. La crise sanitaire et ses conséquences économiques ont pesé sur le bilan annuel. Avec 436,8 Mt, le port néerlandais affiche une baisse de 6,9%. Le premier semestre a été difficile pour le port de la Meuse avec une baisse de 9,1%. Dans la seconde moitié de l’année, la baisse s’est ralentie pour n’être que de 4,6%.

Hausse sur les produits agricoles

Les principaux courants du port de Rotterdam sont au rouge. Les conteneurs, les minerais, le charbon et le pétrole baissent. Il faut regarder sur les produits agricoles et la biomasse pour voir les premières hausses. L’analyse par type de trafics montre clairement la position du port de Rotterdam dans la transition écologique.

Baisse structurelle du charbon

Les vracs solides accusent un repli important. Ils perdent 14,4% à 63,8 Mt. Le charbon perd 24% de ses flux à 22,6 Mt. Il intervient dans la production électrique et comme matière première de certaines industries. Or, la baisse structurelle de l’utilisation du charbon dans la production électrique est engagée depuis quelques années.

Minerais: conséquence de la baisse de la sidérurgie allemande

La concurrence avec la production éolienne, qui affiche un record aux Pays-Bas en 2020, et de centrales au gaz a fait plier ce courant. De plus, une centrale thermique sur les bords de la Meuse a fermé définitivement ses portes. Du côté des minerais, la baisse tient principalement à une production moindre de la sidérurgie allemande.

Biomasse: un nouveau levier de croissance

À l’inverse, les produits agricoles affichent une croissance de 4,8% à 10,2 Mt. Le port de Rotterdam s’inscrit dans les exportations en provenance d’Europe centrale. Enfin, la biomasse a connu une croissance de ses flux. L’utilisation de cette source pour produire de l’énergie dans la centrale Amer9 de Geertruidenberg se développe.

Vracs liquides: la demande a pesé négativement

Les vracs liquides ont aussi enregistré des baisses de trafic. Avec 191,9 Mt, Rotterdam voit ses trafics de vracs liquides perdre 9,1%. Le pétrole brut accuse une baisse de 10,2% à 93,5 Mt en raison de la baisse de la demande. À titre d’exemple, l’arrêt des liaisons aériennes au premier semestre a mis un coup d’arrêt à la consommation de kérosène. Les raffineries ont donc moins produit et par voie de conséquence réduit leur demande en matière première.

Produits pétroliers: nouvelle règlementation, nouvelle baisse

Ensuite, les produits pétroliers ont aussi vu leurs flux se réduire. La baisse de la demande en fioul et diesel en raison de la pandémie et des restrictions de déplacement a pesé. De plus, les nouvelles règlementations en matière d’émission de Sox et Nox et de Co2 réduisent la demande en carburants trop polluants.

Dans la même veine de ce qu’il se produit sur les vracs solides, les flux qui ont vu leur trafic augmenter sont ceux liés aux biofuels, et notamment le bio-diesel, rangés dans la rubrique des autres vracs liquides. Ces autres vracs affichent ainsi une progression de 1,3% à 32,1 Mt.

Conteneurs: baisse en tonnage et en EVP

Les trafics des marchandises diverses n’a pas échappé à la baisse générale. Le trafic conteneurisé a enregistré une diminution de 1,2% à 151 Mt. En EVP, la diminution s’élève à 3,2% pour s’établir à 14,3 MEVP. Encore une fois, la pandémie est à l’origine de cette baisse. Le lockdown opéré par les industries chinoises dès le mois de février, puis le confinement en Europe ont eu raison de ces flux. La seconde moitié de l’année a été différente. La reprise de l’économie a vu le trafic augmenter. Tant et si bien que l’autorité portuaire rotterdamoise constate un trafic plus élevé au second semestre 2020 qu’un an auparavant.

Rouliers: la peur d’un Brexit hard

Enfin, les trafics rouliers ont évolué de façon erratique. Au premier trimestre, les opérations se sont comportées normalement. L’arrivée en Europe de la Covid 19 a mis un arrêt aux opérations. La chute de la demande en véhicules neufs a aussi marqué le pas. Une hausse s’est faite jour en septembre, notamment avec une forte demande par les acteurs économiques britanniques en prévision du Brexit. De nombreuses sociétés ont procédé à un important stockage de marchandises en prévision d’un Brexit dur.

2021: tout dépend de la vaccination

Pour les mois à venir, les prévisions sont difficiles à établir. Elles dépendent en large partie de la situation sanitaire tant en Europe que dans le reste du monde. « Si le programme de vaccination devient efficace, le commerce mondial pourrait repartir, indique l’autorité portuaire de Rotterdam. Néanmoins, un retour à la situation antérieure à la crise sanitaire n’est pas attendue pour 2021.

Le président de l’autorité portuaire de Rotterdam, Allard Castelein reste malgré tout positif. « Nous pouvons avoir confiance en notre avenir. Nous allons continuer à investir environ 1,5 Md€ dans les cinq prochaines années. Des sommes qui seront allouées à la transition énergétique, la digitalisation et les infrastructures. »

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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