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Rouliers des armées : La construction dans un chantier allemand toujours envisagée

Depuis les remous provoqués par la possible construction en Allemagne des futurs navires rouliers destinés au transport logistique de l’armée française, une grande discrétion entoure le dossier. Pour mémoire, CMA CGM serait entré au début de l’été en négociations exclusives avec le ministère de la Défense pour décrocher ce marché (*). Avant d’être désigné comme « attributaire pressenti », le groupe maritime français avait consulté différents chantiers, notamment en Europe. Or, d’après la compagnie, interrogée à ce sujet en juin dernier, ceux de Saint-Nazaire (STX France), qui connaissent actuellement une période très difficile, n’auraient pas donné suite à la demande émanant de CMA CGM. Il y a trois mois, l’armateur n’avait pas précisé à quelle période cette demande avait été faite mais, de sources nazairiennes, aucune sollicitation n’est intervenue récemment. En fait, Saint-Nazaire semble avoir été contacté il y a plusieurs années, probablement en 2009, lorsque le ministère de la Défense a commencé à se pencher sérieusement sur le renouvellement de la flotte logistique. A l’époque, STX France avait un bon plan de charge et les rouliers étant des navires simples pour lesquels le chantier français n’est pas très compétitif, la direction a probablement estimé qu’il n’était pas nécessaire de remplir la cale avec ces navires, alors que des commandes de paquebots, bien plus intéressantes, étaient en cours de négociation.

 

Le nom de Flensburger circule

 

Trois ans plus tard, STX France, dont l’Etat est actionnaire à 33.34%, traverse une très mauvaise passe, avec un plan de charge en décroissance rapide, aucune nouvelle commande pour assurer une pleine activité sur l’année qui vient, des perspectives de contrats plutôt aléatoires, un développement rapide du chômage partiel et des milliers d’emplois menacés dans la sous-traitance. On aurait donc pu penser que les rouliers des armées pouvaient constituer une aubaine pour le constructeur. Car, s’il est vrai qu’ils sont très loin de valoir des paquebots, ces bateaux auraient au moins eu le mérite de procurer du travail aux ateliers, en attendant un nouveau projet plus ambitieux dans la croisière ou l’offshore. « C’était une belle opportunité pour l’Etat actionnaire, qui aurait pu montrer qu’il ramenait de la charge au chantier. En plus, c’est quand même plus intelligeant de donner une commande comme celle-ci et de faire travailler les gens, plutôt que de financer des indemnités chômage », s'agace un responsable syndical, qui ne comprend pas comment Saint-Nazaire peut passer à côté de ce contrat dans le contexte actuel.  Car, depuis juin, rien n’a apparemment bougé sur ce sujet entre le ministère de la Défense, CMA CGM et STX France. En marge du salon SMM de Hambourg, qui s’est tenu début septembre, on a même appris que CMA CGM serait toujours en négociation avec un chantier allemand, dont l’identité s'est enfin précisée. Il s’agirait de Flensburger Schiffbau - Gesselschafft, qui construit notamment des rouliers porte-conteneurs. Alors qu’un bateau de ce type est en cours de construction pour Oceanex, FSG a notamment livré, ces dernières années,  plusieurs navires pour Cobelfret et UN RoRo.

 

Sauver le soldat STX

 

Alors que les négociations se poursuivent entre CMA CGM et le ministère de la Défense, si le contrat est signé, il y a donc fort à parier que les deux futurs rouliers des armées, qui devraient entrer en service en 2014 et battre pavillon français, seront réalisés en Allemagne. A moins que la Maritime Nantaise, actuelle titulaire du marché, revienne dans le jeu avec ses nouveaux rouliers commandés dans un chantier sud-coréen. Quant à Saint-Nazaire, STX France attend toujours une commande providentielle mais le contexte demeure excessivement instable et du côté des investisseurs comme les banques, on souffle actuellement le chaud et surtout le froid. Devant la dégradation de la situation, des responsables syndicaux appellent à saisir toutes les opportunités. « On ne peut pas se permettre, dans le contexte actuel, de laisser passer la moindre affaire, même si ça ne rapporte pas beaucoup d’argent. L’urgence est de redonner de la charge et, même si nous avions un gros contrat à honorer et que le site se trouvait saturé dans un an, les personnels du chantier ont montré, par le passé, qu’ils étaient capables de se retrousser les manches dans ce genre de situation. On peut toujours trouver des solutions »,  assure l'un d'eux, qui évoque aussi la possibilité, pour l'Etat, d'anticiper la commande des nouveaux bâtiments de ravitaillement de la Marine nationale, quatre navires devant normalement être construits après 2015. Chez DCNS, qui travaille avec STX France sur ce projet, on s'inquiète d'ailleurs de la situation à Saint-Nazaire. Au point que les 10 et 11 septembre, lors des universités d'été de la Défense à Brest, le président de DCNS s'est exprimé sur le sujet à plusieurs reprises devant les parlementaires et officiers généraux, y compris lors de son discours en séance pleinière. Patrick Boissier, qui fut patron des Chantiers de l'Atlantique de 1997 à 2006, a alerté  ses interlocuteurs sur les dangers pesant sur STX et les répercussions qu'un naufrage de l'entreprise aurait sur des capacités stratégiques pour le pays : « C'est le dernier chantier français capable de faire de grands navires. Si nous le perdons, la France n'aura plus la capacité de construire des porte-avions, des bâtiments de projection et de commandement ou des pétroliers ravitailleurs ».

 

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(*) Dans la cadre de ce marché, sous forme d’un partenariat public privé (PPP) devant être signé entre l’Etat et un armateur privé, cinq nouveaux navires de type CON-RO (porte-conteneurs rouliers) vont être réalisés, totalisant une surface de garage de 12.500 mètres linéaires. Deux de ces bateaux seront affrétés à l'année par le ministère de la Défense, afin d'assurer le service courant de transport de matériels militaires vers les bases et théâtres situés hors de la France métropolitaine. Les trois autres devront être mobilisables en cas de besoin pour projeter des forces, avec une mise à disposition dans un délai de deux semaines maximum. En dehors de son emploi occasionnel pour la défense, cette flotte de projection sera exploitée sur les lignes commerciales de l’opérateur.