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Royal Caribbean restructure sa filiale française

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Royal Caribbean restructure sa filiale française

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Mauvaise nouvelle pour les employés de la succursale française de Royal Caribbean Cruises Ltd. Hier, le groupe américain a confirmé son projet de restructurer la société. « Ce redimensionnement du bureau fait suite à la conjoncture économique particulièrement difficile qui a notamment entraîné la révision à la baisse des résultats attendus pour 2012 », explique le numéro 2 mondial de la croisière, qui assure dans un communiqué que « cette réorganisation ne remet aucunement en cause l’ambition de RCL Cruises Ltd de poursuivre son projet de développement en France et en Europe ». En dehors de cette communication officielle, la compagnie n’a pas souhaité répondre aux questions quant aux détails de l’opération. Mais il semblerait, notamment d’après les informations postées par des salariés encore sous le choc sur les réseaux sociaux, qu’une grande partie des effectifs de la succursale française, qui emploie une trentaine de personnes, pourrait être concernée par des mesures de licenciement économique.

Suivant le projet envisagé, il semblerait que Royal Caribbean envisage de ne conserver à Paris qu’un noyau consacré à la vente et au marketing. En revanche, la réservation et le service financier seraient mutualisés avec la filiale espagnole du groupe. Les décisions finales devraient être prochainement connues.

  

A peine un an après le grand retour dans l’Hexagone

 

 Après avoir fermé son bureau français en 2002, suite aux attentats du 11 septembre qui avaient malmené l’industrie de la croisière, RCL avait rouvert une succursale à Paris en juillet 2011, il y a donc un peu plus d’un an seulement. Le groupe américain avait alors consenti de gros investissements pour percer sur le marché français, l’un des plus dynamiques d’Europe avec une croissance de 11 à 14% ces dernières années. En dehors du recrutement d’une importante équipe, conduite par Frédéric Martinez (dont la démission a été annoncée à la fin de l’été), Royal Caribbean International, la principale compagnie du groupe (qui compte également Celebrity Cruises et Azamara Club Cruises), avait décidé de proposer des départs sur ses navires depuis les ports français de Toulon, Le Havre et Marseille, avec une francisation de son produit afin d’attirer la clientèle hexagonale. Considérée comme l’une des meilleures compagnies au monde sur le segment des grands paquebots, RCI semblait avoir toutes les cartes en main pour réussir, même si les objectifs initiaux, annoncés à 40.000 passagers français en 2012, paraissaient aux yeux des spécialistes particulièrement ambitieux.

  

Un lancement étrillé par la crise et la surcapacité

  

Peut-être qu’à Miami, au siège de RCL, la croissance rapide de Royal en France a été surestimée,  le marché hexagonal ne se montrant finalement pas aussi réceptif que le géant américain l’escomptait. Non que le produit soit mauvais, il est au contraire excellent, mais peut-être tout simplement parce que ce grand nom de la croisière demeure méconnu ici et qu’il faut certes des moyens, mais aussi du temps pour se faire une place auprès de la clientèle et des réseaux d’agents de voyage. Toujours est-il que Royal a aussi, et peut-être surtout, lancé sans évidemment le savoir sa reconquête de la France au pire moment. Car, si la croisière avait très bien résisté à la crise depuis 2008, la situation s’est brusquement dégradée en Europe en 2012. Et le naufrage du Concordia, s’il n’a pas eu d’effet sur l’attractivité de la croisière, n’a fait qu’exacerber la concurrence entre compagnies et fait éclater au grand jour un problème déjà latent : une surcapacité qui a conduit les opérateurs à brader les croisières pour remplir une flotte devenue trop volumineuse. Ceci, alors même que la baisse du pouvoir d’achat réduisait les dépenses des passagers et donc les revenus à bord.

  

Le secteur de la croisière dans le gros temps

 

 Cette situation, qui touche aujourd’hui la quasi-totalité du secteur de la croisière, a des répercussions sur la rentabilité des grands armateurs, qui se voient pour un certain nombre contraints de couper dans les dépenses et se restructurer en taillant dans les effectifs (officiellement ou non). Royal, qui n’a semble-t-il toujours pas digéré la reprise fin 2006 de l’Espagnol Pullmantur, désormais confronté à un marché ibérique déprimé, n’échappe pas à la règle. D’autant que le groupe, dont la dette atteint presque son chiffre d’affaires (8 milliards de dollars), se sait sous la surveillance des analystes financiers. Dans cette période délicate, tous les opérateurs retiennent donc leur souffle, en espérant que le marché se redresse, non pas au niveau du nombre de croisiéristes, qui continue de croître significativement, mais des prix pratiqués. Car, si la concurrence est évidemment une bonne chose pour le consommateur et la vivacité du marché, et que pendant longtemps, l’offre a tiré la demande, l’industrie de la croisière, qui s’est peut-être laissée allée à une certaine folie des grandeurs ces dernières années, est bel et bien, depuis un moment, en train de se tirer une balle dans le pied.

 

 Préparer la reconquête

  

Concernant l’avenir de Royal Caribbean en France, le groupe va donc poursuivre son activité avec une équipe resserrée. Et des objectifs plus modérés qui devraient se traduire par une politique d’expansion centrée sur une croissance mesurée, en consolidant pas à pas les acquis. Malgré la restructuration, la marque bénéficie en tous cas d’une base saine, avec un produit de qualité et, en 2013, un nombre d’embarquements des ports français plus important, puisque, sauf changement, 39 départs sont prévus l’an prochain (depuis Toulon et Marseille), contre 27 cette année. RCL devrait également bénéficier de l’important travail mené depuis un an par ses équipes françaises pour faire connaître la compagnie et ses paquebots. Sans oublier un facteur très important : la satisfaction des nouveaux clients embarqués en 2012. Car ceux-ci ne manqueront pas, par le bouche à oreille, de revenir et d’attirer de nouveaux vacanciers. De là, Royal devrait redresser la barre et finalement atteindre ses objectifs initiaux, pour les dépasser sans doute à terme et se développer de nouveau. Mais pour cela, il faudra un peu plus de temps que prévu.

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