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Russie : Le programme des nouveaux SNLE vacille

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Russie : Le programme des nouveaux SNLE vacille

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Si l'information se confirme, ce sera un coup très dur pour la marine et la construction navale russes. Selon le quotidien Izvestia, qui citait hier des sources au ministère de la Défense, Moscou aurait décidé de geler le programme des nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de la classe Borey (projet 955). Pour l'heure, une seule unité, le Yuriy Dolgorukiy, a pris la mer. Alors que le bâtiment poursuit ses essais, le directeur des chantiers Sevmach, qui réalisent les SNLE, a confirmé que le lancement de la construction du quatrième bâtiment de la série, prévue le 22 décembre, avait été annulé. Simple retard ou problème plus sérieux ? La presse russe affirme que la décision de geler le programme a été prise en raison des échecs répétés du nouveau missile balistique RS 30 Bulava (SS-NX-30), pour lequel les Borey ont été spécialement conçus. Le nouvel engin est actuellement testé par le SNLE Dimitriy Donskoy, dernier type Typhoon encore en service, modifié pour pouvoir tirer le Bulava. Le 10 décembre, un nouveau tir raté a été révélé. Cela porterait à 8 le nombre d'échecs, sur un total de 12 lancements.

Le SNLE Yuriy Dolgorukiy (© : DEFENSE-UPDATE.COM)
Le SNLE Yuriy Dolgorukiy (© : DEFENSE-UPDATE.COM)

Un bâtiment en essais, deux en construction

La marine russe se retrouve donc confrontée à une situation très délicate. Alors que le Yuriy Dolgorukiy est en essais, ses deux premiers sisterships, les Aleksandr Nevskiy et Vladimir Monomakh, sont en construction. Mais il n'y a toujours pas de missile opérationnel pour les équiper. Afin de renouveler sa flotte de SNLE, la Russie a prévu de réaliser, d'ici 2017, 8 unités de la classe Borey. Or, la difficile mise au point du Bulava semble bien partie pour retarder le programme. Nul doute cependant que les Russes vont mettre les moyens nécessaires pour surmonter les difficultés. Avec ces SNLE, le pays joue, en effet, le maintien de sa crédibilité à long-terme comme puissance nucléaire océanique.
Longs de 170 mètres pour un déplacement d'environ de 17.000 tonnes en plongée, les Borey doivent mettre en oeuvre 12 à 16 RS 30 Bulava, dont la portée est donnée à 8000 kilomètres. D'une longueur de 12 mètres pour un poids de 37 tonnes, le missile est conçu pour délivrer jusqu'à 10 têtes d'une puissance de 100 kilotonnes (ou quatre de 250 kilotonnes).

Le Yuriy Dolgorukiy lors de sa construction (© : MARINE RUSSE)
Le Yuriy Dolgorukiy lors de sa construction (© : MARINE RUSSE)

La déconfiture des chantiers russes ?

Les problèmes rencontrés pour la mise au point du nouveau système d'armes stratégique russe n'est, en fait, que la partie la plus visible d'un contexte industriell et technique pour le moins difficile. Avec la fin de la guerre froide et l'effondrement de l'URSS, les chantiers ont été littéralement abandonnés pendant plusieurs années. Lentement, l'activité est revenue avec le redressement de la Russie, mais l'industrie semble souffrir d'un outil de production sans doute vieillissant et, peut-être aussi, d'une certaine perte de savoir-faire. A celà se sont ajoutés des problèmes de financement des programmes, qui n'ont rien arrangé. Ainsi, le Yuriy Dolgorukiy, qui n'est donc pas encore opérationnel, a été mis sur cale en 1996, c'est-à-dire il y a 13 ans ! La lenteur de la construction est encore pire pour le projet 885, portant sur des sous-marins nucléaires lance-missiles antinavires. La deuxième unité de la série, le Kazan, a été mis sur cale le 24 juillet dernier. Mais le prototype (Severodvinsk), dont la construction a commencé en 1993, n'est toujours pas lancé. Sa mise à flot vient encore d'être retardée. On la prévoit désormais en 2011. On retrouve aussi cette problématique pour les sous-marins nucléaires d'attaque. Les Kuguar et Rys (type Akula II), mis à flot en 1998, ne sont toujours pas en service !

SNA du type Akula (© : MARINE RUSSE)
SNA du type Akula (© : MARINE RUSSE)

Le Sankt Petersburg, du type Lada (© : MARINE RUSSE)
Le Sankt Petersburg, du type Lada (© : MARINE RUSSE)

Et cela ne va apparemment pas mieux pour le dernier né des sous-marins conventionnels russe. Mis sur cale en 1997 et lancé en 2004, le Sankt Petersburg (type Lada) est en essais depuis plus de quatre ans, la date de son admission au service actif n'étant toujours pas connue.
Finalement, les seuls bâtiments à sortir des chantiers russes sont des Kilo, type conçu à la fin des années 70 et réalisé à plusieurs dizaines d'exemplaires, notamment à l'export. Les chantiers de l'Amirauté, à Saint-Pétersbourg, ont livré discrètement, fin octobre, le premier des deux nouveaux Kilo commandés par l'Algérie. Lancé en avril dernier, le second doit être achevé l'an prochain. En dehors de ce contrat, les Russes ont enregistré des intentions de commandes pour le Kilo au Vietnam, en Indonésie et au Venezuela.

Un SNLE du type Delta IV (© : MARINE RUSSE)
Un SNLE du type Delta IV (© : MARINE RUSSE)

11 sous-marins du Delta III et IV encore en service

En attendant que les ingénieurs russes trouvent une solution aux problèmes du Bulava, la flotte stratégique repose sur les SNLE du type Delta. Mis en service entre 1978 et 1982, cinq bâtiments du type Delta III sont basés dans le Pacifique. Longs de 160 mètres pour un déplacement de 13.250 tonnes en plongée, ils emportent 16 missiles SS-N-18, d'une portée estimée à 6500 kilomètres. Un septième bâtiment de ce type, le Borisoglebsk, a été désarmé en janvier dernier. Les autres devaient être retirés prochainement du service, mais le retard du projet 955 pourrait imposer à ces sous-marins de jouer les prolongations.
Outre ces bateaux, la Flotte du Nord arme 6 autres SNLE du type Delta IV. Plus récents, ils ont été mis en service entre 1984 et 1990. Longs de 166.3 mètres pour un déplacement de 13.500 tonnes en plongée, ces unités ont été modernisées pour rester en service jusqu'à la fin de la prochaine décennie. Ils ont adopté la version Sineva du missile balistique SS-N-23, qu'ils embarquent à raison de 16 exemplaire chacun. Malheureusement pour le projet 955, le missile Sineva ne peut être embarqué sur les Borey, les silos n'étant pas compatibles.

Un SNLE du type Typhoon (© : MARINE RUSSE)
Un SNLE du type Typhoon (© : MARINE RUSSE)

Il reste également trois SNLE du type Typhoon (172.8 mètres, 26.500 tonnes en plongée, 20 missiles) dans les registres de la flotte. Mais seul le Dimitriy Donskoy est opérationnel, pour les essais du Bulava. Les deux autres (Arkhangelsk et Sever Stal) sont désarmés en attendant leur hypothétique transformation en sous-marins lance-missiles de croisière (et transport de commandos, à l'image de 4 Ohio américains).

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