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S-80 : des nouvelles du nouveau-sous-marin espagnol

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S-80 : des nouvelles du nouveau-sous-marin espagnol

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On en entendait très peu parler depuis des mois, le programme étant entouré de la plus grande discrétion suite aux graves erreurs de conception dont il a été victime. Hier, le voile a été un peu levé sur le nouveau sous-marin de l’Armada Española , suite à la visite de la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, au chantier Navantia de Carthagène, où l’Isaac Peral est réalisé. « Le programme est entièrement consolidé sur les plans technique et programmatique. La première unité est en phase finale de construction en vue d’être lancée et de commencer ses essais en 2020 », affirme Navantia, qui estime avoir « surmonté l’un des plus grands défis d’ingénierie de son histoire ».

L’Isaac Peral est le premier des quatre sous-marins du type S-80 commandés en 2004 pour remplacer les vieilles unités du type Agosta de la marine espagnole. Mis en chantier en décembre 2007, il devait être livré en 2015. Mais, au printemps 2013, Navantia reconnaissait être confronté à un surpoids inattendu, le bâtiment étant parti pour peser 75 à 100 tonnes de plus que ce que les ingénieurs espagnols avaient prévu. En clair, si la construction s'était poursuivie comme décidé initialement, l’Isaac Peral aurait tout simplement coulé. Il a donc fallu reprendre tous les calculs (Navantia ayant apparemment bénéficié de l’aide des américains, qui fourniront le système de combat) et modifier sensiblement le bâtiment en cours de construction. Ce qui a entrainé un allongement de quasiment 10 mètres. Ainsi, le sous-marin mesurera au final 80.8 mètres de long (au lieu des 71 prévus) pour un diamètre de 7.3 mètres et un déplacement en plongée de près de 3000 tonnes (2960), contre 2430 prévus au départ.

 

Vue du S-80 dans sa version initiale  (© : NAVANTIA

Vue du S-80 dans sa version initiale  (© : NAVANTIA)

 

En définitive, la « mise en service » de l’Isaac Peral devrait intervenir au second semestre 2022, soit avec 7 ans de retard. Quant aux trois autres S-80 espagnols, les futurs Narciso Monturiol, Cosme Garcia et Mateo Garcia de los Reyes, ils devraient le rejoindre en 2024, 2026 et 2027. La facture finale était en 2018 estimée à quasiment 4 milliards d’euros, soit plus du double du budget initial (1.8 milliard).

Le prix à payer pour permettre à l’Espagne, qui collaborait autrefois avec la France sur les sous-marins classiques (les deux pays ont développé en coopération le Scorpene, désormais vendu seulement par Naval Group), de rejoindre le club très fermé des nations capables de concevoir et réaliser de tels bâtiments. Mais le chemin, qui n'est du reste pas encore terminé, a été particulièrement difficile et complexe, Navantia évoquant les « difficultés inhérentes à la conception d’un système devant pouvoir fonctionner de manière autonome dans des environnements extrêmement hostiles pendant de longues périodes et nécessitant des connaissances hautement spécialisées dans des disciplines très diverses (matériaux, hydrodynamique, mécanique, acoustique etc.) », ainsi que la nécessité de construiee « une base industrielle et technologique de soutien hautement qualifiée et spécialisée ». En tout, 2000 personnes travaillent directement pour le programme S-80, et jusqu’à 7000 avec les fournisseurs.

Malgré les déboires rencontrés par son programme national, l’Espagne n’a jamais cessé, ces dernières années, de positionner le S-80 sur le marché export. Sans succès jusqu’ici, ce qui est logique vu les problèmes subis avec le prototype et le fait que ce bateau n’est pas encore à la mer, et n’a donc pas encore fait ses preuves. Navantia se place cependant sur tous les projets accessibles, comme actuellement celui du remplacement des quatre Walrus néerlandais ou encore des six nouveaux sous-marins que l’Inde souhaite commander.

Armés par 32 marins et disposant de couchage pour 40 personnes, les S-80 espagnols doivent être dotés d’un système de propulsion anaérobie pour accroître leur autonomie en plongée. Ces très gros sous-marins conventionnels seront équipés de six tubes de 533mm permettant la mise en œuvre de torpilles lourdes, de missiles antinavire et éventuellement de missiles de croisière. Le système de combat (SUBICS) et les sonars seront fournis par Lockheed Martin. 

En attendant que ces nouveaux sous-marins soient opérationnels, l’Armada continue de faire naviguer ses antiques Agosta (type S-70). Après le désarmement en 2012 du Siroco, qui était en service depuis 1983, il ne reste plus en flotte que trois unités de ce type : les Galerna (1983), Mistral (1985) et Tramontana (1985).

 

Le Mistral et son équipage de retour de mission à Carthagène en mai dernier  (© :

Le Mistral et son équipage de retour de mission à Carthagène en mai dernier  (© : ARMADA ESPAÑOLA)

Le Tramontana lors de l'exercice OTAN Sea Guardian en début d'année

Le Tramontana lors de l'exercice OTAN Sea Guardian en début d'année (© : ARMADA ESPAÑOLA)

 

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