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Saab et Damen s’allient sur le marché des sous-marins

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Saab et Damen s’allient sur le marché des sous-marins

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Les groupes suédois et néerlandais ont annoncé la semaine dernière leur alliance dans le domaine des sous-marins. Il s’agit, selon Saab et Damen, « d’explorer des opportunités futures sur la marché international ». Mais aussi de travailler en coopération dans le cadre d’un futur programme de remplacement des sous-marins de la classe Walrus aux Pays Bas. « Nous sommes convaincus qu’avec Saab nous avons trouvé le partenaire idéal pour réaliser un successeur à la classe Walrus, un bâtiment qui apportera un nouveau standard dans le domaine des sous-marins conventionnels. La complémentarité de nos deux entreprises représente aussi une opportunité pour le succès d’une coopération sur d’autres programmes de sous-marins dans le monde », estime Hein van Ameijden, directeur général de Damen Schelde Naval Shipbuilding.  

Reprise en main de Kockums par les Suédois

Cette alliance fait suite à la reprise en main par les Suédois, en 2014, du constructeur Kockums, qui avait été racheté en 2005 par le groupe allemand TKMS. Face au manque de retombées pour le chantier suédois pendant plus de 10 ans et à l’imminence du lancement du programme des nouveaux sous-marins du type A26, le gouvernement de Stockholm a fait en sorte que l’entreprise revienne dans le giron national. C’est chose faite depuis l’été dernier, lorsque Saab a conclu avec les Allemands le rachat de TKMS AB (ex-Kockums).

Maître d’œuvre du programme A26, qui doit voir la livraison à la marine suédoise, vers 2020, de deux nouveaux sous-marins de 62 mètres et 2000 tonnes appelés à remplacer les deux derniers Västergötland (mis en service en 1989 et 1990), Saab n’a pas caché son intérêt pour le marché export. Une ambition qui se heurte néanmoins au fait que les Suédois doivent se remettre en selle sur une activité qui a bien failli péricliter dans leur pays.

 

Sous-marin du type A26 (© : SAAB)

Sous-marin du type A26 (© : SAAB)

 

Relancer une activité qui a vivoté depuis une décennie

Cela fait, en effet, plus de 20 ans que Kockums n’a pas construit de sous-marin. Le dernier programme est celui des six unités australiennes du type Collins, livrées entre 1996 et 2001. Le chantier suédois, qui a conçu ces bâtiments, avait partiellement réalisé la tête de série, les cinq autres bâtiments étant intégralement fabriqués en Australie. C’est à l’issue de ce contrat, marqué par d’importants problèmes techniques et une très longue mise au point, que Kockums avait été repris par TKMS. Depuis, le plus gros projet du chantier fut la refonte de deux unités du type Västergötland, désarmées en Suède  en 2005 et vendues à Singapour, qui les a réceptionnées en 2011 et 2012. Même si, ces dernières années, les bureaux d’études de TKMS AB ont travaillé sur le projet A26, les références récentes de l’entreprise sont donc limitées.

 

Le Challenger, l'un des anciens Västergötland achetés par Singapour (© : MN)

Le Challenger, l'un des anciens Västergötland achetés par Singapour (© : MN)

 

Un savoir-faire largement perdu par les Néerlandais

D’où, probablement, l’idée de s’allier à un grand partenaire européen ayant lui aussi des lacunes dans le domaine et étant à la recherche d’une coopération. Des discussions ont donc été initiées avec Damen, dont la filiale Damen Schelde Naval Shipbuilding (DSNS) lorgne sur le projet de nouveaux sous-marins néerlandais. Seul problème, elle est spécialisée dans les bâtiments de surface. Les quatre Walrus, mis en service entre 1990 et 1994, ont en effet été réalisés par un autre constructeur, en l’occurrence RDM, qui a périclité au milieu des années 2000.

 

Sous-marin du type Walrus (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Sous-marin du type Walrus (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Menacés de désarmement, les Walrus seront modernisés

A vrai dire, le projet de futurs sous-marins néerlandais n’a pas suscité, jusqu’à une époque récente, un intérêt majeur de la part du groupe Damen. Cela, en raison des incertitudes pesant sur l’avenir des forces sous-marines néerlandaises. Confrontée à des restrictions budgétaires et aussi des difficultés à recruter des équipages, la Koninklijke Marine, et derrière elle gouvernement néerlandais, s’est interrogée sur la pertinence de maintenir cette composante. Une question posée précédemment au Danemark, qui a choisi en 2006 de s’en passer. Après une longue réflexion, les Pays Bas ont cependant jugé qu’il convenait de préserver une force sous-marine pour des questions stratégiques, étant entendu que son abandon constituerait une perte de capacité irrécupérable par la suite.

Il a donc été décidé, en attendant qu’un programme de remplacement soit lancé, de moderniser les Walrus, Zeeleeuw, Dolfijn et Bruinvis, dont un désarmement anticipé avait été envisagé. L'opération de remise à niveau, qui a débuté avec le second bâtiment de la série, permettra logiquement aux sous-marins néerlandais de naviguer jusqu’au milieu des années 2020.

 

Sous-marin du type A26 (© : SAAB)

Sous-marin du type A26 (© : SAAB)

 

Les compétences techniques de l’un, la force commerciale de l’autre

Un planning qui correspond donc avec le programme des nouveaux sous-marins suédois, auquel les Pays Bas peuvent potentiellement s’associer ou bénéficier d’une version dérivée du A26 grâce au partenariat conclu entre Saab et Damen. Pour ce dernier, l’avantage est de s’appuyer sur les compétences techniques des Suédois, qui malgré une situation difficile depuis une décennie sont tout de même parvenus à préserver des savoir-faire dans la conception et la construction de sous-marins. En ce qui concerne Saab, l’intérêt semble double. D’abord, le groupe suédois peut espérer mutualiser les études, si ce n’est l’ensemble du programme A26, pour réaliser des économies d’échelle et réduire les coûts. Ensuite, il entend probablement, sur le marché export, s’appuyer sur l’immense réseau international de Damen et son important portefeuille de clients dans le domaine naval. Sur ce secteur, le géant néerlandais, qui a remporté de nombreux succès auprès de marines étrangères ces dernières années, propose une offre très large, allant des vedettes et intercepteurs d’une dizaine de mètres au bâtiment de projection de 200 mètres, en passant par toute une gamme de patrouilleurs, corvettes, frégates, bâtiments amphibies et autres unités de soutien. 

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