Défense
Saab Kockums : Les deux sous-marins du type A26 désormais en construction

Actualité

Saab Kockums : Les deux sous-marins du type A26 désormais en construction

Défense

Le chantier Saab Kockums de Karlskrona, au sud de la Suède, a lancé la construction du second des deux nouveaux sous-marins du type A26. Le premier, dont la production a débuté en 2015, en est au stade de la réalisation des anneaux, en vue d’une livraison à la marine suédoise en 2022. Son sistership devrait suivre environ deux ans plus tard.

A26 est un programme structurant pour la navale suédoise, qui est en train de vivre une véritable renaissance après la reprise en 2014 par Saab de Kockums, ancienne entreprise publique passée sous pavillon allemand en 1999.

 

Construction des anneaux du premier A26 (© SAAB KOCKUMS)

Construction des anneaux du premier A26 (© SAAB KOCKUMS)

 

Nouveaux équipements

Longs de 65.5 mètres pour un diamètre de 6.75 mètres, les futurs sous-marins suédois auront un déplacement en plongée de 2100/2200 tonnes (1600 à 1700 en surface). Armés par 17 à 26 marins, avec la capacité d’embarquer jusqu’à 35 personnes, dont des forces spéciales, les A26 seront équipés de quatre tubes permettant de lancer des torpilles de 533mm mais aussi de nouvelles armes de 400 mm développées par Saab. Ces dernières, également conçues pour être mises en œuvre depuis des bâtiments de surface et aéronefs, pourront être logées à raison de deux unités par tube. Entre les TLT sera, par ailleurs, aménagé un module multi-missions avec une trappe de 1.5 mètre de diamètre permettant de déployer des drones sous-marins, ainsi que des commandos et leurs engins.

 

(© SAAB KOCKUMS)

(© SAAB KOCKUMS)

 

Côté propulsion, les A26 disposeront du nouveau moteur anaérobie (AIP) Stirling Mk3, alors que les bâtiments mettront en œuvre un nouveau système de combat, des nouveaux sonars et des mâts optroniques, ces derniers étant fournis par le groupe français Safran.

 

L'A26 (© SAAB KOCKUMS)

L'A26 (© SAAB KOCKUMS)

 

Réduction des risques grâce à la refonte des Gotland

Afin de réduire les risques, surtout pour une reprise d’activité en construction neuve après une longue période de charge réduite lorsque les Allemands étaient propriétaires du chantier, Saab et la marine suédoise ont joué la carte de la prudence, avec une approche intelligente. Ainsi, la moitié des nouveautés dont bénéficieront les A26 sera d’abord testée sur les sous-marins Gotland et Uppland, actuellement en cours de refonte dans le grand hall de Karlskrona en vue d’une remise en service fin 2018 et fin 2019. Les équipements communs sont notamment le Stirling Mk3, qui remplace le Stirling Mk2 dont disposait ces bâtiments depuis leur livraison en 1996 et 1997. S’y ajoutent de nombreux autres équipements critiques comme le système de combat, les sonars, les mâts optroniques...

Les deux programmes, qui sont donc intimement liés, ont d’ailleurs été notifiés ensemble à Saab en 2015, avec une enveloppe de 820 millions d’euros pour les deux A26 et 230 millions pour la refonte de deux des trois Gotland, avec une option (non exercée à ce jour) pour la mise à niveau du troisième bâtiment de ce type, l’Halland, opérationnel depuis 1997.

 

L'un des Gotland en refonte (© SAAB KOCKUMS)

L'un des Gotland en refonte (© SAAB KOCKUMS)

 

Des investissements colossaux dans l’outil et les compétences

Ce bateau est en fait le dernier sous-marin neuf produit par Kockums, qui bénéficie depuis sa reprise par Saab d’investissements colossaux, que l’on peut estimer à plusieurs centaines de millions d’euros, pour moderniser son outil industriel et redévelopper les compétences nécessaires. Un défi considérable, même si de nombreux savoir-faire ont pu être préservés grâce aux programmes de modernisation conduits ces 20 dernières années sur les sous-marins suédois ou des contrats exports, à l’image des deux Västergötland vendus à Singapour et complètement refondus avant leur transfert en 2011 et 2012.

A la vue du déroulement de la rénovation à mie-vie des Gotland et de l’avancée des travaux sur le premier A26, la marine suédoise se montre en tous cas confiante. Sur place, un officier nous confiait même, la semaine dernière, qu’il n’était pas à exclure que la tête de série soit à l’eau avec un peu d’avance.

 

Le futur A26 (© SAAB KOCKUMS)

Le futur A26 (© SAAB KOCKUMS)

 

L’export indispensable

La Suède mise en tous cas beaucoup sur ce programme. Au-delà de répondre à la volonté politique nationale de reprendre en main ce qui est considéré comme une capacité industrielle stratégique pour la souveraineté du pays, Saab doit impérativement vendre son nouveau modèle à l’export. Il en va en effet de l’équilibre économique du programme et des investissements consentis, les plus importants que le groupe a jusqu’ici lancés sur l’un de ses sites.

Pologne et Pays-Bas en ligne de mire

L’industriel suédois vise plusieurs marchés avec l’A26, à commencer par la Pologne, où il est en compétition avec l’Allemand TKMS et le Français Naval Group (ex-DCNS) sur le projet Orka. Alors que Varsovie doit choisir rapidement parmi les design proposés, Saab a noué comme ses concurrents des partenariats avec différentes sociétés polonaises. Les quatre futurs sous-marins seront en effet réalisés en transfert de technologie, avec un maximum de retombées pour l’industrie locale. En attendant, le groupe suédois collabore déjà avec l’industrie navale polonaise, ayant confié au chantier Nauta de Gdansk la réalisation de la coque du nouveau bâtiment de renseignement suédois, qui est attendue en 2019 à Karlskrona, où elle sera armée et équipée.

Alors que Saab est actif auprès de prospects en Amérique latine et en Asie, où de nombreuses marines doivent remplacer leurs flottes sous-marines vieillissantes, l’A26 se positionne fortement aux Pays-Bas dans le cadre du remplacement des quatre sous-marins du type Walrus. Dans cette perspective, un accord a été conclu en 2015 avec le groupe néerlandais Damen, en vue de présenter une offre commune pour le projet national, qui doit être mis sur les rails d’ici 2020. Cette coopération, actuellement très active, vise aussi à permettre aux deux groupes de développer une activité commune à l’export.

 

Version de l'A26 avec silos de lancement verticaux (© SAAB KOCKUMS)

Version de l'A26 avec silos de lancement verticaux (© SAAB KOCKUMS)

 

Un sous-marin décliné en trois grandes versions

Si le futur A26 de la marine suédoise et celui proposé à la Pologne sont des bâtiments conçus pour évoluer en zones littorales comme en haute mer, le modèle proposé aux Pays-Bas est une version agrandie, offrant une autonomie et des capacités plus importantes. Il s’agit de l’A26 Oceanic Extended Range, long de 82 mètres pour un déplacement pouvant dépasser 3000 tonnes selon les options retenues par le client. Parmi celles-ci figurent la possibilité d’intégrer un module comprenant trois silos disposant chacun de 6 cellules de lancement vertical capables d’abriter des missiles de croisière Tomahawk. Ces équipements sont similaires à ceux retenus par l’US Navy pour les futurs sous-marins nucléaire d’attaque du type Virginia, mais aussi le système des SNA britannique du type Astute. Saab travaille avec Babcock sur cette solution pour l’A26.   

En plus de l’A26 Oceanic (modèle suédois) et de l’A26 Oceanic ER, Saab propose également une version côtière du sous-marin, l’A26 Pelagic, long de moins de 50 mètres.