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Saab : La guerre des mines de A à Z

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Saab : La guerre des mines de A à Z

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Du bateau-mètre au drone de dragage, en passant par toute la panoplie des robots de détection, d’identification et de neutralisation des mines, le groupe suédois Saab propose désormais ce qui apparait comme la gamme la plus complète du marché.

Déjà fournisseur d’une dizaine de marines, en lice sur différents projets dont le remplacement des chasseurs belges et néerlandais ou encore parvenu à s’imposer avec l'un de ses nouveaux ROV dans le programme franco-britannique MMCM alors qu’il existait des solutions tricolores, Saab fait de la guerre des mines une activité stratégique.

 

Le MuMNS retenu pour le programme franco-britannique MMCM

Le MuMNS retenu pour le programme franco-britannique MMCM (© : SAAB)

 

Nouveaux systèmes basés sur l’emploi de drones

Suivant la tendance générale, le groupe suédois développe des solutions basées sur l’emploi, depuis des bateaux-mères ou la côte, de systèmes autonomes permettant, grâce aux drones, d’éloigner l’homme des zones de danger. Mais Saab présente la particularité de se positionner sur les deux volets de ce concept : les bateaux-mères et dans le même temps la « tool box », avec l’ensemble des robots nécessaires pour remplir cette mission. 

 

 

Un bateau-mère de 80 mètres

Le bateau-mère développé par Saab est un bâtiment de 80 mètres de long pour 12.5 mètres de large et 3 mètres de tirant d’eau. Déplaçant 1000 à 1250 tonnes selon le matériau de construction choisi pour la coque (composite ou acier), il dispose sur l’arrière d’une large rampe permettant la mise en œuvre d’USV avec un important pont de travail doté de moyens de manutention permettant de stocker des conteneurs de matériel. Il s’agit en particulier de la charge utile des USV (sonar, ROV…) ainsi que des AUV et les semi-rigides employés par les plongeurs-démineurs, qui malgré l’utilisation de drones auront encore à intervenir dans certaines situations.

 

Le bateau-mère de Saab

Le bateau-mère de Saab (© : SAAB)

 

Le bateau compte également une plateforme permettant l’accueil d’un hélicoptère léger mais qui servira surtout au déploiement de drones aériens (UAV) à voilure tournante. Ces derniers pourront remplir des missions de reconnaissance, tout en servant de relais de communication avec les drones de guerre des mines utilisés à grande distance. Il peut notamment s’agir du Skeldar V-200 de Saab, dont l’un des cœurs de métier historiques est l’aéronautique (le groupe produit pour mémoire l’avion de combat Gripen et l’appareil de surveillance Globaleye sur la base duquel il a développé l’avion de patrouille maritime Swordfish).

A l’instar des chasseurs de mines de la marine suédoise, on notera que ce bateau est également conçu pour pouvoir remplir des missions classiques de contrôle de l’espace maritime, avec d’importants moyens de surveillance et un armement de patrouilleur axé autour d’un à deux canons télé-opérés de 20 à 57mm.

 

La gamme d'USV développée par Saab

La gamme d'USV développée par Saab (© : SAAB)

 

Drones de surface

Ce bateau-mère peut mettre en œuvre différents types d’USV, semi-rigides ou à coque dure, conçus ou non par Saab, qui dans un souci de proposer une solution complète développe différents produits. Déjà fort d’une longue expérience dans les engins autonomes, l’industriel scandinave a d’ailleurs accentué ses recherches dans le domaine des drones, pour lequel il est en train de développer toute une gamme d’unités de surface allant de 4.3 à 50 mètres, pour des missions allant de l’interception au combat entre navires, en passant par la lutte anti-sous-marine et la guerre des mines. Dans le cas présent, sa solution s’appelle le Dolphin, USV de 11 mètres et 12 tonnes capable d’atteindre 35 nœuds et pouvant embarquer une charge utile de 2 tonnes.

 

Le Dolphin

Le Dolphin (© : SAAB)

 

Robots sous-marins

Concernant les drones sous-marins, Saab, l’un des grands spécialistes mondiaux du secteur, équipe déjà, au-delà de la Suède, plusieurs marines et non des moindres. Avec des systèmes, en particulier de la famille Double Eagle, fournis à l’Australie, à la Belgique, au Danemark, aux Etats-Unis, à la Finlande, à la France, aux Pays-Bas et à la Pologne. L’industriel dispose d’une très large gamme d’engins télé-opérés ou autonomes pour la détection, la localisation, l’identification et la destruction d’engins explosifs immergés. Il y a là des AUV et ROV, ainsi que des engins hybrides (Double Eagle SAROV, acquis par la marine danoise) pouvant fonctionner dans les deux modes. Extrêmement précis et manoeuvrants, ces systèmes sont configurables selon les besoins et doctrines d’emploi des clients. Ils disposent de caméras et peuvent être gréés avec un sonar spécialisé, un bras articulé ou encore un système de dépose de charge explosive. Certains, comme le Sea Swap, ont même été plus spécifiquement conçus pour traiter des engins explosifs improvisés (IED) maritimes.

 

Famille Double Eagle

Famille Double Eagle (© : SAAB)

Le Double Eagle MDS

Le Double Eagle MDS (© : SAAB)

Le Sea Swap

Le Sea Swap (© : SAAB)

 

De la torpille à l’AUV

En parallèle, Saab, qui produit également des torpilles, a développé sur cette base l’AUV62. Pouvant être mis en œuvre depuis un bâtiment de surface ou un sous-marin (des essais ont été réalisés avec les Gotland suédois), ce drone également utilisable pour des missions de surveillance et de renseignement, est en mode guerre des mines équipé d’un sonar avec antennes de flanc à haute résolution afin de scanner les fonds marins. Il peut ainsi détecter de possibles mines, à charge ensuite pour les ROV de confirmer leur indentification et ensuite de les neutraliser. L’AUV62 est donné pour une autonomie de 24 heures, permettant de couvrir une très grande zone, y compris dans de mauvaises conditions de mer.

 

L'AUV 62

L'AUV 62 (© : SAAB)

L'AUV 62

L'AUV 62 (© : SAAB)

 

L’ensemble de ces engins est conçu pour pouvoir être mis en œuvre par des bâtiments spécialisés dans la guerre des mines, mais aussi d’autres types de plateformes, comme des unités de combat. Le système Double Eagle est par exemple déployable depuis les corvettes suédoises du type Visby.

 

Corvette du type Visby déployant un ROV Double Eagle (© : SAAB)

Corvette du type Visby déployant un ROV Double Eagle (© : SAAB)

 

« On ne pourra pas systématiquement se tenir à distance »

L’industriel s’appuie sur une expertise de longue date dans le domaine de la guerre des mines, en tant notamment qu’équipementier de la marine suédoise. Celle-ci est en effet confrontée en Baltique à l’une des zones les plus polluées de la planète en matière d’engins explosifs historiques. Saab, par ailleurs fournisseur depuis longtemps de ROV pour la très exigeante industrie offshore, accompagne donc logiquement le développement des drones dans la guerre des mines. Non sans, toutefois, une certaine prudence ou, plutôt, un vrai réalisme : « L’objectif des systèmes de nouvelle génération basés sur l’emploi d’engins autonomes est d’éviter au maximum l’intervention humaine dans les zones à risque. C’est une excellente chose pour accroître la sécurité des marins mais il ne faut pas rêver,  on ne pourra pas systématiquement se tenir à distance car on ne sait pas toujours où se trouvent précisément les mines », explique Gunnar Wieslander, vice-président de Saab et patron de Kockums, qui rassemble les activités navales du groupe.

 

Gunnar Wieslander, patron de Saab Kockums

Gunnar Wieslander, patron de Saab Kockums (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La résistance des bateaux porteurs en question

Pour cet ancien officier qui a passé 27 ans dans la marine suédoise, en particulier sur sous-marins, les systèmes de drones, si performants soient-ils, ne doivent donc pas amener à négliger le bâtiment porteur. « Nous estimons qu’il faut toujours disposer de vraies plateformes adaptées à la guerre des mines, avec des bateaux très silencieux et extrêmement résistants, capables si besoin de s’approcher d’un champ de mines ou d’y survivre s’il s’y retrouve par hasard. C’est la raison pour laquelle nous avons développé à la fois un bâtiment porteur et une tool box, le client pouvant choisir l’un ou l’autre ou bien les deux. Et pour ce qui concerne le bateau-mère, nous pouvons construire la coque en acier mais nous préconisons réellement de continuer à employer le composite ».

 

Explosion à proximitév d'un chasseur de mines suédois

Explosion à proximitév d'un chasseur de mines suédois (© : SWEDISH ARMED FORCES)

 

Des drones pour le dragage

Un atout aussi pour les opérations de dragage, que certains imaginent voir disparaitre à terme mais qui, chez Saab, font toujours l’objet d’un sérieux maintien de savoir-faire. Le groupe continue de travailler dans ce domaine et vend TOMAS, constitué d’une série de flotteurs remorqués avec un système permettant de reproduire différentes signatures électriques et magnétiques analogues à celles que peuvent émettre des navires. S’y ajoutent deux bruiteurs simulant les émissions sonores des hélices et des moteurs.

 

Le système TOMAS

Le système TOMAS (© : SAAB)

 

Un système de dragage déployé par des navires mais que le groupe a également décliné dans une version dronisée. Il s’agit du SAM 3, engin de 14.4 mètres de long pour 6.7 large et 14 tonnes. Capable d’atteindre 10 nœuds, ce drone extrêmement résistant est monté sur deux coussins permettant d’absorber les chocs et de résister ainsi à des explosions de proximité. Le SAM 3 est en effet équipé d’un sonar destiné à entrainer le déclenchement des mines sur son passage. Apparemment très efficace et facilement déployable puisque l’ensemble du matériel peut être stocké dans un conteneur de 40 pieds, ce système a déjà été vendu à plusieurs marines. Le SAM 3 peut être employé seul ou en groupe, avec aussi la capacité de remorquer le système TOMAS, permettant ainsi d’employer ce moyen de dragage sans présence humaine.

 

Le SAM 3

Le SAM 3 (© : SAAB)

 

Saab est donc l’un des très rares industriels à proposer en propre des solutions de guerre des mines de A à Z, ou presque puisque le seul domaine de compétence qui lui manque en interne le groupe fait appel à des fournisseurs est celui des sonars.

 

Le SAM 3

Le SAM 3 (© : SAAB)

Explosion d'une mine sur le passage du SAM 3

Explosion d'une mine sur le passage du SAM 3 (© : SAAB)

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