Construction Navale
Saint-Nazaire : Aker Yards suspend les travaux sur le paquebot D33

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Saint-Nazaire : Aker Yards suspend les travaux sur le paquebot D33

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Aker Yards vient d'envoyer une lettre à ses sous-traitants leur demandant de « suspendre immédiatement » leurs travaux sur le paquebot D33, sistership du C33, tête de série du programme Freestyle 3 de Norwegian Cruise Line. La construction du second navire, dont la découpe de la première tôle est intervenue fin août, a également cessé aux chantiers. Aker Yards demande à ses fournisseurs d'attendre six semaines, délais durant lequel il espère avoir trouvé une solution au conflit qui l'oppose à NCL. Comme nous l'écrivions le 22 septembre, le constructeur reconnaît que la compagnie « a notifié son intention de mettre fin (à) la construction du navire C33 ». Pour justifier cette décision, NCL évoque des « problèmes techniques » et le fait que Saint-Nazaire n'ait « pas respecté le cahier des charges ». De sources industrielles, l'armateur aurait surtout, ces derniers mois, fait évoluer le concept Freestyle 3, jugé par nombre d'observateurs comme très, voire trop ambitieux pour le marché actuel. Par rapport aux plans initiaux, des modifications plus ou moins importantes auraient été demandées au chantier mais ce dernier aurait, in fine, réclamé à son client de payer un surcoût (le contrat initial s'élevait à 1.47 milliard d'euros pour deux bateaux). Le chiffre de 50 millions de dollars a été évoqué mais d'autres sources parlent d'une facture nettement plus importante.

Vue du F3 (© : DROITS RESERVES)
Vue du F3 (© : DROITS RESERVES)

Utiliser les éléments du C33 pour réaliser le D33

L'ensemble des motivations de NCL dans cette affaire restent encore floues. En dehors de l'adaptation du concept et des surcoûts générés, certains s'interrogent également sur d'éventuels problèmes financiers, en marge d'un contexte économique difficile, particulièrement aux Etats-Unis. Aker Yards indique qu'une procédure judiciaire a été engagée contre son client en Angleterre. Mais, dans le même temps, « les discussions se poursuivent » en vue de « trouver une solution raisonnable à ce litige ». En septembre, NCL avait en effet décidé d'annuler le C33 mais de maintenir la construction du D33, ce navire devant intégrer les modifications souhaitées. La tête de série n'étant achevée qu'à 25%, c'est-à-dire que seul le fond de coque est actuellement posé dans la forme de construction nazairienne, Aker Yards voudrait récupérer le travail effectué sur le C33 pour réaliser le second bateau. « Nous examinons la possibilité d'utiliser en tout ou partie les éléments du C33 déjà réalisés pour les besoins du D33 », explique le chantier dans la lettre adressée à ses fournisseurs. Il s'agit, en effet, de perturber le moins possible l'outil de production, en évitant par exemple de se retrouver avec des blocs abandonnés au milieu de la cale.

Bloc du C33 en juin (© : AKER YARDS)
Bloc du C33 en juin (© : AKER YARDS)

Un ou deux navires sur la sellette

Dans cette perspective, l'assemblage du C33 se poursuit, dans l'espoir d'intégrer en cours de construction les modifications voulues par NCL. Parallèlement, en attendant le résultat des négociations, Aker Yards étudie tous les scénarios possibles. L'industriel doit, en effet, éviter de se retrouver avec, au moins, un paquebot sur les bras. Dans le courrier adressé aux sous-traitants, l'entreprise reconnaît implicitement que d'autres armateurs ont été approchés. « Nous ferons tout notre possible pour clarifier au plus vite la situation et relancer la construction du D 33, y compris par l'entremise d'un nouveau client ». Trois hypothèses sont à ce stade possibles. La plus favorable, issue d'un accord avec NCL, verrait la réalisation du navire modifié (à priori donc avec des éléments déjà réalisés du C33) et celle d'un sistership. La seconde - celle qui semble le plus d'actualité, porterait sur l'achèvement d'un seul bateau. Dans ce cas, Saint-Nazaire devrait trouver une solution pour le second F3. En effet, si l'assemblage de ce dernier n'a pas débuté, une partie des équipements est déjà commandée. Les fournisseurs ont, par ailleurs, établis leurs prix sur deux unités et non sur une seule. Dans le pire des cas, on peut aussi imaginer que, faute de compromis, NCL se désengage totalement. Qu'il s'agisse d'un seul ou de deux paquebots abandonnés, un autre armateur devrait être impérativement trouvé. Il faudra alors modifier plus ou moins significativement le design d'origine pour répondre aux standards d'une autre compagnie, tout en réutilisant le maximum d'éléments issus des F3 afin d'éviter une explosion des coûts. La quadrature du cercle, sans être évidente, est imaginable.

Le MSC Fantasia (© : AKER YARDS - BERNARD BIGER)
Le MSC Fantasia (© : AKER YARDS - BERNARD BIGER)

Quel autre armateur en cas d'abandon ?

Mais, dans ce cas, il faudrait trouver un « repreneur » et, par les temps qui courent, cela s'annonce délicat. Nécessité d'absorber l'énorme augmentation de capacité générée par de nombreuses entrées en flotte, surcoût liée à la hausse du pétrole, parité euro/dollar défavorable aux chantiers... Depuis deux ans déjà, les commandes de paquebots marquent le pas. Et ce n'est certainement pas la crise financière qui va arranger les choses, tant au niveau des capacités d'investissements des armateurs que de ses conséquences sur le marché touristique. Pour reprendre la place que doit occuper le second F3, Aker Yards peut tenter sa chance auprès de ses deux principaux clients : Royal Caribbean Cruise Line (RCCL) et MSC Cruises. Ayant fait construire ses derniers navires chez Aker en Finlande, RCCL a posé en mars une option, qui ne s'est pas depuis traduite en commande, pour la réalisation d'un quatrième Freedom of the Seas (158.000 tonneaux). Il y a également le cas de sa filiale allemande, TUI Cruises, pour laquelle Saint-Nazaire espère réaliser une nouvelle série de navires.
MSC est, quant à lui, le principal client des chantiers nazairiens. Mais l'armement italo-suisse attend déjà la livraison de 5 paquebots d'ici 2012, soit deux de 135.000 tonneaux et trois de 93.000 tonneaux. Serait-il capable d'augmenter encore ses investissements, qui s'élèvent à 2.3 milliards d'euros (sans compter les trois Musica déjà construits depuis 2006 pour 1.2 milliards d'euros) ? Difficile à dire dans le contexte économique actuel. Toutefois, selon nos informations, Aker Yards Solutions, filiale d'Aker spécialisée dans les études, aurait été chargé d'étudier la possibilité d'installer une cheminée MSC sur un navire du type F3.
Les plans initiaux des F3 prévoient un navire de 325 mètres de long, 40 mètres de large et 150.000 tonneaux de jauge.

Vue du F3 (© : DROITS RESERVES)
Vue du F3 (© : DROITS RESERVES)

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