Construction Navale
Saint-Nazaire : De l'art de vendre (ou d'acheter) au bon moment

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Saint-Nazaire : De l'art de vendre (ou d'acheter) au bon moment

Construction Navale

Alors qu'Alstom cède ses dernières parts dans les chantiers de Saint-Nazaire, il n'est pas inutile de rappeler quelques épisodes financiers et capitalistiques qui ont marqué la vie de l'entreprise ces quatre dernières années. Il est évidemment facile de juger, à posteriori, d'évènements que les décideurs ne pouvaient à l'époque maîtriser. Il n'empêche que certaines décisions laissent un goût amer à de nombreux Nazairiens et qu'à l'évidence, certains actionnaires ont été mieux avisés que d'autres.
En 2006, lorsqu'Alstom cède sa branche marine (Chantiers de l?Atlantique à Saint-Nazaire et Alstom Leroux Naval à Lorient), les 75% de son ancienne filiale sont vendus pour 50 petits millions d'euros à Aker Yards. Malgré un carnet de commandes de 1.1 milliard d'euros, Alstom s'engage à renflouer sa filiale avant cession. Après une période d'euphorie quelques années auparavant, les comptes sont, en effet, passés dans le rouge en 2004. Aker obtient du groupe, alors dirigé par Patrick Kron, qu'il injecte 350 millions d'euros dans la nouvelle société (75% Aker, 25% Alstom) afin d'éponger les pertes, soit une centaine de millions d'euros pour les exercices 2004 et 2005. De plus, Alstom garde à sa charge les risques liés au programme des méthaniers de GDF et des bâtiments de projection et de commandement de la Marine nationale. Les cinq bateaux rencontrant des problèmes techniques ou retards, le groupe français paiera la facture.

Le patron d'Aker décroche le jackpot

Quant aux 25% qu'Alstom détenait encore dans les chantiers (qui devinrent un peu plus de 16% suite à l'arrivée de l'Etat dans le capital en 2008 après le raid boursier de STX), ils devaient être cédés en mars 2010, une fois Saint-Nazaire remis sur les rails. Suivant l'accord signé en 2006, ces 25% pouvaient être, au mieux, monnayés 125 millions d'euros en fonction de l'état financier de la société. Compte tenu de la situation actuelle des chantiers, on peut douter qu'Alstom ait, cette fois encore, réalisé une bonne affaire. Car, comble de l'ironie, les chantiers, dont le groupe français voulait tant se débarrasser après son sauvetage en 2003, redressèrent la barre après la cession à Aker Yards. Tournant à plein régime, ils firent, avec leurs homologues finlandais et norvégiens, la fortune de leur principal actionnaire, Kjell Inge Rokke, qui s'en désengagea au plus haut de la vague (en mars 2007). Fragilisant le capital du groupe, qui se trouvait dès lors très éclaté, le retrait de l'homme d'affaires norvégien allait ouvrir la voie au raid boursier lancé par STX en octobre 2007. L'opération, qui se solda par la reprise de l'un des trois géants européens par un groupe asiatique, allait sonner comme un coup de tonnerre dans le milieu de la construction navale.

STX paie le prix fort juste avant le retournement

Mais la reprise coûtera très cher au sud-coréen, qui déboursera 800 millions de dollars pour acquérir dans un premier temps 39,2% d'Aker Yards, auxquels s'ajoutera une coquette somme lorsqu'il reprendra la totalité des actions. Manque de chance pour STX, une période très difficile commençait pour sa nouvelle acquisition.
Aujourd'hui, le groupe ne peut guère compter que sur la division offshore et navires spécialisés de sa filiale européenne pour gagner de l'argent. Car, dans le segment de la croisière et des ferries, la crise est rude pour les sites français et finlandais. Seul Rauma tient à peu près le choc, mais son carnet de commandes (deux grands ferries et un navire de recherche à construire d'ici 2012) reste limité. Helsinki, faute de construction neuve, travaille sur des refontes (jusqu'à quand ?). Quant à Turku, l'équivalent finlandais de Saint-Nazaire, c'est un scénario catastrophe qui se profile si un contrat miracle n'est pas rapidement engrangé. En effet, le chantier n'a plus que le paquebot géant Allure of the Seas à achever. Après le départ de ce navire, cet été, il n'y aura plus de travail. Déjà, des centaines de postes ont été supprimés. A Saint-Nazaire, la situation est à peine plus brillante. Le dernier paquebot, le Norwegian Epic, sera livré en juin et il ne restera ensuite que le BPC Dixmude pour l'année suivante. Heureusement, une nouvelle commande de MSC Croisières devrait permettre d'éviter le naufrage.

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