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Saint-Nazaire : Des célébrations pour le 70ème anniversaire de l'évasion du Jean Bart

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En juin 2010, la Marine nationale, la ville de Saint-Nazaire et les Chantiers de l'Atlantique célèbreront le 70ème anniversaire de l'évasion du Jean Bart. Encore inachevé, le plus puissant cuirassé construit en France réussissait, dans la nuit du 18 au 19 juin 1940, à échapper aux Allemands, dont l'avancée rapide faisait craindre que le bâtiment de ligne tombe en leurs mains. L'évasion du Jean Bart restera comme l'une des plus incroyables pages de l'histoire des chantiers de Saint-Nazaire. Sistership du Richelieu, construit à Brest, le Jean Bart fut d'abord un challenge technologique. Long de 248 mètres pour une largeur de 38 mètres était armé de deux tourelles quadruples, soit 8 canons de 380 mm. Commandés pour répondre à la construction des croiseurs de bataille allemands Scharnhorst et Gneisenau puis des cuirassés italiens du type Littorio, les Richelieu et Jean Bart ont été conçus pour marcher à 32 noeuds, malgré un déplacement de 48.950 tonnes en charge. Evolution des Dunkerque et Strasbourg, achevés à la fin des années 30, ils disposaient d'une ceinture blindée dont l'épaisseur atteignait 330 mm.

Le Richelieu (© : DROITS REVERVES)
Le Richelieu (© : DROITS REVERVES)

La réalisation du Jean Bart dans l'estuaire de la Loire nécessitera la construction d'une grande forme de radoub, qui prendra par la suite le nom de « forme Jean Bart » et sera utilisée jusqu'à la réalisation des gigantesques bassins A et B dans les années 70. Après le déclenchement du conflit, en 1939, la marine nationale fait accélérer l'achèvement des deux géants. En mars 1940, la sortie du cuirassé de sa forme de radoub est prévue pour le mois d'octobre. Mais le déferlement allemand bouleversera le calendrier. Une véritable course contre la montre va s'engager, les chantiers nazairiens réalisant l'un des tours de force dont ils ont le secret. A partir du 20 mai et durant un mois, pas moins de 3500 ouvriers se relaient jour et nuit sur le Jean Bart. En toute hâte, les transmissions du bord, les chaudières et les moteurs sont installés, les hélices étant fixées le 7 juin et les chaudières allumées le 14. Dans le même temps, un autre travail titanesque est entrepris, avec la fin du creusement d'une tranchée permettant au navire et à ses 8.10 mètres de tirant d'eau d'accéder à l'estuaire de la Loire puis à la haute mer. Faute de temps, le creusement de la roche étant difficile, le chenal ne sera pas terminé avant le jour du départ, où le Jean Bart devra partir avec seulement 40 centimètres d'eau sous la quille.

Le Jean Bart à Saint-Nazaire (© : OUEST FRANCE)
Le Jean Bart à Saint-Nazaire (© : OUEST FRANCE)

Le 18 juin, la Wehrmacht est à Rennes et ses blindés s'approchent de Nantes. C'est finalement la nuit suivante que le commandant Ronarc'h décide d'appareiller pour une première sortie à très hauts risques. Après s'être échoué, le bâtiment est dégagé par les remorqueurs et atteint à au petit matin le chenal d'accès au port. C'est alors que l'aviation allemande le prend pour cible. Trois bombardiers de la Luftwaffe attaquent, plaçant une bombe de 100 kilos entre les deux tourelles de 380 mm, dont seule celle de l'avant est achevée. Les dégâts sont limités et le Jean Bart, grâce à quelques pièces de DCA rapidement embarquée et à l'intervention d'avions français, parvient à repousser l'assaut.

Le Jean Bart à Casablanca (© : DROITS REVERVES)
Le Jean Bart à Casablanca (© : DROITS REVERVES)

Miraculeusement épargné, le cuirassé rejoint en mer son escorte, composée des torpilleurs Hardi et Mameluk, eux-aussi flambants neufs. Après un ravitaillement en combustible et en eau, le Jean Bart met le cap sur Casablanca, qu'il gagne le 22 juin. Cette évasion spectaculaire restera dans les annales de l'histoire navale française et marquera le début d'une carrière mouvementée pour le dernier des cuirassés français (la construction de ses frères Gascogne et Clemenceau sera interrompue par l'invasion allemande). Le Jean Bart restera durant toute la guerre au Maroc. Après son arrivée, les travaux d'achèvement reprennent, mais les moyens plus limités du port de Casablanca et la pénurie de pièces ralentiront considérablement les travaux. La tourelle avant de 380 mm est néanmoins opérationnelle, en novembre 1942, lorsque les anglo-saxons débarquent en Afrique du nord. Alors que les forces légères françaises mèneront un combat acharné au large des côtes marocaines, le Jean Bart, immobilisé à quai, engagera le 8 novembre un duel au canon avec le cuirassé américain Massachussetts, qui le touche à trois reprises avec ses obus de 406 mm. Les Américains, qui ont également attaqué le bâtiment français avec leur aviation embarquée, pensent à la fin de cette première journée le Jean Bart hors de combat. Mais, à la surprise générale, le cuirassé ouvre le feu, le lendemain, sur le croiseur lourd Augusta, qui se replie en toute hâte, encadré par les salves de 380 mm.

Une bordée de 406 mm du Massachussetts (© : US NAVY)
Une bordée de 406 mm du Massachussetts (© : US NAVY)

Le Massachussetts, qui a tiré la veille un nombre impressionnant de coups, ne reviendra pas à l'assaut. L'US Navy ne souhaite pas puiser davantage dans les soutes à munition du cuirassé, craignant une intervention du Richelieu, réfugié à Dakar après la débâcle. Ce sont donc les appareils du porte-avions Ranger qui sont chargés de faire taire le Jean Bart. Huit bombardiers sont lancés, deux bombes de 500 kilos étant placées sur le navire à quai. Gravement endommagé et ayant embarqué 4500 tonnes d'eau, le Jean Bart ne représente plus une menace.
Après le ralliement de l'Afrique française aux alliés, le sort du cuirassé restera en suspend. Les Etats-Unis, compte tenu de l'ampleur des travaux (et le manque de certains équipements, comme le calibre de 380 mm qui n'est pas utilisé par les américains), refuseront de l'achever, contrairement au Richelieu, qui est modernisé dans les chantiers américains. La transformation du bateau en porte-avions, proposée par les Français, est également écartée.
La Marine nationale parviendra néanmoins à le remettre partiellement en état, une sortie en mer étant réalisée en septembre 1943. Il faudra néanmoins attendre 1945 pour que la décision d'achever le cuirassé soit prise.

Le Jean Bart après achèvement (© : DROITS RESERVES)
Le Jean Bart après achèvement (© : DROITS RESERVES)

A l'été, le bâtiment de ligne rejoint la France, d'abord Cherbourg, puis Brest, lorsque les bassins de Laninon sont dégagés. L'achèvement du Jean Bart signera la résurrection de l'arsenal breton, durement éprouvé par les bombardements. Il faudra tout de même 10 ans pour aboutir à l'admission au service actif du navire, qui bénéficiera des évolutions technologiques de la guerre. Des radars sont notamment installés et, outre les deux tourelles de 380 mm et les trois tourelles triples de 152 mm, une abondante artillerie antiaérienne est mise en place : 24 pièces de 100 mm, 28 de 57 mm, 8 tubes de 40 mm et 20 de 20 mm.

Le Jean Bart après achèvement (© : DROITS RESERVES)
Le Jean Bart après achèvement (© : DROITS RESERVES)

Basé à Toulon, le Jean Bart participera au soutien du débarquement de Suez, en novembre 1956. En juillet 1957, un ultime obus de 380 mm est tiré. Faute de crédits, la carrière du Jean Bart s'arrête après seulement deux petites années de service. Placé en réserve en août 1957, il est désarmé en janvier 1970. Vendu à la démolition en mai de la même année, il sera ferraillé au Brégaillon. « Ce cuirassé représente, dans le monde, l'ultime évolution de cette catégorie de navires », note Robert Dumas, auteur de nombreux ouvrages, dont un consacré au Jean Bart.

A Toulon dans les années 60 (© : DROITS RESERVES)
A Toulon dans les années 60 (© : DROITS RESERVES)