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Saint-Nazaire : Deux ministres pour le lancement du programme BPC 3

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Saint-Nazaire : Deux ministres pour le lancement du programme BPC 3

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Hervé Morin et Patrick Devedjan seront ce jeudi aux chantiers STX France, à Saint-Nazaire. Le ministre de la Défense et le ministre chargé de la mise en oeuvre du plan de relance de l'Economie lanceront officiellement la seconde phase du programme Bâtiments de Projection et de Commandement. Après la livraison des BPC Mistral et Tonnerre, en 2006 et 2007, le gouvernement a décidé d'anticiper la commande du troisième navire de la série, initialement prévue après 2014. Il s'agit, en effet, de soutenir l'activité de production des ex-Chantiers de l'Atlantique, dont les ateliers d'usinage, faute de nouvelle commande, ont cessé de tourner le mois dernier. Alors que plusieurs centaines de salariés sont contraints à des mesures de chômage partiel, la réalisation du BPC 3 va permettre de relancer la machine nazairienne. Mais cette bulle d'oxygène, si importante soit elle, n'est pas suffisante pour assurer la pérennité de l'activité au-delà de quelques mois. Nous y reviendrons plus loin.

Le BPC Mistral (© MARINE NATIONALE)
Le BPC Mistral (© MARINE NATIONALE)

300 millions pour STX, 100 millions pour DCNS

Contrairement aux deux premiers bateaux, dont seules les parties avant avaient été construites à Saint-Nazaire, cette fois, le nouveau BPC sera intégralement réalisé chez STX France. Le constructeur réalisera l'ensemble de la coque, l'aménagement intérieur et la mise en place des équipements, y compris l'armement, les radars et l'intégration physique du système de combat (câblage, installation des consoles...) L'ensemble représentera 2.5 millions d'heures de travail pour le bassin d'emploi nazairien et 300 millions d'euros de chiffre d'affaires pour STX France.
Concepteur du BPC, DCNS ne participera pas à la construction. Pour mémoire, le site de Brest avait assemblé la partie arrière des Mistral et Tonnerre, qu'il avait « jonctionné » avec les sections nazairiennes avant de mener à bien l'armement. L'attribution de l'ensemble de la construction à Saint-Nazaire a, d'ailleurs, provoqué la colère des élus locaux et des syndicats brestois de DCNS. Ces derniers y voient le symbole de la mort de la construction neuve à la pointe du Finistère.
Incontournable, DCNS n'est toutefois pas exclue du contrat. Agissant en qualité de cotraitant aux côtés de STX (mandataire du contrat), le groupe naval assurera, depuis son établissement de Toulon, la mise au point du système de combat et du système d'armes du 3ème BPC. Ce marché représentera près de 200.000 heures de travail pour les équipes de DCNS et un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros. Débutant la construction du navire d'ici la fin de l'été, STX devrait avoir achevé la coque en 2011. Le BPC rejoindra ensuite Toulon par ses propres moyens et entrera en service après la phase de mise au point et d'essais.

La partie avant du Mistral en construction à Saint-Nazaire (© STX - BERNARD BIGER)
La partie avant du Mistral en construction à Saint-Nazaire (© STX - BERNARD BIGER)

Seulement 20% de la charge annuelle des chantiers

Reste maintenant la question du quatrième et dernier BPC de la série. Une option portant sur la construction de ce bateau devait être intégrée au contrat du BPC 3. Si le plan de charge de STX ne s'améliore pas l'an prochain, le ministère de la Défense pourrait décider d'affermir cette option afin de continuer à soutenir l'activité des chantiers. Car, si important soit le contrat BPC 3, il ne représente que 20% de la charge annuelle de STX France, dont la spécialité demeure les grands navires de croisière. La commande du bâtiment ne solutionne d'ailleurs pas le problème de la sous-traitance, qui réalise plus de 70% de la valeur d'un paquebot et représente des milliers d'emplois dans la région. Or, les Nazairiens n'ont plus que trois paquebots à terminer, dont deux auront quitté l'estuaire de la Loire d'ici la fin de l'année. Deux unités de 1647 (type Fantasia) et 1275 cabines (type Musica), en achèvement, seront livrées à MSC Cruises en juillet et décembre 2009. Quant à l'ultime navire de croisière du carnet de commandes (Norwegian Epic), son assemblage sera achevé à l'été pour une mise en service prévue en mai 2010 au sein de NCL. Vu le contexte économique et la nécessité pour les armateurs de « digérer » les nombreuses commandes passées ces dernières années, les opportunités de décrocher de nouveaux contrats dans l'année qui vient sont très faibles. Seule MSC semble, si les financements sont au rendez-vous, capable de signer pour deux nouveaux bateaux dérivés des Fantasia. La commande pourrait être signée d'ici la fin de l'année pour des mises en service à l'été 2011 et à l'été 2012.
Mais, pour l'heure, les négociations se poursuivent avec la compagnie italo-suisse et aucune annonce n'est intervenue. Quant aux autres groupes, ils ont tous clairement annoncé que l'époque n'était pas aux investissements. Les spécialistes s'attendent bel et bien à un redémarrage du marché de la croisière à l'issue de la crise, mais les futurs navires ne devraient pas être livrés avant 2012, au mieux, ou plutôt 2013, le temps d'intégrer les 35 navires de croisière déjà en commande à travers le monde (essentiellement en Europe chez l'Italien Fincantieri, l'Allemand Meyer Werft et les chantiers français et finlandais de STX).

Les BPC Mistral et Tonnerre (© MARINE NATIONALE)
Les BPC Mistral et Tonnerre (© MARINE NATIONALE)

Vendre deux TCD pour financer le 4ème BPC

Du coup, la Marine nationale fait office de véritable bouée de sauvetage pour Saint-Nazaire. Le BPC 3 permettra d'occuper les ateliers d'usinage jusqu'à l'hiver. Au cas où de nouvelles commandes civiles ne seraient pas, d'ici là, engrangées, on peut penser que l'Etat, actionnaire à 33.34% de STX France, notifiera la construction du BPC 4 en 2010. Puis, si la situation perdure, il reste toujours le second porte-avions. On notera à ce propos que si le projet PA2 avait été, comme prévu, lancé en 2008, les ex-Chantiers de l'Atlantique ne seraient pas dans une situation aussi critique. La réalisation du nouveau porte-avions représente, en effet, deux ans et demi de charge pour STX. Toutefois, en raison de son coût (3 milliards d'euros), le président de la République à décidé de renvoyer à 2011/2012 la décision de construire ce bateau, destiné à assurer la permanence du groupe aéronaval lors des arrêts techniques ou avaries du Charles de Gaulle (ce qui est d'ailleurs le cas actuellement).

Le TCD Foudre (© MARINE NATIONALE)
Le TCD Foudre (© MARINE NATIONALE)

Malgré tout, la commande du PA2 n'est pas encore à l'ordre du jour, même si la Délégation générale pour l'Armement a récemment lancé un appel d'offres pour étudier les différentes architectures possibles (notamment la propulsion, classique ou nucléaire). En revanche, la question du BPC 4 est, en coulisses, d'ores et déjà d'actualité. Afin de profiter de l'effet de série et de diminuer les coûts d'acquisition, les militaires cherchent actuellement à vendre d'occasion les transports de chalands de débarquement (TCD) Foudre et Siroco. Ces deux belles unités, datant de 1990 et 1998, devaient être remplacées par les BPC 3 et 4 après 2015. La réalisation anticipée du 3ème BPC entrainera le retrait prématuré de la Foudre. Or, plusieurs marines pourraient être intéressées pour acquérir un lot de deux TCD assez récents. On pense par exemple à l'Inde, au Chili, au Brésil ou à des pays asiatiques. Le produit de cette vente permettrait de financer une bonne partie du quatrième BPC. La marine pourrait ainsi se séparer de deux unités ayant encore de la valeur tout en les remplaçant par une flotte de navires homogènes et nettement plus intéressants en matière de coûts de fonctionnement.

BPC et chalands de débarquement (© MARINE NATIONALE)
BPC et chalands de débarquement (© MARINE NATIONALE)

Le BPC en chiffres

Long de 199 mètres pour un déplacement de 21.500 tonnes à pleine charge, les bâtiments du type Mistral sont conçus pour mener à bien des opérations amphibies et humanitaires, tout en étant capable d'assurer le commandement d'une force interarmées et internationale. A compter de 2010 et du désarmement du porte-hélicoptères Jeanne d'Arc, les BPC seront également utilisés dans le cursus de formation des élèves officiers. Les promotions y effectueront un stage à la mer de quatre mois.
Armé par 160 à 180 marins, chaque navire peut embarquer 16 hélicoptères lourds, 70 véhicules (dont 13 chars Leclerc), 4 chalands de débarquement (ou deux catamarans rapides de type L-CAT) et 450 hommes de troupe avec leur matériel. Le BPC dispose d'un poste de commandement modulaire de 800 m², permettant l'accueil d'un état-major de 150 personnes. Il dispose en outre d'un vaste hôpital embarqué (750 m²) avec deux blocs opératoires et 69 lits. Destiné à l'autodéfense rapprochée, l'armement comprend 2 systèmes surface-air à très courte portée Simbad (missiles Mistral) et quatre mitrailleuses de 12.7 mm. Deux tourelles de 30 mm sont également prévues, ainsi qu'un renforcement de la veille infrarouge. Au niveau des équipements électroniques, le principal radar est le MRR-3D NG conçu par Thales.
En plus des unités construites pour la Marine nationale, DCNS espère toujours vendre ce produit à l'export. Plusieurs pays se sont montrés intéressés par le concept, notamment l'Afrique du Sud. Le BPC, qui existe en plusieurs versions (notamment un bâtiment de 14.000 tonnes, le BPC 140) a également été présenté au Canada et à certains pays d'océan Indien et d'Asie.

Le BPC 140 (© DCNS)
Le BPC 140 (© DCNS)

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