Construction Navale
Saint-Nazaire espère sauver la commande du paquebot libyen

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Saint-Nazaire espère sauver la commande du paquebot libyen

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Les évènements en Libye et la révolte contre le régime du colonel Kadhafi suscitent l'inquiétude aux chantiers STX France de Saint-Nazaire, qui construisent actuellement un gros paquebot pour la compagnie libyenne GNMTC. La découpe de la première tôle de ce géant de 139.000 tonneaux et 1739 cabines est intervenue en décembre dernier, sa livraison étant prévue en décembre 2012. Jeudi dernier, le directeur général de STX France a indiqué à l'AFP que le contrat était toujours en vigueur. « J'ai eu un contact avec notre client deux fois : il n'a pas dit d'arrêter tout, la production continue, l'acompte a été payé. En fonction des événements, la situation pourra évoluer mais pour le moment il n'est pas question de changer de stratégie, nous avons un contrat en vigueur et il n'est pas question de se mettre en défaut par rapport à cela », a expliqué à l'agence de presse Jacques Hardelay. Le patron des chantiers nazairiens a néanmoins concédé que son objectif était de « sauver le contrat », preuve que la construction du navire n'est pas totalement assurée.

Une étrange commande

Plusieurs facteurs menacent en effet la poursuite de la construction du « X32 », comme on l'appelle à Saint-Nazaire. D'abord, bien évidemment, l'évolution de la situation politique en Libye. Si un nouveau gouvernement se met en place, rien ne dit que le projet sera maintenu. Car la décision de construire le paquebot a été prise au plus haut sommet de l'Etat libyen et, autour de GNMTC, gravite Hannibal Kadhafi, l'un des fils du colonel, pudiquement présenté comme « consultant » de la compagnie. L'armement libyen, spécialisé dans les tankers, n'a d'ailleurs aucune expérience de la croisière et l'annonce de la commande d'un tel navire avait largement surpris le milieu de la croisière. Dans ce secteur, on se demande toujours ce que Tripoli compte faire de ce navire. On a parlé d'exploitation en hôtel flottant pour de grands évènements ou même d'affrètements par un autre armateur, comme MSC (le X32 est identique aux paquebots de la classe MSC Fantasia). De fait, pour GNMTC, qui ne dispose d'aucun réseau commercial pour vendre des croisières, il parait très compliqué de commercialiser à l'année une unité de cette taille. Certains ont donc aussi imaginé que ce bateau puisse servir, occasionnellement ou régulièrement, à l'accueil des dirigeants libyens pour des fêtes « hautes en couleur » en Méditerranée, où les eaux internationales permettent par exemple la consommation d'alcool, proscrite en terre libyenne. On se rappelle notamment qu'en 2008, des proches de Mouammar Kadhafi avaient voulu affréter un paquebot de plus de 1000 cabines pour l'été afin d'accueillir le chef d'Etat libyen et son entourage.
Enfin, se pose la question du financement du navire, d'un coût de plus de 500 millions d'euros. Les banques vont-elles continuer de suivre, surtout si l'Europe impose des sanctions économiques et financières à l'encontre de la Libye ? Selon certaines sources, l'Etat français, actionnaire à 33.34% des chantiers STX France, serait en tous cas assez ennuyé avec cette commande qui a, selon Force Ouvrière, été décrochée grâce à « l'intervention déterminante » du gouvernement.

Qu'adviendra-t-il en cas d'annulation ?

L'avenir du X32 n'est donc pas assuré et, pour Saint-Nazaire, cette situation est problématique. Le chantier, qui se relève d'une période très difficile, a absolument besoin que la construction de ce paquebot se poursuive. Certes, comme le rappelle Jacques Hardelay, « il existe une assurance sur ce contrat, qui, le cas échéant, rembourserait les frais engagés ». Mais une éventuelle annulation provoquerait un énorme creux de charge entre 2011 et 2012, la réalisation du navire représentant 5 millions d'heures de travail. Au pire, STX France pourrait proposer la coque à MSC Croisières, qui est d'ailleurs impliquée dans le projet de GNMTC, au moins via une activité de conseil. La compagnie italo-suisse a déjà un navire équivalent, le MSC Divina, en cours de construction à Saint-Nazaire pour une livraison en mai 2012. Si MSC veut poursuivre sa croissance, il ne serait pas aberrant qu'elle ajoute une unité supplémentaire à sa flotte fin 2012, ou plus raisonnablement en 2013. Il y a sans doute là un « plan B » plutôt crédible, d'autant que la maison-mère de MSC Croisières, Mediterranean Shipping Company (n°2 mondial du transport maritime conteneurisé), a bénéficié à plein de la reprise des échanges commerciaux en 2010, améliorant sans nul doute sa trésorerie de manière très significative.
On notera enfin que STX France n'est pas le seul industriel français à être touché par la situation en Libye. Il en va par exemple de même pour les CMN de Cherbourg, qui doivent mener à bien la rénovation de patrouilleurs libyens du type La Combattante et espéraient vendre des patrouilleurs hauturiers à Tripoli. Quant à Dassault Aviation, le projet de vente de 14 Rafale dépend, ou dépendait, d'un accord de gré à gré avec l'Etat libyen.

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