Construction Navale
Saint-Nazaire : Faute de commandes, l'usinage s'arrête aux chantiers

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Saint-Nazaire : Faute de commandes, l'usinage s'arrête aux chantiers

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Du jamais vu depuis la deuxième moitié des années 80. Faute de nouveaux bateaux à construire, la découpe de tôles va s'arrêter aux chantiers STX de Saint-Nazaire, où plus de 4500 personnes travaillent actuellement. Si une opération de maintenance devrait maintenir un semblant d'activité, d'ici la fin de semaine, l'usinage de pièces destinées aux nouveaux paquebots devrait cesser, affirment plusieurs sources concordantes. Cet arrêt, très symbolique, illustre la situation très délicate dans laquelle se trouve le dernier constructeur civil français. A la fin 2007, avec un carnet de commandes plein, l'atelier d'usinage tournait à plein régime. 24H/24 et 7 jours sur 7, il produisait 3000 pièces métalliques par semaine. Puis, avec l'absence de nouveaux contrats et l'annulation de la construction d'un second paquebot pour NCL, les cadences se sont progressivement réduites. Quelques travaux supplémentaires, comme la réalisation d'éléments destinés à la réparation du méthanier Provalys (en cale sèche à Brest) ont permis de maintenir un peu l'activité, sans pour autant empêcher l'interruption.

Après l'usinage, le prémontage sera rapidement touché

Les équipes, qui travaillaient en 3/8, sont d'abord passée en 2/8 puis les personnels ont commencé à être redéployés. Certains ont été transférés vers les filiales, comme le site de production de cabines ou le chantier de Lorient. D'autres salariés ont été redéployés en aval de la chaîne de production, notamment vers l'atelier panneaux-plans. Mais ce second stade de la construction, qui précède le prémontage aboutissant à la réalisation des blocs constituant la coque, devrait, lui-aussi, se retrouver à court de charge d'ici la fin du mois. « C'est une réaction en chaîne car la réalisation d'un navire s'effectue en plusieurs phases et la charge de travail se déplace en fonction de l'état d'avancement du projet. Il y a d'abord les études, puis l'usinage, le prémontage, le montage des blocs et l'armement. Pour que l'ensemble fonctionne, il faut donc plusieurs projets pour permettre aux différents services d'avoir simultanément du travail. Dans le cas présent, faute de nouvelle commande, les bureaux d'études ont d'abord été touchés. Puis c'est maintenant au tour de l'usinage, bientôt du prémontage et ainsi de suite », explique-t-on aux chantiers.

Redéploiements, chômage partiel et impact sur la sous-traitance

Jusqu'ici, STX est parvenu à maintenir de l'activité à une grande partie de ses salariés par des redéploiements. « Le problème c'est que cela se fait inévitablement au détriment des sous-traitants, qui sont progressivement touchés car les tâches qui leur sont habituellement confiées sont récupérées », explique un responsable syndical. Toutefois, devant l'ampleur du trou de charge, la direction n'a d'autre choix que d'imposer, en mars et en avril, des mesures de chômage partiel à 737 salariés, soit entre un quart et un tiers des effectifs. Des mesures complémentaires pourraient être prises, en fonction de la concrétisation, ou non, de plusieurs projets de contrats.
Dernier navire en phase de construction, le Norwegian Epic (C33) verra son assemblage terminé en juillet, moment où il sera mis à flot. La cale de construction sera alors vide, pour la première fois depuis très longtemps. Deux autres paquebots sont en cours d'achèvement. Electricité, câblage, aménagement, décoration, peinture... Des dizaines de corps de métiers et environ 1500 personnes, provenant en majorité de la sous-traitance, s'activent sur chaque bateau. Mais, fin juin, le MSC Spendida (B33) sera achevé et, en décembre prochain, le travail se terminera sur le MSC Magnifica (T32). « Traditionnellement, lorsqu'elles ont achevé un navire, les équipes qui travaillent à l'armement passent sur le bateau suivant. Le problème, c'est qu'il ne va plus rien y avoir derrière », s'inquiète un délégué du personnel.

BPC et MSC comme planche de salut

De nouvelless commandes sont donc nécessaires, et de toute urgence, pour relancer l'outil de production, à commencer par l'usinage et, en bout de chaîne, assurer la continuité dans l'activité d'armement. Le mois prochain, le ministère de la Défense doit commander un Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC). Quasiment identique aux Mistral et Tonnerre, sur lesquels Saint-Nazaire a travaillé avec DCNS, il s'agit d'un projet pouvant être très rapidement lancé. De plus, STX compte sur la confirmation de deux nouveaux paquebots pour MSC. Aucun autre armateur ne semble, en effet, actuellement en mesure de commander des navires. Or, si utile soit-il pour redonner du travail en amont de la chaine de production, le BPC est loin d'équivaloir la charge de travail d'un paquebot. Et il ne sera pas d'un grand secours pour les milliers de sous-traitants nazairiens. Les bâtiments militaires ne sont, en effet, pas très riches en moquettes, sols en marbre, cabines de luxe, théâtre embarqué, ponts piscines et autres centres de remise en forme...
Avec deux nouveaux paquebots et un à deux BPC (le 4ème de la série est en option), le chantier peut espérer survivre pendant deux ans, ce qui laisse espérer la fin de la crise et la reprise des investissements chez les armateurs. Mais, pour cela, il va falloir engranger, et très vite, les contrats espérés.

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