Construction Navale
Saint-Nazaire : La tension monte autour du « C33 »

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Saint-Nazaire : La tension monte autour du « C33 »

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Le paquebot C33, futur Norwegian Epic, partira-t-il pour ses premiers essais en mer vendredi ? On devrait le savoir aujourd'hui, à l'issue d'un Comité d'entreprise exceptionnel chez STX France. Alors que le planning d'achèvement de ce navire très innovant est particulièrement serré, lundi et hier matin, des manifestants ont bloqué son accès pour protester contre les conséquences du chômage partiel dans l'entreprise. Ce mouvement de grève intervient en marge de la négociation de l'accord de novembre 2009 sur le chômage partiel. Cet accord, dit « APLD », arrive à échéance fin février et doit être renégocié pour une période de trois mois. Or, à l'issue d'une réunion mercredi dernier, des salariés se sont rendus compte qu'ils perdraient des primes, ce qui représentait, pour certains, des pertes de salaire de 250 à 300 euros par mois. Devant cette situation, un premier débrayage s'est produit vendredi, les salariés des l'atelier « 180 tonnes » cessant le travail avec le soutien de la CGT et de la CFDT. A l'issue d'une réunion de négociation, la direction a accepté de prendre en compte 100% des primes non permanentes dans le calcul de l'indemnisation du chômage partiel. Selon FO, la CFE/CGC et la CFTC, tous les salariés de STX France sont, dans ces conditions, assurés de toucher environ 92% de leur salaire net pendant les jours chômés. Mais la CGT, qui réclame une indemnisation du chômage partiel à 100%, a décidé hier de poursuivre le mouvement, avec un nouveau piquet de grève devant les accès au C33.

« NCL et MSC sont nos seuls clients, il s'agit de bien les traiter »

A moins de trois jours de l'étape très importante que constituent les premiers essais mer du paquebot géant, ces blocages mettent la direction dans une situation très délicate face à Norwegian Cruise Line. La compagnie américaine, qui fonde de grands espoirs dans l'Epic et dépense 1.2 milliard de dollars dans ce projet, entend voir son bateau réalisé dans de bonnes conditions. Or, on le sait, les troubles sociaux sont un véritable épouvantail pour les armateurs. Il n'y a sans doute qu'en Allemagne, où Meyer Werft rêve de récupérer son ancien client, que l'on considère ce conflit comme du « pain béni ». Entre défense des intérêts des salariés et obligation de ne pas froisser un client en mesure de passer dans l'année qui vient une commande très précieuse... La position des syndicats nazairiens n'est pas simple et les avis sont évidemment partagés. Pour FO, la CFE/CGC et la CFTC, de tels blocages, peuvent avoir des conséquences désastreuses. Non seulement vis-à-vis de NCL, avec laquelle il a fallu des mois pour aplanir le conflit de 2008 (qui a abouti à l'annulation de la construction du sistership du C33) et qui pourra signer une nouvelle commande en 2011, mais également de MSC Cruises. La compagnie italo-suisse, qui va prendre livraison le 25 février du Magnifica (T32), envisage toujours de construire deux nouveaux paquebots. C'est pourquoi, entre les syndicats, la tension monte autour de la question des blocages. « Ce type d'action n'est pas à la hauteur de la situation dramatique que subissent les salariés depuis plusieurs mois. Elle peut mettre en danger les relations du chantier avec nos deux principaux et seuls clients actuels, ce qui serait une menace supplémentaire sur nos emplois et l'avenir même du chantier naval », s'inquiètent FO, la CFE/CGC et la CFTC. Et un cadre des chantiers d'ajouter : « Ce type de manifestation peut être catastrophique pour de potentielles commandes. NCL et MSC sont nos seuls clients, il s'agit de bien les traiter ».
Ce matin, la direction fera le point avec les représentants du personnel lors d'un Comité d'Entreprise Extraordinaire. A l'issue, une réunion de négociation est prévue, mais la levée du blocage des accès au C33 a été posée comme condition préalable à la reprise du dialogue.

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