Construction Navale
Saint-Nazaire : L'arrivée de STX accueillie par des débrayages

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Saint-Nazaire : L'arrivée de STX accueillie par des débrayages

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« Les Coréens sont donc depuis le 5 mai dans le giron de notre entreprise avec toutes les menaces que cela laisse supposer, tant sur le pillage du savoir-faire que sur celui de nos technologies », a martelé hier la CGT devant les salariés des chantiers de Saint-Nazaire. Au lendemain de l'assemblée générale du groupe Aker Yards, à Oslo, les syndicats avaient appelé les personnels à débrayer pour manifester leur inquiétude face à l'arrivée de STX Shipbuilding aux commandes de la maison mère des chantiers nazairiens. CGT, FO, CFDT, CFE-CGC et CFTC, quelque soit la sensibilité, toutes les organisations syndicales font front contre le nouvel actionnaire sud-coréen, propriétaire de 39.2% de leur groupe. Depuis l'annonce de l'opération d'achat, en octobre dernier, les syndicats ont fait flèche de tout bois pour repousser ce raid asiatique. Ils avaient, en cela, été aidés par l'ouverture fin décembre d'une enquête approfondie de la commission européenne, repoussant de cinq mois son avis sur l'opération.

Le gouvernement et la Finlande dans le collimateur syndical

Malgré des appels répétés au gouvernement et à l'Europe, ils n'ont toutefois pas obtenu gain de cause et l'ont vivement regretté hier. « Nous avons espéré que l'Europe, les Etats Français et Finlandais seraient en mesure de construire une solution pour nous sortir de ce mauvais pas. Les initiatives auxquelles la CFDT, accompagnée des autres organisations syndicales, a pris part n'y ont malheureusement rien fait. L'Europe a su jouer la montre mais aucun Etat souverain n'a mis ce temps à profit pour élaborer un autre scénario », déplore la CFDT. « On peut bien sûr en blâmer le gouvernement français ; n'ayant abouti à rien, il ne peut être exempt de reproches mais tout indique que l'attitude des Finlandais, leurs différences de vue et leur inaction ont mis à mal toute initiative ou toute proposition européenne commune. Une nouvelle fois aucune protection d'une industrie, non seulement génératrice d'emplois, donc de richesses mais avant tout stratégique, n'a su se faire jour ».
Malgré l'entrée effective de STX dans Aker Yards, les syndicats veulent maintenir la pression et affirment qu'ils seront très attentifs à l'évolution de la situation. Certains espèrent que l'entrée d'une Française au conseil d'administration d'Aker Yards - François Gri, présidente de Manpower France, sera un relais efficace pour défendre les intérêts tricolores. Mais beaucoup restent sceptiques.

STX veut rassurer, Fincantieri veut contre-attaquer

Mercredi, à l'issue de l'assemblée générale des actionnaires, STX a tenté d'apaiser les craintes en exprimant « sa confiance dans le potentiel de développement à long terme d'Aker Yards ainsi que dans sa capacité à préserver et développer ses compétences et ses technologies en Europe, et donc à assurer et renforcer sa position parmi les leaders mondiaux de la construction navale ». Mais à Saint-Nazaire, ces assurances sont surtout perçues comme un « chèque en blanc » avec, à la clé, « aucune garantie ».
Alors que, pour la CGT, « le loup est entré dans la bergerie », peu de solutions semblent se présenter. Pour contrecarrer STX, l'entrée majoritaire d'un groupe européen dans Aker Yards parait la seule voie. Néanmoins, à ce jour, les candidats ne se sont pas bousculés au portillon, si ce n'est Fincantieri, qui ne cache pas ses craintes de voir les Coréens à la barre des chantiers français et finlandais. Mais le groupe italien, leader mondial de la construction de paquebot, ne peut s'offrir seul ou en position dominante Aker Yards, ne serait-ce que pour des questions de règlementation européenne sur la concurrence. Les armateurs n'y sont en outre pas favorables, craignant un manque de concurrence entre les chantiers. Fincantieri ne veut en tous cas pas baisser pavillon, affirmant qu'une solution « industrielle et politique » doit maintenant être élaborée pour sortir Aker des griffes asiatiques.

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)